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Béatification de trois Martyrs Français et de soixante seize Martyrs Coréens

Béatification de trois Martyrs Français et de soixante seize Martyrs Coréens Lettre du P. N. COUVREUR DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES Avant la Béatification. Audience du Pape Avant de donner quelques détails sur les fêtes de la Béatification de nos Martyrs coréens, je dois dire un mot de l'audience accordée le 4 juillet, veille de la Béatification, par le Souverain Pontife à Mgr Mutel,Vicaire apostolique de Séoul, et à Mgr Demange, Vicaire apostolique de Tai-kou.
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    Béatification
    de trois Martyrs Français
    et de soixante seize Martyrs Coréens

    Lettre du P. N. COUVREUR
    DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

    Avant la Béatification. Audience du Pape

    Avant de donner quelques détails sur les fêtes de la Béatification de nos Martyrs coréens, je dois dire un mot de l'audience accordée le 4 juillet, veille de la Béatification, par le Souverain Pontife à Mgr Mutel,Vicaire apostolique de Séoul, et à Mgr Demange, Vicaire apostolique de Tai-kou.
    Mgr Mutel offrit au Pape un document fort intéressant pour l'histoire de l'Eglise en Corée 1. C'est une lettre écrite le 29 octobre 1801 par le chrétien coréen Alexandre Hoang à l'évêque de Pékin. Mgr de Gouvéa, pour l'informer de la persécution et proposer des plans capables, à son avis, de sauver l'Eglise de Corée.

    1. Quelques mois auparavant, Mgr Mutel avait fait présenter au Souverain Pontife par le procureur général de la Société des Missions Etrangères, le P. Garnier, un exemplaire de sa brochure : Documents relatifs aux martyrs de Coree de 1839 et de 1846. Imprimerie de Nazareth (Société des M.-E.I. Hong-kong, 1924, in-8, pp. VII -145.
    Cet ouvrage contient la traduction des interrogatoires et du récit des supplices de nos martyrs. C'est un extrait des archives de l'ancien gouvernement coréen, que l'évêque avait été, en 1922, autorisé à consulter par le gouverneur général baron Saito.

    Juillet Août 1925, n° 164.

    Cette pièce est écrite sur un morceau de soie mesurant 62 centimètres de long sur 38 de large, et soigneusement pliée, elle pouvait se dissimuler dans les habits pour passer la frontière. C'est une merveille de calligraphie et même de micrographie, car elle contient 121 lignes de 119 caractères, soit un total de 13.000 caractères.
    Remise à Thomas Hoang, elle fut saisie par la police et portée au gouvernement; le porteur et l'auteur furent décapités 1.
    Il y a quelque trente ans, lorsqu'on jeta au vent les archives de la police qui paraissaient inutiles, cette lettre attira l'attention d'un garde païen qui la remit à un chrétien de ses amis : « Voilà, lui dit-il, quelque chose propre à t'intéresser ». Le chrétien porta le document à Mgr Mute. On juge de la joie de l'évêque en recevant ce souvenir des premières années de la Corée catholique, cette relique d'un martyr de la persécution de 1801.
    Sa Sainteté examina avec le plus vif intérêt cette pièce ainsi que la traduction en français faite par l'évêque 2. « Elle aura une place d'honneur dans la bibliothèque vaticane », dit-il à Mgr Mutel en le remerciant.

    La Béatification

    La fête de la Béatification de nos Martyrs coréens a été célébrée le dimanche 5 juillet, dans le cadre majestueux de la basilique de Saint-Pierre.
    Sur le fronton du portique flotte un grand tableau représentant Ie groupe des 79 martyrs : 3 Français et 76 Coréens. Au centre sont les 3 missionnaires, les BBX Imbert, Maubant et Chastan ; près d'eux, à genoux, le prêtre coréen André Kim ; puis, clans leur costume national des jours de fête, le groupe des vierges et des femmes, les trois enfants martyrs et les autres fidèles morts pour leur foi.

    1. Il suffit de se rappeler les circonstances historiques dans lesquelles cette lettre fut écrite pour en comprendre l'exceptionnelle valeur documentaire. Dix-sept ans auparavant, un des lettrés coréens qui avaient été convertis par la lecture des livres chrétiens rapportés de Pékin était allé recevoir le baptême dans cette ville, et, à son retour, il avait instruit nombre de ses compatriotes. Aucun prêtre n'avait encore pu pénétrer en Corée. En 1794, un prêtre chinois, Jacques Tsiou, parvint à franchir la frontière. Il mourut martyr en 1801, laissant près de 10.000 catholiques là où il en avait trouvé 4.000 à son arrivée.
    2. Voici le titre de la brochure : Mission de Séoul (Corée). Lettre d'Alexandre Hoang à Mgr de Gouvéa, évêque de Pékin (1801). Traduction française. Imprimerie des Missions Etrangères de Paris, Hongkong 1925, in-8° pp. 11 + 56. Le fac-similé de l'original est joint à cette traduction.

    Au-dessous du tableau cette inscription :

    0 Coreani martyres
    Choris locatis additi
    Salcete in arce siderum
    Digna potiti laureati1.

    Dans le portique et au-dessus de la porte centrale, le tableau de la décapitation du Bx Imbert et de ses deux missionnaires.
    Tous les trois sont attachés à un même poteau, des soldats les frappent de leurs sabres. Les têtes tombent et, comme à la mort du Sauveur, des nuages épais obscurcissent l'horizon, un orage éclate, et les païens, témoins de leur supplice, retournent chez eux en disant : « Le Ciel n'est donc pas indifférent à la mort de ces étrangers ».
    Dans l'intérieur de la Basilique, à l'entrée de l'abside, suspendus aux piliers du dôme, sont deux tableaux. L'un,' du côté de l'Evangile, représente le dernier supplice d'un groupe de neuf fidèles. C'est aussi la décapitation, mais avec un appareil moins solennel que précédemment. La scène se passe le 26 septembre 1839, cinq jours après le martyre des trois missionnaires. Nous y voyons trois chrétiens, dont l'un est Ignace Kim, le père du premier prêtre coréen ; et six chrétiennes. Parmi ces dernières, deux étaient d'anciennes dames de la Cour, une autre était une veuve qui, avec ses filles et ses nièces, ne craignit pas de se présenter aux mandarins. La plus célèbre, celle qui s'apprête à recevoir le coup de sabre du bourreau, la vierge Colombe Kim, est à genoux au premier plan, attendant avec un bonheur impatient l'instant qui va la réunir à son Jésus. La lyre qui, peu de temps avant sa naissance, charma dit-on de ses accords harmonieux les oreilles de sa mère, est aujourd'hui touchée par les anges et chante la naissance au Ciel de la Bienheureuse.
    Non moins émouvant est le tableau placé à gauche et qui représente le martyre de Pierre Ryou, cet enfant de 13 ans, dont nous raconterons plus loin le sublime héroïsme.
    Le tableau du triomphe, recouvert d'un voile, est encadré dans la superbe Gloire du Bernin, au fond de l'abside éclairée par des milliers de lumières électriques.

    1. O Coréens martyrs, associés aux choeurs des Bienheureux, au Ciel vous avez la palme par vous bien méritée.

    Ces cinq tableaux sont l'oeuvre du professeur Guistiniani.
    Quelques milliers de personnes, munies de billets d'entrée, avaient pris leurs places bien avant l'heure fixée pour la cérémonie.
    Les représentants de notre Société des Missions Etrangères occupaient la tribune ordinairement destinée aux parents des Bienheureux du côté de l'Évangile, immédiatement après celle réservée à la famille du Saint-Père.
    A 10 heures précises, les cardinaux, accompagnés de leurs chapelains, viennent se placer dans le choeur, du côté de l'Epître. Suit bientôt la procession des clercs, bénéficiers, chanoines, évêques (dont quatre des Missions Etrangères), et l'officiant, Mgr Valbonesi1. Le cardinal Merry del Val, archiprêtre de la Basilique, ferme la marche et va aussi prendre place du côté de l'Epître.
    La cérémonie commence. Accompagné d'un prélat, notre procureur général à Rome, le P. Garnier, postulateur de la Cause, s'avance près du cardinal Vico, Préfet de la Congrégation des Rites, sollicite et obtient de son Eminence la publication des Lettres apostoliques en date du 5 mai dernier. Le Secrétaire de cette même Congrégation 2 accompagné du postulateur, se rend alors près du cardinal Merry del Val, lui présente ces Lettres, et Son Eminence les remet au chanoine Mgr Cerretti, qui monte à l'ambon et en donne lecture d'une voix claire et sonore, facilement entendue dans toute l'abside.
    Ces lettres sont le récit très abrégé des tortures subies par les confesseurs de la foi et de leur héroïse me à les supporter plutôt que de renier Jésus-Christ. Suit l'énumération des 79 noms, un résumé de l'histoire de la Cause, et enfin la décision pontificale décernant aux martyrs le titre de Bienheureux avec tous les privilèges liturgiques qui en sont la conséquence.
    Cette lecture terminée, l'évêque célébrant se met à genoux sur les degrés de l'autel et entonne le Te Deum. Immédiatement tombe le voile qui recouvrit l'apothéose. Tous les regards se portent vers le tableau, les mains se joignent et d'ardentes prières montent vers les nouveaux Bienheureux. J'ai vu couler des larmes de joie. Le contraste était si frappant ! L'oreille entendait encore le récit des tortures, et voilà que les yeux contemplent les martyrs dans la gloire du triomphe. La succession est si rapide j'allais écrire instantanée qu'elle rappelle ces belles paroles de notre cantique :

    1. Evêque titulaire de Menti, chanoine de Saint-Pierre.
    2. Mgr Verde.

    C'est le jour du combat que le triomphe achève,
    Qui commence ici-bas sous le tranchant du glaive
    Et finit dans l'Eternité.

    Et puisque l'Eglise triomphante est intimement unie à l'Eglise militante, à l'aurore de ce glorieux jour, nos martyrs nous apparaissent plus puissants que jamais pour intercéder en notre faveur près du trône de Dieu, et la prière monte, chaude et suppliante.
    Pendant le chant du Te Deum, prêtres et clercs des Missions Etrangères distribuent images et brochures concernant les nouveaux Bienheureux. Après l'hymne et avec le chant de l'Oraison, les noms de nos martyrs entrent solennellement dans la liturgie.
    Dans cette oraison, nous supplions Dieu le Père de multiplier, par l'intercession de nos martyrs, les vocations apostoliques. C'est le besoin du jour. Elles sont devenues si rares, et pourtant la moisson paraît mûre.
    Aussitôt après l'oraison, la messe des Martyrs Sapientiam est chantée par Mgr Valbonesi, assisté par des chanoines de la Basilique. Six cardinaux, une quinzaine d'évêques et de nombreux fidèles étaient présents.
    A 6 heures du soir est célébré la Bénédiction du Saint-Sacrement.
    Pie XI devant y assister, 20.000 personnes au moins avaient pénétré dans l'enceinte de l'édifice bien avant l'arrivée du Pontife. Garde suisse, garde palatine, gendarmes, camériers, tout le personnel du Vatican était présent, soit pour rendre les honneurs, soit pour contrôler les billets et assigner les places réservées. Les Evêques sont du côté de l'Evangile, et Mgr Mutel, à qui échoit le privilège d'officier au salut, est assis près de l'autel, du côté de l'Epître. Plus que tout autre, le vénéré Prélat est heureux et fier des honneurs accordés à nos martyrs. Il partait pour la Corée il y a plus de 48 ans ; il est le seul aujourd'hui qui ait connu les âges héroïques, l'époque où les missionnaires devaient se cacher sous des vêtements de deuil, et c'est lui qui a fait, en très grande partie les Procès apostoliques.
    Après avoir été à la peine, il est à l'honneur.
    Vers 6 h. 5 un cliquetis d'armes se fait entendre et annonce la prochaine entrée du cortège. A 6 h. 10 retentissent les trompettes d'argent, et Pie XI apparaît sur la Sedia, bénissant la foule qui éclate en applaudissements. Quelques cris : Eviva le Papa! Arrivent jusqu'à nous, qui occupons dans l'abside les mêmes places qu'à l'office du matin.
    La procession se déroule lentement dans la grande nef, passe à droite de la Confession, et pénètre dans l'abside. A la suite du clergé de la Cour pontificale, seize cardinaux précèdent la Sedia entourée de gardes nobles. A quelques dix mètres de l'autel, le Saint Père quitte la Sedia, jette un regard quel regard! vers l'image des Bienheureux, s'agenouille et prie. L'attitude de Pie XI en prière est une prédication.
    Le Saint-Sacrement est exposé, et le Pape, d'un pas ferme et majestueux, les yeux baissés, les mains jointes comme font les pieux séminaristes, vient se prosterner à deux genoux. Et l'on sent la grandeur de Dieu en voyant la plus haute autorité de la terre se courber profondément devant l'Hostie avant de l'encenser. L'imagination nous entre ouvre le ciel, et l'on croit voir et entendre les Anges et les Saints en adoration devant le Trône de Dieu et répétant : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
    Le choeur chante l'hymne des Martyrs, puis Mgr Mutel, d'une voix émue, claire, sonore et cadencée, récite l'Oraison des nouveaux Bienheureux au milieu d'un silence impressionnant.
    Après la Bénédiction du Saint-Sacrement, le postulateur de la Cause offre au Saint Père un magnifique reliquaire (oeuvre de Giulio Galli) et une gerbe de lis et de roses. NN. SS. De Guébriant et Démange, ainsi que quelques missionnaires, ont accompagné le postulateur. Pie XI se lève, dit la joie qu'il éprouve, et interprète le symbolisme des lis et des roses. Il fallait voir son sourire pendant cet entretien.
    Mgr Mutel, avisé que Sa Sainteté désirait lui parler, avait quitté en hâte ses ornements; il rejoint le groupe des Missions Etrangères. Pie XI lui dit alors avoir lu ce jour-là même la relation d'Alexandre Hoang et en avoir été édifié.
    Le Saint Père monte sur la Sedia et rentre au Vatican au milieu des vivats.
    Ainsi se termina cette journée illuminée de gloire divine et humaine pour la mission de Corée et pour la Société des Missions Etrangères.

    Après la Béatification. Nouvelle audience

    Au lendemain de cette inoubliable fête, à 1 heure de l'après-midi, le Saint Pèrea voulu recevoir S. G. Mgr de Guébriant, archevêque de Marcianopolis, supérieur général de la Société des Missions Etrangères ; NN. SS. Mutel, Démange, Eloy Vicaire apostolique du Tonkin méridional, les autres membres de la Société des Missions Etrangères présents à Rome, un prêtre coréen, le P. Paul Han, et deux catholiques coréens, MM. Jean et Louis Tjyang, étudiants, venus d'Amérique.
    L'audience eut lieu dans la salle du Tronetto.
    Le Saint Père arriva souriant, l'âme et les yeux tout pleins de bénédictions.
    « Vous avez devant vous, Très Saint Père, lui dit Mgr de Guébriant, la plus ancienne des Sociétés des missions, représentée tout entière ici, par trois de ses Vicaires apostoliques, par des membres de son Conseil central, des supérieurs de ses établissements communs, plusieurs de ses missionnaires européens, un délégué du clergé indigène que ceux-là ont à coeur de susciter, quelques-uns de ses aspirants missionnaires et de ses frères coadjuteurs ».
    Pie XI nous dit alors la joie qu'il ressent à se voir entouré d'un groupe représentant si bien la Société dans tous ses degrés, depuis le supérieur et les évêques jusqu'aux frères coadjuteurs, et aussi le clergé et les fidèles d'une nation qui, pour la première fois, vient d'inscrire des Bienheureux au Martyrologe. «De tout coeur, continue le Saint Père, Nous prions Dieu d'accorder ses larges bénédictions à la Société entière, à ses évêques, à ses missionnaires, à leurs auxiliaires, aux âmes qui vous aident à faire le bien, aux âmes qui reçoivent de vous la Bonne Nouvelle, aux âmes qui restent encore à amener au bercail, et aux fidèles de toutes vos Missions. Que Dieu bénisse vos travaux et vos croix, et que Notre Bénédiction, qui n'est qu'un symbole et un gage de la Bénédiction divine, s'étende jusqu'aux derniers des vaisseaux capillaires du grand Corps que vous représentez ».
    Le Souverain Pontife prononça le Sit nomen Domini benedictum, etc. Puis il parcourut les rangs, offrant à chacun sa main à baiser pendant que Mgr de Guébriant faisait les présentations. Il eut un mot aimable pour chacun de nous; les Coréens, eurent la part de choix. Les paroles du Saint Père étaient soulignées d'un sourire paternel.
    Un des Coréens présenta alors à Pie XI une adresse d'hommages, de vénération, de gratitude, envoyée par ses compatriotes catholiques.
    Mgr de Guébriant lui offrit le compte rendu annuel des travaux de notre Société et un volume récemment édité : Documents sur le clergé tonkinois aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Mgr Néez1, dont le titre est à lui seul hautement significatif ; ces documents montrent comment, dès cette époque, la Société des Missions Etrangères s'appliquait à la formation du clergé indigène.
    « Les dates parlent d'elles-mêmes », observa le Saint Père en recevant le volume.
    La conversation s'engage sur la question du clergé indigène. Mgr Eloy dit que sa Mission en compte aujourd'hui 155 prêtres tonkinois, et Mgr Demange ajoute que la Corée espère atteindre ce chiffre dans un avenir prochain, en ayant déjà une cinquantaine et de nombreux élèves dans les séminaires2.
    Le Souverain Pontife se montre tout heureux de ces beaux résultats.
    Il redit à Mgr Mute! Combien il apprécie la lettre d'Alexandre Hoang.
    Il donne aux Evêques non seulement « la permission », mais la « commission » de la Bénédiction papale dans toutes les paroisses et stations qu'ils visiteront après leur retour dans leur Vicariat ».
    Enfin, il embrasse le supérieur du Séminaire et de la Société des Missions Etrangères, en disant : « Nous vous embrassons tous dans la personne de Mgr de Guébriant ».

    Triduum

    Les fêtes du Triduum ont été célébrées dans la vaste église du Gésu, les 7, 8 et 9 juillet.

    1. Mgr Louis Néez, né le 11 février 1680 à Verneuil (Eure), parti pour les missions en 1712: en 1723 supérieur et en 1738 Vicaire apostolique du Tonkin occidental, évêque de Céomanie, mort le 19 octobre 1764. L'ouvrage, in-12, p. 273 + errata et table, dont il est ici question a été publiés à la librairie Téqui, rue Bonaparte, 82, Paris.
    2. Dans les Missions confiées à la Société des Missions Etrangères, le nombre des prêtres indigènes était en 1924, de 1.269.

    Au dessus de la porte principale se lisaient ces deux strophes :

    0 Coreani Martyres
    Christi fruentes gloriâ,
    En Roma vestro nomini
    Laudes rependit debitas.

    Vos a doloso doemone
    Veram fidem defendite,
    Deum rogate ut undique,
    Notum sit Evangelium1.

    Le décor intérieur : draperies, tableaux, festons de lumières électriques, était le réplica du décor de la Basilique de Saint-Pierre.
    Messes basses toute la matinée, messe chantée à 10h, récitation du chapelet et sermon suivi de la Bénédiction du Saint-Sacrement à 6 h. 45 du soir.
    Célébrants aux messes chantées : Mgr Mutel, Mgr Demange, le Cardinal van Rossum. Préfet de la Propagande. Officiants aux saluts : Cardinaux Bonzano, Ehrlé, Vico. Prédicateurs: P. Galloni S. J., Mgr Demange, P. Venturini S. J. Nombreuse assistance aux messes chantées de mardi et mercredi, foule à celle du jeudi, célébrée avec plus de solennité. Aux cérémonies du soir, l'église était comble.
    Le sermon du P. Galloni fut prêché en italien. L'orateur fit ressortir la merveilleuse action de la Providence dans l'histoire de l'Eglise coréenne, dans ses origines, son développement, et surtout l'héroïsme de ses martyrs. Il parla pendant une heure et fut religieusement écouté.
    Mgr Demange prit la parole en français. Après avoir, au nom de l'Eglise de Corée et en termes heureusement choisis, salué Rome, cerne de la catholicité, il nous transporta dans sa chère Mission de Corée, et commença par nous peindre les angoisses de Mgr Imbert et de ses deux missionnaires à la veille de la persécution de 1839. Le tableau était pris sur le vif, il était vécu. Puis, ce fut une série de faits précis, simplement racontés, se rapportant à nos martyrs. L'orateur eut raison de dire en terminant : « On m'a demandé un panégyrique, je vous ai donné de l'histoire ». Il finit son discours par une prière à ses Bienheureux. Je dis ses, car il a travaillé, de concert avec Mgr Mutel, à la Cause de Béatification.

    1. O Martyrs coréens, qui jouissez de la gloire du Christ, Rome donne à votre nom les louanges méritées. Contre les perfidies du démon défendez la vraie foi, priez Dieu que partout soit connu son Evangile.

    Le P. Venturini donnait le sermon de clôture ; il nous tint pendant une heure dix-huit minutes sous le charme de sa parole chaude et vibrante. II a d'ailleurs la réputation d'un prédicateur de premier ordre. Tous les regards étaient fixés sur lui, et bien des larmes coulèrent. Ah ! Si les chrétiens de Corée avaient pu être présents à, ces fêtes et entendre les panégyriques de leurs aînés ! Que n'étaient-ils là tous avec nous ! Comme nous pensions à eux!
    Le Te Deum fut chanté au Salut de clôture. Te Deum laudamus... Te Martyrum canditatus laudat exercitus. Le Triduum devait finir sur ces paroles qui résument si bien les fêtes de la Béa cation.


    AUX MARTYRS

    CHRISTO PROFUSUM SANGUINEM
    Saluons des martyrs l'éclatante auréole !
    Pour chanter leur victoire et leur mort pour Jésus,
    Que, joyeux et fervent, un hymne au ciel s'envole,
    Pur encens de nos coeurs émus.

    Les terreurs d'ici-bas, leurs âmes les vainquirent ;
    Nul tourment ne lassa leur intrépidité,
    Et c'est par un trépas généreux qu'ils conquirent
    La vie et l'immortalité.

    O Jésus Rédempteur, entends notre prière!
    Daigne nous faire un jour la faveur d'être admis
    Auprès de ces héros, porteurs de ta bannière,
    Dans les splendeurs du Paradis!

    1925/121-131
    121-131
    France et Asie
    1925
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