Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Béatification de nos trente trois martyrs

Béatification de nos trente trois martyrs A l'occasion de la Béatification de nos Martyrs, il nous a paru juste de consacrer ce fascicule tout entier de nos Annales au résumé de la vie et de la mort de ceux que nous vénérons et au récit des fêtes qui ont eu lieu à Rome et à Paris en leur honneur.
Add this

    Béatification de nos trente trois martyrs

    A l'occasion de la Béatification de nos Martyrs, il nous a paru juste de consacrer ce fascicule tout entier de nos Annales au résumé de la vie et de la mort de ceux que nous vénérons et au récit des fêtes qui ont eu lieu à Rome et à Paris en leur honneur.

    A Rome, les fêtes ont été : les solennités de la Béatification célébrées à Saint Pierre le 2 mai dernier ; les audiences du Souverain Pontife au supérieur du Séminaire des Missions Etrangères, M. Fleury, aux Postulateurs de la Cause, aux directeurs de notre Séminaire, aux parents et amis de nos Martyrs ; le Triduum qui a eu lieu dans l'église de la Minerve les 14, 15 et 16 mai. A Paris, c'est dans l'église Saint François-Xavier, paroisse du Séminaire des Missions Etrangères, que, les 21, 22 et 23 juin, a été célébré le Triduum pendant lequel ont été glorifiés nos Martyrs.

    JUILLET AOÛT 1909, n° 70.

    MARTYRS FRANÇAIS

    LE B. ETIENNE - THÉODORE CUENOT

    Ce Bienheureux naquit au Bélieu (Doubs), le 8 février 1802 ; il partit pour les missions en 1828. Nommé coadjuteur et évêque de Métellopolis en 1835, il devint, en 1840, Vicaire apostolique de toute la Cochinchine et, en 1844, de la Cochinchine Orientale. Pendant son épiscopat, qui dura 26 ans, il subit des persécutions toujours renaissantes qui ne l'empêchèrent pas de tenir un important synode, d'ordonner 56 prêtres, de convertir avec l'aide de ses collaborateurs plus de 11.000 païens, de faire évangéliser des tribus sauvages, de traduire plusieurs ouvrages de doctrine, d'obtenir l'érection de deux Vicariats apostoliques. Il refusa de quitter sa mission pour se mettre sous la sauvegarde des Français maîtres de Saigon. « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis », se contentait-il de répondre aux instances que l'on faisait pour l'éloigner. En octobre 1861, il fut emprisonné à Binh-dinh, où il mourut le 14 novembre suivant, quelques heures avant l'arrivée du courrier royal qui apportait l'ordre de le décapiter. Son corps, déposé dans un terrain très humide, fut retrouvé intact trois mois plus tard, quand les mandarins l'exhumèrent pour le jeter au fleuve.

    ***

    LE B. PIERRE-FRANÇOIS NÉRON

    Né le 21 septembre 1818 à Bornay (Jura), le B. P.-F. Néron n'entendit qu'à l'âge de 19 ans l'appel de Dieu. Il fut dès lors remarquable par sa piété, et à l'église il semblait si pénétré de la présence de Notre Seigneur, qu'on disait de lui : « Il paraît voir le bon Dieu ». Envoyé au Tonkin en 1848, il fut professeur au collège de Ke-vinh, chargé du district de Hanoi et ensuite de celui de Kim-son. En 1854, il fut placé à la tête du séminaire de Ke-vinh et traduisit en annamite un ouvrage complet sur l'arithmétique, l'algèbre et la géométrie. Il jeûnait tous les vendredis, la veille des fêtes de la Sainte Vierge, le carême tout entier. En 1855, son évêque lui confia la vaste région de Son-tay. C'est là que le Bienheureux fut arrêté en 1860.

    Emprisonné à Son-tay, il demeura 21 jours sans prendre presque aucune nourriture ; ce fait extraordinaire est attesté par de nombreux témoins et consigné dans la sentence portée contre lui par les mandarins. Il fut condamné à la décapitation et exécuté, près de Son-tay, le 3 novembre 1860.

    ***

    LE B. JEAN THÉOPHANE VÉNARD

    Ce Bienheureux eut pour patrie la petite ville de Saint Loup sur Thouet (Deux-Sèvres). Son jour de naissance fut le 21 novembre 1829. Sa vie, écrite par son frère et renfermant de nombreuses et charmantes lettres, l'ont rendu célèbre. Parti de France en 1852, il arriva au Tonkin en 1854 et pendant plusieurs années y fut presque toujours malade. En 1856, il fut chargé du district de Hoang-nguyen composé de quatre paroisses et habité par 12.000 chrétiens. Il traduisit en annamite la Concordance évangélique du cours d'Ecriture Sainte de Migne, les Actes des Apôtres, les Épîtres et l'Apocalypse. Il fut forcé par la persécution de changer souvent d'asile, de se cacher dans des souterrains, entre deux murs ; plusieurs fois, il faillit être pris. Arrêté en 1860 et emprisonné à Hanoi, il écrivit à son père : « Un léger coup de sabre séparera ma tête comme une fleur printanière que le maître du jardin cueille pour son plaisir ». La dernière lettre qu'il adressa à sa sur Mélanie est particulièrement touchante. Il fut décapité à Hanoi le 2 février 1861.

    LE B. JEAN-PIERRE NÉEL

    C'est à Sainte-Catherine-sur-Riverie (Rhône) que naquit, le 18 octobre 1832, le B. J.-P. Néel. En 1858, il partit pour la mission du Kouy-tcheou ; il y était depuis 4 ans à peine quand, au mépris des traités récemment conclus entre la France et la Chine, il fut arrêté dans le petit village de Kia-cha-long, avec quelques chrétiens chinois dont nous parlerons plus loin. Attaché par les cheveux à la queue d'un cheval, il dut marcher et courir au gré du cavalier jusqu'à la sous-préfecture de Kai-tcheou. L'interrogatoire fut bref et brutal : « Comment t'appelles-tu? Demanda le magistrat. En chinois, on m'appelle Ouen, mon nom français est Néel. Mets-toi à genoux. Je ne suis pas un Chinois, je viens de France prêcher la religion ; je ne me mettrai pas à genoux ». Puis il présenta son passeport. Le mandarin le refusa : « Renonce à ta religion ou je te fais tuer, lui dit-il. Cette injonction est inutile, tuez moi si vous voulez ». Quelques heures plus tard, le 18 février 1862, le missionnaire fut décapité près des murs de Kai-tcheou.

    MARTYRS ANNAMITES

    LE B. ANDRÉ NAM-THUONG.

    André Nam-Thuong, né à Go-thi, fut jugé digne par ses qualités et par ses vertus d'être le grand catéchiste de la province du Binh-dinh (Cochinchine orientale). Il avait environ 64 ans lorsqu'en 1854 il fut trahi par un de ses petits-fils, qu'il avait repris de sa mauvaise conduite, et dénoncé au mandarin. Il fut condamné à l'exil dans la province de Mi-tho, éloignée de plus de 30 jours de marche. « L'exil et la mort pour Dieu sont préférables à l'apostasie », prononça-t-il en apprenant la peine qui le frappait. Pendant son voyage, il rencontra un de ses fils, jeune prêtre, auquel il se confessa. Ses fatigues, son âge, la dignité de sa vie impressionnèrent favorablement le vice-roi de Saigon qui l'autorisa à ne pas continuer sa route. L'intrépide catéchiste refusa cette faveur ; il déclara qu'il voulait subir sa peine et aller au plus tôt jusqu'au lieu de son exil.

    Arrivé à Mi-tho, il tomba malade.

    Ses gardes voulurent le soulager en lui ôtant sa chaîne, il le leur défendit ; et, recueillant ses dernières forces, il récita les psaumes de la pénitence et des prières à la Sainte Vierge. C'est le nom de Marie sur les lèvres qu'il expira le 15 juillet 1855.

    ***

    LE. B. PAUL LOC.

    Paul Lôc naquit, vers 1831, à An-nhon, village des environs de Saigon (Cochinchine Occidentale). Orphelin à l'âge de 10 ans, il fut recueilli par un prêtre annamite qui, ayant discerné en lui des qualités sérieuses et des vertus propres à l'état ecclésiastique, le dirigea vers le sacerdoce. En 1843, il fut envoyé au collège général que la Société des Missions Etrangères, possède dans l'île de Pinang. Revenu en Cochinchine et ordonné prêtre en 1857, il devint supérieur séminaire de Thi-nghe. La persécution ayant redoublé lors de l'expédition française, les perquisitions devinrent plus rigoureuses et Paul Lôc fut arrêté. Au cours de ses interrogatoires, les magistrats l'engagèrent à apostasier ; sur son refus, ils le firent souffleter. Voyant les menaces et les coups inutiles, ils employèrent la douceur, louèrent sa science, son intelligence, et lui proposèrent une place de secrétaire ; le prisonnier déclina l'offre avec une fermeté polie. Il fut condamné à mort par la sentence suivante :

    Le chef de religion Le-van-Lôc, de la préfecture de Tan-binh, de la sous-préfecture de Binh-duong, du canton de Binh-tri, du village de An-nhon, refusant de renier sa foi, est condamné à mort. La 11e année du règne de Tu-duc, le 11e jour du 1er mois.

    Le 13 février 1859, il fut conduit en dehors et près de la citadelle, à l'angle du collège des Lettrés, à l'endroit qui, en 1885, formait à Saigon, l'angle de la rue Nationale et du boulevard Chasseloup-Laubat : un soldat planta en terre un solide piquet, il y attacha le condamné agenouillé et silencieux, et d'un coup de sabre lui trancha la tête.

    ***

    LE B. JOSEPH LUU

    Né à Cai-nhum (Cochinchine occidentale), vers 1790, ce Bienheureux, d'une nature douce, mena une vie tranquille, pratiquant avec régularité ses devoirs religieux et exigeant la même fidélité de ses enfants et de ses domestiques. Nommé catéchiste de l'importante paroisse de Mac-bac, il remplit cette charge avec activité. Un prêtre du même nom, le P. Luu, venu dans cette paroisse, ayant été dénoncé, fut recherché par les satellites ; mais il avait été remplacé par un autre, le P. Minh, qui demeurait chez le catéchiste Joseph Luu. Aussi ce dernier, désirant sauver le P. Minh et profitant de la similitude de son nom avec celui du P. Luu, répondit aux satellites qui demandaient le maître Luu : « C'est moi ». Son courageux dévouement lui valut d'être arrêté et enfermé dans les prisons de Vinh-long, où il resta plus d'une année. Il y mourut, en priant pour les ennemis de sa foi, le 2 mai 1854.

    Lorsque les mandarins vinrent constater son décès, ils trouvèrent le cadavre si frais et si vermeil qu'ils crurent le confesseur de la foi encore vivant. L'un disait : « Il dort ». L'autre : « Il sourit ». D'autres murmuraient : « Nous n'avons jamais vu tant de beauté dans un cadavre ».

    ***

    LE B. PAUL HANH

    La vie de ce Bienheureux ne fut pas exempte de péripéties. Né à Cho-quan (Cochinchine Occidentale) vers 1826, P. Hanh s'associa, encore jeune, avec un de ses amis, puis avec ses frères, pour faire le commerce. Sa réputation fut bientôt assez mauvaise ; on l'accusa même d'être chef de pirates. Dénoncé au mandarin, il fut renvoyé absous. En 1859, il fut accusé de nouveaux méfaits ; il les nia, et ses ennemis ne purent les prouver. Alors le magistrat lui demanda s'il était chrétien ? « Certainement », répondit-il. Marche sur la croix, Jamais ». Paul Hanh fut frappé de verges, et subit le supplice des tenailles froides qui lui déchirèrent les cuisses.

    Le magistrat le renvoya en prison, espérant que le temps et la réflexion changeraient ses sentiments. Le lendemain il le rappela, mais s'étant heurté aux mêmes réponses il le condamna aux tenailles rougies au feu. Paul Hanh ne faiblit pas. Le mandarin lui fit étendre les jambes sur des enclumes et frapper les mollets avec de lourds marteaux. Paul, ayant supporté héroïquement ces horribles supplices, fut condamné à la décapitation. Sur le lieu de l'exécution, il montra la même énergie que dans les précédents supplices ; il mourut en chrétien convaincu et fidèle, et si d'aucuns le crurent coupable de brigandages ils purent penser que lui aussi avait entendu la parole adressée par Jésus bon larron : « En vérité, je te le promets, tu seras aujourd'hui dans mon paradis ».

    Il fut décapité le 28 mai 1859, près de Saigon.

    ***

    LE B. PIERRE LUU

    Né, vers 1842, à Go-vap près de Saigon, Pierre Luu, ordonné prêtre, fut chargé successivement des paroisses de Mac-bac, Sa-dec et Mi-tho. Il visitait fréquemment les confesseurs de la foi dans les prisons, jouant sa vie dans ce très périlleux ministère. Il le faisait bravement et joyeusement. Il disait aux catéchistes enfermés dans les cachots de Vinh-long : « De quelque manière que ce soit, il faut toujours mourir, aussi je vous exhorte à demeurer courageux afin de suivre les traces de Notre-Seigneur. Une telle mort est le sort le plus enviable ». Une autre fois, s'adressant au P. Minh prisonnier : « O vous, Père, que vous êtes heureux, et moi suis-je assez malheureux ! » C'est lors d'une visite aux prisonniers de Mi-tho qu'il fut arrêté. Le mandarin lui offrit de le faire gracier par le roi, s'il apostasiait. Il répondit : « J'ai observé la religion chrétienne depuis mon enfance ; elle n'enseigne rien contre le royaume ; ce que vous m'ordonnez est contraire à la droite raison ». Il fut décapité à Mi-tho, au mois d'avril 1861. Aujourd'hui un petit monument de granit marque la place du triomphal sacrifice, et le corps du témoin de Jésus-Christ repose dans la nef de l'église de Vinh-tuong à Mi-tho (Cochinchine Occidentale).

    ***

    LE B. JEAN HOAN

    Ce Bienheureux naquit, en 1798, à Kim-long (Cochinchine Septentrionale) d'une famille qui donna à l'Eglise plusieurs prêtres et plusieurs religieuses. Il était studieux et intelligent. Séminariste, il aida Mgr Taberd dans la traduction de plusieurs ouvrages. Ordonné prêtre, il fut chargé successivement des districts de Kesen et de Bai-troi, puis d'une partie de la province de Thua-thien, et enfin du district de Mi-huong dans la province de Quang-binh. Il instruisit également de nombreux étudiants ecclésiastiques et onze d'entre eux furent élevés au sacerdoce.

    Emprisonné à Dong-hoi, il refusa d'apostasier et fut condamné à mort. Lorsqu'il apprit sa condamnation, il s'écria : « Tout est consommé, je rends grâces à Dieu de ce qu'il m'a fait connaître l'heure où je verserai mon sang pour sa gloire ». Il dit ensuite : « Vous ferez de mon corps ce que vous voudrez, tout sera bien ». La nuit qui précéda son supplice, il entendit jusqu'à une heure avancée les confessions de ses compagnons de captivité. Quand il quitta la prison, il adressa aux prisonniers païens ces paroles : « Si je vous ai fait fait de la peine, je vous prie de me pardonner. Dans notre religion, nous affirmons volontiers par notre mort la vérité de notre foi. Je n'avais qu'à faire un pas pour conserver la vie, je ne l'ai pas voulu ». II fut décapité le 26 mai 1861, en la fête de la sainte Trinité, près de Dong-hoi.

    Les chrétiens et les païens s'empressèrent de tremper de la toile et du papier dans le sang du martyr ; ils réunirent sa tête au corps, les placèrent dans un cercueil qu'ils portèrent à Mi-huong, où des funérailles solennelles furent célébrées.

    ***

    LE B. MATHIEU NGUYEN-VAN-DAC OU PHUONG

    Fils d'un officier, excellent chrétien, Mathieu Phuong naquit en 1801 à Ke-lay. Devenu catéchiste de la paroisse de Sao-bun, ce fut à lui qu'incomba le devoir de donner asile aux prêtres proscrits. Le devoir était fort dangereux car, de par les édits royaux, le chrétien qui recevait un prêtre chez lui était passible de la mort ; quoiqu'il eût une nombreuse famille, Mathieu Phuong l'accepta, et c'est en le remplissant qu'il fut arrêté et enfermé dans les cachots de Dong-hoi. Il refusa constamment d'apostasier, il refusa aussi de donner une de ses filles en mariage à un païen qui, en reconnaissance, lui promettait de le sauver. Il obtint une fois l'autorisation d'aller chez lui pendant la nuit. Il en profita pour faire à sa femme et à ses enfants les plus vives recommandations de charité, puis il leur exprima son désir de verser son sang pour Jésus-Christ. Les dernières paroles qu'il leur adressa furent : « Priez pour moi, vivez en paix, aimez-vous bien ». Sa condamnation à mort fut ainsi libellée :

    « Le nommé Nguyen-van-Dac dit Phuong est un chrétien ; il a osé recéler le prêtre Hoan, c'est un infracteur des lois et un grand coupable. Qu'on lui tranche la tête ».

    La sentence fut exécutée, près de Dong-hoi, le 26 mai 1861.

    Sur le lieu du supplice, le mandarin demanda au condamné : « Voulez-vous rester à genoux ou être attaché au poteau ? » Phuong répondit : « Je m'agenouillerai ». Et il le fit immédiatement. Quelques minutes après, sa tête roula sur le sol. Ce Bienheureux appartient à la mission de Cochinchine Septentrionale.

    ***

    LE B. MICHEL HO-DINH-HY

    Ce Bienheureux, né vers 1808, habitait Hué (Cochinchine Septentrionale), où il avait la haute dignité d'intendant des soieries royales ; il montra dans cette situation une honnêteté très rare et fort méritoire. S'il ne pratiqua point toutes les vertus chrétiennes, du moins il conserva toujours une foi très vive et rendit de grands services à la mission. Quand il fut revenu de ses égarements, il fit une pénitence sérieuse. L'honnêteté que Michel Hy portait dans l'accomplissement de ses devoirs lui attira la haine d'un de ses collègues et bientôt l'emprisonnement et le martyre. Ce collègue lui demanda la soie à laquelle il n'avait pas droit : « Pour-quoi ? Fit Michel Hy. Vous devez observer le degré de votre dignité ». Très mécontent, le mandarin le dénonça comme chrétien. Michel Hy subit une longue détention et eut à combattre les tentatives de ses amis les mandarins et du roi Tu-Duc lui-même, qui voulaient absolument l'amener à l'apostasie. Il refusa avec une invincible constance : « Ma vie touche à sa fin, disait-il, je veux jusque la mort demeurer fidèle à ma religion ». Il fut condamné à être conduit trois fois, dans tous les quartiers de Hué, et à être, chaque fois, frappé de 60 coups de bâton. Il endura ce supplice sans faire nentendre aucune plainte. Enfin il fut emmené le 22 mai 1857 à An-hoa, non loin de Hué.

    Quand on y fut arrivé, un soldat lui ôta ses chaînes, lui attacha les mains avec son turban et voulut le lier au poteau d'exécution. « A quoi bon ? Fit le condamné, j'inclinerai la tête pour que vous puissiez la trancher ». Un prêtre, caché dans la foule, donna l'absolution à Michel Hy qu'un soldat décapita.

    ***

    LE B. FRANÇOIS TRUNG

    Ce Bienheureux né, vers 1825, à Phan-xa, province de Quang-tri (Cochinchine Septentrionale), était caporal quand, à la suite d'un incident assez insignifiant, il fut emprisonné avec onze de ses camarades. A cette époque (1858), l'expédition française s'empara de Touraine, et le roi Tu-duc permit aux prisonniers qui le voudraient d'aller combattre les Français., Ceux-ci acceptèrent, mais les mandarins ayant exigé d'eux qu'ils consentissent à saluer les idoles et à fouler la croix aux pieds, François Trung ne le voulut pas. « Je suis prêt à aller combattre les ennemis de mon pays, déclara-t-il ; mais apostasier, jamais». Il fut à trois reprises frappé de plus de cent cinquante coups de rotin, recevant sans cesse l'ordre de marcher sur la croix et refusant toujours. Il resta en prison plusieurs mois sans que sa persévérance faiblit.

    Irrité de cette invincible constance, Tu duc le condamna à être décapité.

    Sur le lieu du supplice, F. Trung s'agenouilla, demanda qu'on lui traçât sur le cou, avec de la chaux, deux lignes en forme de croix, pour affirmer une fois de plus, sans doute, sa volonté de rester chrétien, puis il inclina sa tête que le bourreau trancha ; c'était à An-hoa, le 6 octobre 1858.

    Sa tête fut, selon l'ordre du roi, exposée pendant près de trois jours et, le 8 octobre, on put la réunir au corps, qui fut enterré dans la chrétienté de Duong-son.

    ***

    LE B. JOSEPH LE-DANG THI

    Lorsqu'il apprit le débarquement des troupes françaises, en Annam, le roi Tu-duc, oubliant que la fidélité à Dieu est le plus sûr garant de la fidélité au prince, porta un décret condamnant à mort tous les officiers et les soldats de son armée qui n'apostasieraient pas. Le capitaine Joseph Le-dang-Thi, fils du colonel chrétien Tu, né à Ke-van, province de Quang-tri, (Cochinchine Septentrionale), en 1825 ou 1828, fut emprisonné en vertu de ce décret. Sa vie en prison fut très édifiante : matin et soir, on l'entendait réciter les prières et, dans la journée, le chapelet. « Souhaites-tu de mourir pour Dieu? Lui demandait-on un jour. De toutes mes forces », répondit-il. Il fut condamné à la strangulation par cette sentence :

    « Le-dang-Thi avait le grade de capitaine; il est sectateur de la religion perverse ; il a refusé obstinément de l'abjurer ; son crime est impardonnable. Il a été condamné à être étranglé ; qu'on exécute la sentence ».

    Le 24 octobre 1860, cet ordre fut exécuté à An-hoa, près de Hué.

    ***

    LE B. PIERRE QUI

    Né à Bung (Cochinchine Occidentale), vers 1826, Pierre Qui, remarqué par son intelligence et sa piété, fut envoyé au séminaire général à Pinang. Ordonné prêtre en 1858, il fut vicaire à Cai-mong d'où il écrivait : « N'aurai-je pas le bonheur de combattre et de mourir pour la gloire de Dieu ? Que la chaîne me soit un collier précieux ! Que le fer me serve de bracelet ! O mon Dieu accordez-moi donc d'être martyr ! » Ses voeux furent bientôt exaucés. Ayant été envoyé à Cu-lao-gieng, il y fut arrêté, puis emprisonné à Chau-doc. A l'ordre de renier sa foi, il répliqua : « Comment l'abandonnerais je, puisque je l'enseigne?» A la même injonction faite dans un autre interrogatoire, il répondit : « Il est inutile de perdre votre temps à parler ainsi, je ne renierai pas ma foi ». Il fut condamné à être décapité. Arrivé sur le lieu du supplice, près de Chau-doc, il s'agenouilla, récita un acte de contrition, puis tendit sa tête au bourreau qui la trancha; c'était le 31 juillet 1859.

    Sa dépouille mortelle fut transportée dans la chrétienté de Nang-gu où, après être demeurée un jour et une nuit exposée à la vénération des fidèles, elle fut enterrée dans l'église.

    ***

    LE B. EMMANUEL LE-VAN-PHUNG

    Ce martyr naquit, vers 1796, à Cu-lao-gieng, une des grandes îles du Mékong, aujourd'hui dans la mission du Cambodge. Un provicaire de Cochinchine a tracé de lui ce portrait : « Il avait une nombreuse famille et jouissait d'une honnête aisance. Sans être lettré, il pouvait tenir tête au plus savant. Il était d'un naturel résolu, avait le port fier et le verbe haut. A le voir, on aurait dit un général d'armée. Sa grande foi pouvait seul atténuer l'âpreté de son caractère ; il n'en était pas moins respecté de tout le monde, même des païens. Chevalier sans peur, confiant en Dieu et aussi un peu en son savoir-faire, il n'avait pas craint de concentrer autour de sa maison, sur la rive du grand fleuve, la plus belle église de la contrée, un couvent de Filles de Marie, la case du missionnaire et même un collège. Il était d'un sang-froid imperturbable lorsque tous tremblaient autour de lui. Au premier signal d'alarme, lui seul restait impassible et rassurait son monde. J'ai été moi même trois ans sous sa sauvegarde et ne me souviens pas qu'il m'ait jamais donné une fausse alerte ». Un incident qu'il ne pouvait guère prévoir causa son arrestation et son emprisonnement à Chau-doc. Il fut insensible aux supplices comme aux offres de dignité que lui firent les mandarins, et, le 31 juillet 1859, il périt étranglé, par l'ordre du roi, à Cay-met, près de Chau-doc.

    Son corps fut transporté à Cu-lao-gieng, où on lui éleva un modeste tombeau.

    ***

    LE B. PAUL LE-BAO-TINH

    Né, vers 1793, à Trinh-ha, province de Thanh-hoa (actuellement Tonkin Maritime), Paul Tinh, après avoir terminé ses études classiques, séduit par les récits de l'existence des ermites des premiers siècles, vécut comme eux pendant plusieurs mois. Il fut rappelé au séminaire par son évêque, puis devint catéchiste et partit pour explorer le pays habité par les tribus sauvages. Fait prisonnier en 1841, il fut condamné à mort, mais on commua sa peine en celle de l'exil. A cette époque, il guérit de cécité un mandarin. Ayant été gracié, il fut ordonné prêtre, nommé professeur et directeur du séminaire de Vinh-tri. Il fit prospérer cet établissement et entretint d'excellentes relations avec le mandarin autrefois guéri par lui et devenu gouverneur de Nam-dinh. Cependant, ayant été dénoncé, il fut emprisonné. Sommé d'apostasier, il répondit : « Grand mandarin, mon corps est entre vos mains, faites-en ce que vous voudrez, mais mon âme est à Dieu ». Il fut décapité, à Nam-Dinh, le 6 avril 1857.

    ***

    LE B. LAURENT NGUYEN-VAN-HUONG

    Ce Bienheureux né, en 1802, à Ke-sai, dans la province de Hanoi (Tonkin Occidental), montra de bonnes heures d'excellentes dispositions à l'état ecclésiastique. Devenu prêtre, il évangélisa pendant quelque temps le Lac-tho, région malsaine où il tomba malade. Il fut ensuite vicaire à Lang-van et à Bach-bat. Dans ces différents postes, il se montra très pieux, animé d'un grand zèle pour l'instruction des fidèles et fort assidu au tribunal de la pénitence. Ayant été arrêté, il apprit que les chrétiens voulaient racheter sa liberté et les pria de n'en rien faire : « Puisque Dieu a permis mon arrestation, dit-il, je suis heureux de souffrir et de mourir pour lui ». Emprisonné à Ninh-binh, il fut frappé de plus 100 coups de rotin. « Je souffrirai volontiers la mort, disait-il, mais fouler la croix aux pieds, je ne le ferai jamais ». Il fut condamné à la décapitation. Quand il quitta la prison pour aller au supplice, près de la colline de Canh-dieu, à peu de distance de Ninh-binh, le 27 avril 1856, il salua ainsi ses codétenus : « Adieu, frères, avec lesquels je me suis si souvent et si cordialement entretenu ; par l'ordre du roi je vais mourir, c'est uniquement, remarquez-le bien, parce que j'ai prêché la religion catholique ».

    On raconte qu'au moment de l'exécution le ciel très pur depuis le matin se couvrit subitement d'un gros nuage noir et un vol de colombes tournoya au-dessus de Canh-dieu ; dès que l'exécution fut finie, nuage et colombes disparurent.

    ***

    LE B. PIERRE DAO-VAN-VAN

    Ce Bienheureux, qui fut catéchiste, économe ou procureur du presbytère de Bau-no, Pierre Dao-van-Van, né dans la paroisse de Kesong, province de Hanoi (Tonkin Occidental), a laissé le souvenir d'un homme très modeste, plein d'activité pour gérer les biens de la communauté et si charitable envers les malheureux que parfois il devançait leurs désirs pour leur apporter ce dont ils avaient besoin. Il visitait souvent les malades, leur faisait des exhortations ferventes, de pieuses lectures, et il instruisait très bien les enfants. Aussi sa conduite, citée partout comme modèle, était passée en une sorte de proverbe ; on disait couramment d'un bon procureur : « Celui-là remplit ses obligations comme Dao-van-Van ». Il se confessait tous les huit jours et communiait une ou deux fois chaque semaine. Il avait 76 ou 77 ans quand il fut arrêté. Il resta en prison plus de six mois, résistant à toutes les sollicitations des mandarins qui voulaient le faire apostasier. « Marchant sur la croix, disait-il, je marcherais sur l'image du Dieu que j'adore. Quoique la mort m'attende, je ne renierai pas ma foi ».

    Sur le lieu du supplice, le bourreau lui lia les mains et l'attacha à un poteau. Le vieillard lui dit doucement : « Je suis bien âgé, il m'est impossible de prendre la fuite ; les mandarins peuvent me tuer, laissez-moi prier un instant ». Quelques minutes plus tard, il ajouta : « J'ai fini ».

    Il fut décapité le 25 mai 1857, près de Son-tay, à l'extrémité « du chemin du Safran ».

    Des chrétiens rendirent les derniers devoirs aux restes du Martyr et l'enterrèrent au lieu même du supplice.

    ***

    LA B. AGNÈS LE-THI-THANH BA DE

    Agnès Le-thi-Thanh, née à Bai-den, province de Thanh-hoa, (Tonkin), mariée au chrétien De, fut toujours une épouse et une mère de famille excellente. Elle habita longtemps la paroisse de Phuc-nhac. En 1841, cette paroisse, ayant donné l'hospitalité à des missionnaires et à des prêtres indigènes, fut dénoncée. Les satellites y firent des perquisitions. Un missionnaire, M. Galy, fut découvert dans le jardin d'Agnès et arrêté, ainsi que celle qui avait cherché à le soustraire aux recherches des persécuteurs. Peu de jours après, la chrétienne comparut devant les mandarins de Nam-dinh. A leurs ordres d'apostasier, elle répondit : «Jamais je ne renierai la religion du souverain Maître de toutes choses ». Les magistrats la firent cruellement frapper de verges et, dépassant les ordres qu'ils avaient reçus, les soldats lui meurtrirent les pieds. « Agnès De a subi tant de supplices, affirmait un des témoins de ces scènes sauvages, que son corps était tout couvert de sang et de pus, et cependant elle restait joyeuse et désirait souffrir davantage ». Ayant reçu la visite d'une de ses filles, qui se mit à sangloter en voyant ses blessures, la prisonnière essaya de la consoler par cette parole de gracieuse piété : « Pourquoi pleures-tu ? Ce sont des fleurs rouges qui m'embellissent ». Elle mourut en prison, à Nam-dinh, le 12 juillet 1841 ; et chrétiens et païens dirent d'elles: « Quoique Agnès De n'ait pas été décapitée, il est cependant certain qu'elle est morte pour la foi, et elle doit être comptée au nombre des martyrs ».

    Elle appartient à la mission actuelle du Tonkin Maritime.

    ***

    LE B. PIERRE KHANH.

    Eu lisant les dépositions faites par les témoins juridiques sur la vie et les vertus du martyr Pierre Khanh, on rencontre ces lignes singulièrement, éloquentes dans leur brièveté : «Il instruisit plus de quarante élèves, il forma huit prêtres, dont six furent martyrs de Jésus-Christ ». Né, en 1780, à Hao-dé dans la province du, Nghe-an (Tonkin Méridional), élevé au sacerdoce en 1819, Pierre Khanh fut successivement chargé des districts de Trai-le, Quinh-luu, Tho-ki, Tho-ninh. Il fut arrêté au mois de janvier 1842 et enfermé dans les prisons de Hatinh, où il guérit la femme du grand juge criminel, convertit, et baptisa plusieurs infidèles. Par pitié pour lui, les magistrats l'engagèrent à déclarer qu'il exerçait la profession de médecin, l'assurant qu'il pourrait ainsi éviter la mort. Très courageusement le captif répondit : « Je suis prêtre de Jésus-Christ, j'ai toujours enseigné qu'il fallait dire la vérité, je ne puis mentir ». Il fut décapité à Ha-tinh, le 12 juillet 1842. « Trente-six heures après, le saint prêtre n'était nullement défiguré, on eût cru voir un homme endormi; ses membres étaient flexibles, et il en coula encore une assez grande quantité de sang vermeil ».

    MARTYRS CHINOIS

    DANS LA PROVINCE DU KOUYTCHEOU

    LE B. JOSEPH TCHANG TA-PONG.

    Ce Bienheureux naquit, vers 1754, à Tou-yun, dans la province du Kouy-tcheou en Chine. Il se convertit au catholicisme vers 1797, à Kouy yang, et, en 1800, il reçut le baptême. Bientôt par ses qualités et ses vertus il fut jugé digne d'être nommé catéchiste. Dès lors il ne négligea aucune occasion de prêcher la doctrine chrétienne aux païens ; il parlait fort bien, avec clarté, élégance et une chaleur communicative qui portait l'émotion dans le coeur de ses auditeurs. Il eut à subir les reproches amers de ses frères qui le dénoncèrent aux magistrats.

    J. Tchang Ta-pong put pendant assez longtemps échapper à toutes les recherches ; mais, en 1814, il fut arrêté et emprisonné à Kouy-yang. A toutes les instances que prodiguèrent ses parents et les magistrats pour le faire apostasier, il répondit avec douceur : « Je ne puis, je ne puis ». Il fut condamné à la strangulation. Il marcha courageusement au supplice, le 12 mars 1815. Ses frères et un de ses neveux l'accompagnèrent et avec larmes le supplièrent de renoncer au catholicisme. « Ne pleurez pas, leur répondit-il, je suis sur la route du Ciel ». Ce furent ses dernières paroles ; le bourreau étreignit le nud fatal et l'âme du vieux catéchiste de Kouy-yang alla recevoir la récompense éternelle.

    Les chrétiens du Kouy-tcheou visitent son tombeau, et cueillent les herbes qui le recouvrent afin de composer des remèdes « qui parfois, dit Mgr Faurie, opèrent' des guérisons inespérées ».

    ***

    Les Martyrs dont nous avons encore à parler ne se présentent plus par unité, mais, par groupes ; chacun d'eux, sans doute, vécut longtemps sans connaître ses futurs compagnons de lutte dans l'arène de la foi ; mais par un de ces rapprochements subits qui, sous l'action de la Providence, fécondent les destinées humaines et créent une oeuvre glorieuse, ils se rencontrèrent pour confesser le nom de Jésus-Christ. C'est pourquoi, après avoir donné, sur chacun d'eux, quelques détails biographiques, nous ferons un seul récit de leur mort.

    Ces Martyrs se divisent en trois groupes que nous désignerons par le nom du lieu d'exécution : Les Martyrs de Mao-keou, de Tsin-gai, de Kai-tcheou.

    Les Trois Martyrs de Mao-keou

    Ces trois Martyrs sont deux catéchistes : Jérôme Lou Tin-mei et Laurent Ouang, et la vierge Agathe Lin.

    LE B. JÉROME LOU TIN-MEI.

    Né vers 1810, à Mao-keou, et fils d'un maître d'école païen, de race Tchong-kia-tse, bon lettré, habile, probe, désintéressé, Lou Tin-mei fut converti par la lecture de livres exposant la doctrine catholique. Il devint catéchiste et accompagna le B. Auguste Chapelain au Kouang-si où il fut emprisonné. Revenu au Kouy-tcheou, il continua ses prédications avec zèle et succès, et fut de nouveau jeté en prison pour la foi. Il y resta cinq mois et fut délivré à la prière de son frère. Il retourna alors à Mao-keou, où Dieu allait bientôt le récompenser de ses travaux et de ses souffrances.

    ***

    LE B. LAURENT OUANG

    Fils de confesseurs de la foi exilés en Tartarie, lors de la persécution de 1814, Laurent Ouang naquit à Kouy-yang en 1811. Sa fidélité à remplir ses devoirs religieux le firent nommer, en 1834, chef d'un groupe de chrétiens de sa paroisse. En 1853, il devint catéchiste. Ces fonctions furent parfois transformées en celle de courrier, quand les missionnaires avaient besoin de correspondre rapidement avec leur évêque. Il déploya une activité très grande ; il exerça son zèle dans de nombreux villages, dans plusieurs villes, particulièrement à Houang-tsao-pa et à Hin-y fou et en dernier lieu à Pou-gan tin.

    ***

    LA B. AGATHE LIN

    Fille d'un confesseur de la foi, comme le B. Laurent Ouang, Agathe Lin, née vers 1817 à Ma-tchang (Kouy-tcheou), s'était de bonne heure consacrée à Dieu. Elle fit de rapides progrès dans l'étude des caractères chinois. L'évêque, Mgr Albrand, l'ayant rencontrée, fut frappé de ses qualités et de ses vertus et l'appliqua à l'enseignement. Lorsque s'ouvrit au christianisme la station de Mao-keou, Agathe reçut l'ordre d'instruire les femmes et les jeunes filles indigènes. « Sans elle, a écrit un Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, Mgr Lions, sans elle, je crois que cette chrétienté aurait eu bien de la peine à se soutenir, malgré tous les missionnaires. Elle eut, en effet, besoin d'un travail et d'une patience presque au-dessus de ce qu'on peut imaginer ; pour le comprendre, il faut l'avoir vu et éprouvé ».

    ***

    Le Martyre

    Au commencement de l'année 1858, ces trois Serviteurs de Dieu se trouvaient à Mao-keou : Jérôme Lou Tin-mei y faisait fonctions de catéchiste ; Laurent Ouang, de retour de Pou-gan tin, avait été invité par Jérôme, dont il était l'ami, à y rester quelques jours ; Agathe Lin y instruisait les femmes indigènes. A cette époque, les deux catéchistes résolurent de construire un oratoire dans le village. Mécontents, les païens les dénoncèrent au sous-préfet de Lang-tai. Celui-ci vint à Mao-keou, appela devant lui Jérôme, Laurent et Agathe, et leur ordonna d'apostasier sous peine de mort. Jérôme répondit : « Moi pauvre et humble, j'ai voulu, en suivant cette religion du Seigneur du Ciel, faire le bien, acquérir des mérites ; quand ma tête tombera, mon oeuvre sera achevée. Grand homme vous avez étudié la littérature, vous êtes devenu savant, et ainsi vous avez été élevé à la magistrature. Moi, j'ai étudié la doctrine chrétienne et j'ai été élevé à la dignité du chrétien que je ne puis abdiquer ».

    Laurent Ouang prononça des paroles analogues.

    Agathe répondit : « Pauvre et humble femme, j'adore le suprême Esprit, souverain Principe de tous les êtres. Je ne puis renoncer à ma religion ».

    Aussitôt le mandarin nommé Tai Lou-tche, condamna à la décapitation ces trois confesseurs de la foi et les fit exécuter. C'était le 28 janvier 1858.

    Les corps des martyrs reposent près de Kouy-yang, dans la chapelle du tombeau de Mgr Albrand.

    Les Quatre Martyrs de Tsin-gai

    Ces quatre Martyrs sont deux séminaristes : Joseph Tchang et Paul Tchen, un cultivateur, J. B.Lo, et une veuve, Marthe Ouang.

    ***

    LE B. JOSEPH TCHANG

    Originaire du Su-tchuen, où il naquit en 1832, ce Bienheureux fut renvoyé du séminaire pour quelque étourderie et admis au Kouy-tcheou en qualité de catéchiste. Il se montra très courageux dans le transfert à Lou-tsong-koan des restes précieux des martyrs de Mao-keou, et mérita qu'on lui ouvrit les portes du grand séminaire.

    ***

    LE B. PAUL TCHEN

    Les parents de ce Bienheureux étaient païens et pauvres ; ils cédèrent leur fils, né en 1838 dans la sous-préfecture de Sin-tchen (Kouy-tcheou), à un missionnaire, M. Lions, qui l'éleva au nom et avec les secours de la Sainte-Enfance. Ensuite, quoique non encore baptisé, Tchen entra au séminaire ; en 1853, il reçut le baptême avec le nom de Paul. En 1857, son père, sachant qu'il était bien instruit, voulut le reprendre : « Mon Père, lui répondit Paul, vous m'avez donné à l'Eglise, je lui appartiens. D'ailleurs Dieu m'appelle à une vocation plus sublime que celle que vous me proposez, je ne puis désormais désobéir à Dieu, et je ne veux ni du monde ni de tout ce qu'il peut promettre ».

    Le reste de la vie du jeune homme fut la mise en pratique de ces belles paroles.

    ***

    LE B. J, -B. LO

    J. B. Lô était Tchong-kia-tse et portait en langue de cette race le nom de Amien-sen-te-mien. Il naquit, en 1825, à Yangmei-kao-tchan (Kouy-tcheou), et remplit pendant quelque temps les fonctions de maître d'école. Il était âgé d'environ 30 ans quand il se convertit au catholicisme. Deux ans plus tard, il accepta de devenir le fermier du séminaire que la mission avait établi près de Tsin-gai.

    ***

    LA B. MARTRE OUANG

    Née vers 1812, au Kouy-tcheou, dans le paganisme, mariée à un jardinier païen, qui mourut encore jeune , cette Bienheureuse fut convertie en 1852 par un missionnaire, M. Faurie, et par son catéchiste. La vivacité de sa foi et l'ardeur de son dévouement sont demeurées célèbres. Après sa conversion, elle fut placée à l'asile des filles, à Kouy-yang, pour aider les religieuses, puis à l'orphelinat des petits enfants. En 1859, elle devint la cuisinière du séminaire de Tsin-gai. Quand arrivèrent la dévastation de cet établissement et l'arrestation des séminaristes et du fermier, loin de fuir le danger, elle alla se loger dans la ville même de Tsin-gai, afin d'être plus à portée de soigner les prisonniers.

    ***

    Le Martyre

    En 1861, la première autorité militaire du Kouy-tcheou était le général Tien, ennemi des missionnaires et des chrétiens A son instigation, le chef de la garde nationale de Tsin-gai perquisitionna au séminaire et, le 12 juin, arrêta Joseph Tchang, Paul Tchen, J.-B. Lô, qui tous les trois furent emprisonnés dans une pagode proche de la ville. Ils y restèrent pendant six semaines, chaque jour insultés et menacés par leurs bourreaux qui voulaient les faire apostasier. Chaque jour, malgré les injures des soldats, Marthe Ouang leur portait de la nourriture, et souvent elle leur offrait de mourir pour obtenir leur libération.

    Le 29 juillet 1861, l'ordre de décapiter les prisonniers arriva, signé du général Tien. Les trois captifs furent aussitôt conduits au supplice. Durant le trajet, les soldats aperçoivent Marthe Ouang, qui, ignorante du grave événement, lavaient le linge des prisonniers ; ils vont vers elle, la saisissent par les cheveux et, mettant à exécution les menaces que souvent ils lui ont faites : « Marche, toi aussi, lui disent-ils. Volontiers, volontiers », répond la vaillante chrétienne. Arrivé au lieu d'exécution le cortège s'arrête. Les condamnés sont traînés sur un monticule formé de débris, où s'élèvent actuellement quelques maisons ; Joseph Tchang s'agenouille, les autres l'imitent, demandant qu'on retarde leur mort jusqu'à ce que leur prière soit achevée ; puis les bourreaux s'avancent, chacun d'eux saisit un condamné et le décapite.

    En 1877, un missionnaire construisit des tombeaux aux courageux martyrs, sur la colline même où ils reposaient depuis 16 ans.

    Les cinq Martyrs de Kaitcheou

    Les Martyrs de Kai-tcheou sont : Jean-Pierre Néel, Martin Ou, Jean Tchang, Jean Tchen, Lucie Y.

    La notice sur le B. Jean-Pierre Néel ayant été donnée précédemment (voir MARTYRS FRANÇAIS, p. 173) nous n'avons pas à la répéter ici.

    ***

    LE B. MARTIN OU

    Fils de cultivateurs chrétiens, ce Bienheureux naquit en 1815 à Tang-eul-po (Kouy-tcheou). En 1850, il se consacra entièrement au service de la mission et fut choisi comme baptiseur et catéchiste. Son activité et son grand zèle le firent emprisonner à Tsen-y. Il n'y resta pas longtemps et put continuer ses travaux, dont les derniers furent accomplis sous la direction de M. Néel, dans la station de Kia-cha-long.

    ***

    LE B. JEAN TCHANG

    Jean Tchang, habitant de Kia-cha-long (Kouy-tcheou), appartenait à une famille païenne et lui-même honora les idoles pendant une partie de sa vie. Cependant ce culte ne satisfaisant pas son âme avide de vérité, il entra dans plusieurs sectes qui ne le contentèrent pas davantage. Ordinairement Dieu ne laisse pas de telles âmes dans les ténèbres du paganisme, il accorda à Tchang la grâce de la pleine lumière religieuse.

    Ayant rencontré un catéchiste, Tchang connut par lui le catholicisme et résolut de l'embrasser. Il convertit sa famille et plusieurs de ses amis ; enfin il reçut le baptême avec le nom de Jean, le 16 février 1862, des mains de M. Néel.

    ***

    LE B. JEAN TCHEN

    Ce Bienheureux, originaire du Su-tchuen, était, comme le précédent, né dans le paganisme. Il avait 30 ans lorsqu'il se convertit au catholicisme ; bientôt après, il fut employé à la pharmacie de Gan-chouen (Kouy-tcheou) et s'y fit remarquer par sa piété. Une année plus tard, il fut donné comme catéchiste à M. Néel et se rendit avec lui à Kia-cha-long.

    ***

    LA B. LUCIE Y

    Née à Houang-long-tchen (Su-tchuen), vers 1813, d'une famille chrétienne, Lucie Y voulut de bonheur se consacrer à Dieu, et, afin d'obtenir la résiliation de ses fiançailles que ses parents avaient contractées pour elle sans la prévenir, elle simula la folie. Fort instruite pour une femme chinoise, elle tint plusieurs écoles au Su-tchuen, puis alla rejoindre au Kouy-tcheou son frère, le catéchiste Jean Y. Elle fut chargée d'instruire les femmes chrétiennes à Pin-yue et à Ong-gan. Sur des calomnies, elle fut chassée du petit couvent de Kouy-yang, mais peu après réhabilitée et envoyée comme institutrice à Hang-tchang, puis à Kia-cha-long. Elle exprimait très souvent le désir du martyre. Dieu l'exauça.

    ***

    Le Martyre.

    Le général Tien avait, nous l'avons dit, donné l'ordre de décapiter les prisonniers de Tsin-gai ; ce fut lui également qui commanda le nouveau crime, et le mandarin Tai Lou-tche, auteur des meurtres de Mao-keou, se chargea de l'exécution. Le 17 février 1862, deux jours après le baptême de Jean Tchang, une centaine d'hommes arrivèrent à Kia-chalong, s'emparèrent d'abord du missionnaire Néel, de Martin Ou, de Jean Tchang, de Jean Tchen et un peu après de Lucie Y, les conduisirent à Kai-tcheou où le mandarin voulut les faire apostasier ; tous refusèrent courageusement. Immédiatement le prêtre et les deux chrétiens furent conduits au lieu du supplice, un peu en dehors de la ville.

    L'aspect de la scène était lugubre ; il était environ sept heures du soir, un brouillard froid rendait la nuit plus sombre, des torches de bambou et de paille jetaient leurs clartés douteuses sur les bourreaux et sur les victimes. Le missionnaire fut d'abord décapité, puis Martin Ou et Jean Tchen. Espérant que ce spectacle avait intimidé Jean Tchang, des païens s'approchèrent et lui montrant les trois cadavres. « C'étaient des étrangers, lui dirent-ils, mais vous, vous êtes notre compatriote ; vous êtes bon et vous n'avez point d'ennemis parmi nous. Prononcez seulement le mot : « Je me repens », et nous vous donnerons des champs, et à la place de votre vieille maison, nous vous en bâtirons une neuve ». Jean leur répondit : « A votre volonté, que vous me tuiez ou non, je ne renierai jamais ma religion ; je ne désire pas vos champs et ma maison est encore bonne ; je ne désire rien, à part l'héritage éternel du Ciel de Dieu ». Devant cette héroïque persévérance, le mandarin donna un ordre et le bourreau trancha la tête du vaillant chrétien ».

    Le lendemain, Lucie Y montra le même courage. « Renoncez à la religion chrétienne», ordonna le mandarin. « Moi, votre servante, répondit-elle, je n'ai plus qu'un pas à faire et je suis dans le ciel ; comment donc retournerai-je en arrière et renierai-je ma foi ? » Elle fut condamnée à la décapitation et aussitôt exécutée, c'était le 19 février 1862. Sa tête et celles des quatre autres martyrs furent exposées sur les remparts de Kai-tcheou.


    1909/168-202
    168-202
    France
    1909
    Aucune image