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Avec nos tirailleurs Tonkinois

Avec nos tirailleurs Tonkinois Plusieurs missionnaires ont fait campagne avec nos tirailleurs tonkinois. De leurs lettres nous extrayons les pages suivantes : Dans un hôpital de la région du Midi, un pauvre Annamite encore païen est couché sur son lit dans l'attente de la mort. Il sait qu'il va mourir : la tuberculose fait rapidement son oeuvre. Un missionnaire s'approche du moribond, lui parle en sa langue, la langue du pays qu'il ne reverra plus.
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    Avec nos tirailleurs Tonkinois

    Plusieurs missionnaires ont fait campagne avec nos tirailleurs tonkinois. De leurs lettres nous extrayons les pages suivantes :

    Dans un hôpital de la région du Midi, un pauvre Annamite encore païen est couché sur son lit dans l'attente de la mort. Il sait qu'il va mourir : la tuberculose fait rapidement son oeuvre.
    Un missionnaire s'approche du moribond, lui parle en sa langue, la langue du pays qu'il ne reverra plus.
    Mon fils, tu es bien malade, serais-tu content si je te donnais le moyen pour être heureux dans l'autre vie? Tu souffres tant ici-bas ! Écoute-moi. Je te dirai ce que tu dois faire pour aller au ciel près du bon Dieu. Vois-tu le grand crucifix tout au bout de la salle, c'est l'image de ton Dieu qui t'a aimé au point de mourir sur une croix pour expier tes fautes. Si tu veux croire en lui, il te pardonnera tes péchés, il t'aidera à supporter tes souffrances.
    Père, j'ai déjà bien souvent entendu parler de la religion, mais je n'y avais pas porté grande attention, parce que mes parents m'ont élevé dans le paganisme. Aujourd'hui, vous venez à moi. Je comprends que ce n'est pas pour votre intérêt ni pour votre plaisir. Quel plaisir y aurait-il à venir dans un hôpital au chevet d'un pauvre malheureux qui va mourir? C'est Dieu qui vous envoie. C'est Dieu qui vous dit de venir ici. Oui, je veux bien me faire chrétien.
    La cérémonie du baptême est terminée. Le néophyte a reçu le nom de Robert en souvenir d'un saint religieux mort quelques jours auparavant, et qui jouissait d'une grande réputation dans la communauté des Soeurs garde-malades.
    Regardez mon Père, dit une religieuse témoin de l'insigne faveur accordée à cette âme, regardez ; il est comme transfiguré. Maintenant avec cette figure si calme, si reposée il peut monter au ciel, les anges le reconnaîtront comme un des leurs.
    Pourtant deux grosses larmes s'échappent des yeux du nouveau converti.
    Tu souffres, mon enfant ? Lui dit le missionnaire.
    Non, Père.
    Alors, pourquoi pleures-tu?
    Oh ! Désormais mes larmes ne seront plus des larmes de tristesse ; jamais je ne me suis senti aussi heureux.
    Vois, mon fils comme Dieu est bon, je te l'ai dit tout à l'heure. Il nous a aimés jusqu'à mourir pour nous. Pour mourir il a dû prendre un corps d'homme comme le nôtre parce qu'aucune nature n'est plus capable de souffrir que la nature humaine. Il a fait plus encore. Il a voulu descendre en nous, devenir notre nourriture, pour ne faire qu'un avec nous, nous fortifier dans nos faiblesses, nous consoler dans nos afflictions, et c'est pour cela qu'il a revêtu les apparences du pain, aliment si nécessaire à la nourriture de l'homme. Veux-tu que Dieu descende dans ton coeur ? Veux-tu qu'il mette le comble à ton bonheur ?
    Est-ce possible ? Quoi ! Il y a une demi-heure à peine je ne pensais pas à Lui. Et maintenant il descendrait dans mon coeur ?
    Dieu n'aime pas à la manière des hommes. Jamais il ne se laisse vaincre en générosité. Tu l'as appelé, il vient à toi. Il se donne tout entier. As-tu eu l'occasion de rentrer dans une église le matin pendant la messe ?
    Oui, Père, très souvent.
    N'as-tu jamais remarqué que les chrétiens s'approchaient de l'autel et se mettaient à genoux pour recevoir ce que le prêtre leur distribuait? Ces chrétiens recevaient Dieu dans leur coeur.
    Père, je ne le savais pas. Si je l'avais su j'aurais fait comme eux. J'aurais demandé à Dieu qu'il descende dans mon coeur.
    Tu ne le pouvais pas alors, mon enfant, puisque tu n'étais pas encore baptisé. Il faut être bien pur pour recevoir Dieu dans son coeur. Aujourd'hui rien ne s'oppose plus à ce que ton désir s'accomplisse.
    Le missionnaire appela deux catholiques annamites alors en traitement dans ce même hôpital et les pria de réciter lentement les actes avant la communion.
    Cette première visite du Roi du Ciel fut comme une fête dans l'hôpital. Toutes les religieuses tinrent à honneur de faire escorte au Divin Maître se rendant comme au temps de sa vie mortelle au chevet des pauvres malades. On aurait dit que Jésus voulait manifester par plus de solennité que de coutume combien il désirait s'unir à cette âme qui l'appelait avec toute la simplicité d'une foi naissante.
    Le lendemain, le missionnaire revint prendre des nouvelles de son néophyte.
    Comment vas-tu aujourd'hui, mon enfant?
    Père, je languissais dans votre attente. Hier vous m'avez apporté le bon Dieu et cela m'a rendu heureux. Procurez-moi le même bonheur aujourd'hui.
    Mais, mon fils, ce que tu me demandes là est grave. La grâce que tu as reçue hier est une grâce de choix. Sans m'assurer auparavant de tes bonnes dispositions, je n'oserais prendre sur moi de te faire communier tous les jours.
    Pourquoi pas plusieurs fois par jour ?
    D'abord, il nous est défendu de donner la communion plus d'une fois chaque jour. Et puis comment saurais-je si tu as suffisamment l'amour de Dieu dans ton coeur pour pouvoir le recevoir quotidiennement?
    Père, si Dieu ne voulait pas descendre dans mon coeur, il ne m'aurait pas donné tant de bonheur hier et je ne serais pas si triste aujourd'hui que je suis privé de sa présence en moi.
    Inutile de dire que le missionnaire n'en demanda pas davantage et que Robert eut la consolation de recevoir encore cinq fois Dieu sur la terre d'exil.
    Quelques instants avant de rendre le dernier souffle il fit signe au missionnaire de s'approcher et il lui confia tout bas :
    Je m'en vais, je ne puis vous témoigner ma reconnaissance ici-bas ; mais quand je serai au ciel je penserai à tous ceux qui sont dans cet hôpital et qui se sont occupés de moi.
    Et tes parents, faudra-t-il leur dise... ?
    Vous leur direz de venir me rejoindre Là-haut.
    Ce fut sa, dernière action de grâces après la communion. Commencée sur la terre, il la continuera dans l'éternité.

    Il

    Si quelqu'un recherche la vérité en toute simplicité, Dieu lui enverra la lumière de sa grâce.
    Le trait que nous allons publier en est un exemple frappant.
    Le récit en est si extraordinaire, que nous avons préféré le faire écrire par l'intéressé lui-même, en nous contentant d'un simple travail de traduction du texte annamite.
    « C'était vers la fin de l'année 1915. Le Gouverneur général de l'Indochine avait publié un décret pour le recrutement des volontaires qui devaient partir au secours de la mère patrie. Assis à mon bureau de travail, j'étais partagé entre le désir que j'avais de reconnaître enfin par des actes les services rendus par la France à mon cher pays d'Annam, et le chagrin que me causait la pensée de quitter mes père et mère, mes frères, mes soeurs que je chérissais plus que moi-même. Quand je voulais signer mon engagement la pensée de quitter ceux qui m'avaient choyé avec tant de sollicitude depuis mon enfance, l'idée que je ne les reverrais peut être plus jamais obsédaient mon esprit et m'obligeaient à déposer la plume.
    « J'hésitais sur la détermination à prendre quand tout à coup une grande clarté envahit ma chambre, puis, presque aussitôt, un beau vieillard apparut debout devant moi.
    « Illusion, direz vous. Vous avez été victime de votre imagination.
    « Il n'en est rien. Si mon imagination avait dû me jouer un vilain tour en cette circonstance, elle aurait bien trouvé le moyen de m'en jouer d'autres dans le passé. Du reste ce qui est pure imagination ne laisse pas de traces bien précises dans la mémoire ; au contraire, je me souviens aujourd'hui de ce vieillard comme s'il était encore devant mes yeux. Il portait le costume annamite et avait sur la tête un large chapeau en feuilles de bananier comme ceux que les gens du peuple ont l'habitude de porter pour se protéger du soleil et de la pluie. Cette apparition subite m'effraya. Je voulais quitter mon bureau ; mais le vieillard, d'un geste de la main, me fit comprendre que je devais rester assis.
    « Ne crains rien, mon enfant, me dit-il, signe ton engagement. Pars pour la France ».
    « Je ne pouvais en croire mes oreilles. Je voulais faire des objections ; mais le vieillard avait disparu.
    « Quel était ce vieillard? Devais-je suivre ses conseils? Il fallait éclaircir ce mystère.
    « Ce n'était pas un homme ordinaire, son entrée et sa disparition subite me l'indiquaient clairement. Était-ce quelque membre défunt de ma famille ? Comment un étranger s'intéresserait il à moi de la sorte? En entendant la description que je fis du vieillard, plusieurs personnes, ma vieille tante en particulier, reconnurent la physionomie de mon bisaïeul mort quelques années avant ma naissance. Durant sa vie, il avait fait beaucoup de bien autour de lui. Avant de mourir il avait distribué une partie de sa fortune aux indigents.
    « Cette découverte me combla de joie et mit fin immédiatement à mes hésitations. Entendu, j'irai en France. Je signai non engagement et je partis avec mes camarades.
    « La première année de campagne fut pénible. J'avoue que plus d'une fois je me suis pris à regretter ma décision. J'en voulais presque à ce vieillard de m'avoir si mal conseillé. Mon travail n'était pas fait pour chasser mes idées sombres. Toutes mes journées se passaient à aligner des chiffres : cahier d'ordinaire, solde du mois, que sais-je ? De plus je souffrais de me voir transplanté dans un milieu où l'on nous connaissait mal et où nos meilleures intentions étaient incomprises.
    « Je souffrais de voir toutes les classes de notre société annamite mélangées les unes avec les autres sans distinction de fils de mandarins, de lettrés ou du bas peuple. Je n'en finirais pas s'il me fallait énumérer tout ce qui me faisait gémir. Et mes parents ? Je crois que l'éloignement me les faisait chérir encore davantage.
    « Pour tout dire en un mot, j'étais découragé : la tristesse continuelle altéra ma santé et je dus rentrer à l'hôpital.
    « C'est là que Dieu m'attendait. Je ne m'en doutais pas. C'était sans doute pour cette heure bénie que le vieillard m'avait dit d'aller en France. Pardonnez-moi si j'anticipe sur la suite de mon récit, mais chaque fois que le souvenir de cette maison où la grâce de Dieu est venue me chercher se présente à ma mémoire, je ne puis contenir mon émotion.
    « La première fois que vous m'avez rencontré, Père, j'étais tout seul dans ma belle chambre dont les fenêtres donnaient sur la campagne. J'étais triste. Je pleurais.
    « Pour la première fois de ma vie j'allais causer à un prêtre. Le dialogue s'engagea.
    « Quoi ! Un soldat, un sergent qui pleure? Pauvre ami, de mauvaises nouvelles de votre famille sans doute ?
    « Ma famille..., ouï..., j'y pense. Pourtant sur ce point je puis encore me raisonner. Ma famille, j'espère la revoir un jour. Ce qui me pèse, je ne l'ai jamais confié à personne. Je vais vous le dire à vous qui êtes resté là-bas dans mon pays. Je sais l'intérêt que vous portez à tous ceux qui souffrent. Peut-être ne retrouverai-je jamais de meilleure occasion, je vais tout vous avouer.
    « Je ne comprends rien à l'existence ! Pourquoi la vie ? Pourquoi toujours et partout souffrir? Pourquoi le vrai bonheur ne se trouve-t-il en aucun lieu du monde?
    « Un horizon nouveau s'ouvrit devant moi quand je vous entendis me faire cette réponse :
    « Mon cher ami, le bonheur n'est pas où vous le cherchez. Cependant vous pouvez le trouver partout. La souffrance physique n'est rien pourvu que l'âme jouisse de la paix. Que diriez-vous d'une maison dont les domestiques se livrent au plaisir pendant que la patronne est malade, sans personne qui s'occupe d'elle ? Telle est pourtant votre image. Vous faites beaucoup pour ce qui est extérieur ; quant à votre âme qui devrait être la patronne, vous occupez-vous d'elle ? Votre âme est créée pour un bonheur sans fin et vous l'obligez à se contenter de ce qui passe ».
    « Ce soir-là vous m'avez quitté en me laissant deux livres : un catéchisme expliqué de Mgr Cauly auquel je ne prêtais qu'une attention distraite, puis un autre livre plus petit « La Douleur », par le Cardinal Amette archevêque de Paris. Ce livre, je l'ai dévoré. Je l'ai lu et relu bien des fois. Sans lui je n'aurais peut-être jamais ouvert l'autre. Sans le dernier je n'aurais pourtant jamais pu comprendre parfaitement le premier.
    « Deux mois après, vous reveniez exprès pour me voir. J'avais déjà bien changé. Ma santé s'améliorait de jour en jour. Sans vouloir dire du mal des remèdes administrés par le dévoué docteur X.... ce n'est certainement pas à leur vertu que je dois ma guérison. La lecture de vos livres y a contribué pour une large part. Je vous ai dit combien ils m'avaient plu.
    « Mais il me manquait la force de vous dire : « Oui, je crois ».
    « Je vous l'ai avoué et vous m'avez répondu :
    « Que diriez-vous d'un enfant dont le père est un grand savant et qui veut étudier tout seul sans jamais rien demander à son père.
    « ?
    « C'est pourtant ce que vous faites. Dieu est votre père. Que dis-je, vous lui devez plus qu'à votre père et à votre mère. Sans lui vos parents n'auraient pu ni vous donner l'existence, ni vous la conserver. Vous avez vu qu'Il vous aime puis qu'Il est mort pour vous. Il est Lui seul la source de toute science, Lui qui a créé tout l'Univers. Lui avez-vous demandé de vous aider? L'avez-vous prié? Lui avez-vous avoué que vous aviez besoin de Lui ?
    « Allons, ce soir, avant de vous endormir, mettez-vous à genoux au pied de votre lit et demandez à Dieu qu'Il vous donne la lumière pour comprendre, et la force pour exécuter. Jetez-vous avec confiance entre ses bras. Enfant destiné à jouir de l'héritage du Père Céleste, vous ne l'avez pas rencontré. Ce soir si vous faites cette prière, Il vous viendra en aide ».
    « J'avoue qu'il m'en a coûté beaucoup pour obéir. Je suis d'abord allé jusqu'à la porte pour m'assurer qu'elle était bien fermée, ensuite, j'ai attendu que le calme fût complètement rétabli dans la maison. Je n'aurais pas voulu qu'on m'aperçût. Enfin je me décidai.
    « Dire ce qui s'est passé en moi en ce moment est chose impossible. Tout ce que je sais, c'est que je me relevai tout transformé. Mes doutes étaient dissipés. Seule la crainte de déplaire à mes parents m'empêchait de me décider à demander le baptême.
    « Je n'en finirai donc pas, me disais-je, avec toutes mes tergiversations? Naturellement sans même y réfléchir je laissais s'échapper cette prière de mes lèvres : « Mon Dieu, si c'est vous qui m'avez amené ici pour que je devienne chrétien, ne permettez pas que je m'arrête en chemin ».
    « A peine avais-je terminé, le vieillard que j'avais vu à Saigon était devant moi. Il paraissait plus joyeux que là-bas.
    Fais-toi baptiser », me dit-il. Sa main droite m'indiqua le riel. Il disparut.
    « Je croirais être ingrat si je n'essayais de publier la grande grâce que Dieu m'a faite.
    « Tel est le récit de ma conversion. Je ne demande qu'une chose c'est que mon nom ne soit pas connu ».
    Le jeune homme en question est encore en France. Il mène une vie exemplaire de fidélité à ses devoirs religieux. Il a déjà décidé plusieurs de ses compatriotes à embrasser notre sainte religion, et il espère en convertir d'autres dans la suite.

    1919/162-167
    162-167
    Vietnam
    1919
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