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Avec les Pirates

Avec les Pirates C'était aux plus beaux jours de la piraterie, il n'y a pas bien longtemps, dans un petit village caché dans les replis de la montagne, auquel on aborde par un chemin tortueux, fait de montées et de descentes et qui emprunte les multiples contours de la montagne. Quand on s'aventure dans ces sentiers quasi déserts, où les pirates ont laissé bien des traces de leurs sanglants exploits, on a peine à se défendre d'un petit frisson de peur.
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    Avec les Pirates

    C'était aux plus beaux jours de la piraterie, il n'y a pas bien longtemps, dans un petit village caché dans les replis de la montagne, auquel on aborde par un chemin tortueux, fait de montées et de descentes et qui emprunte les multiples contours de la montagne. Quand on s'aventure dans ces sentiers quasi déserts, où les pirates ont laissé bien des traces de leurs sanglants exploits, on a peine à se défendre d'un petit frisson de peur.
    Dans ce village toutes les familles sont païennes, sauf une seule, récemment convertie. Deux fois l'an je vais la visiter: c'est pour elle runique occasion d'assister à la messe et de remplir ses devoirs religieux. Or, un jour que je m'étais rendu dans ce village, après que mes deux porteurs de bagages m'eurent quitté, je dus leur trouver des remplaçants. Je dis à un chrétien de cette famille:
    Aide-moi à trouver deux hommes vigoureux qui puissent demain porter mes bagages jusqu'au village chrétien le plus proche, 5 ou 6 lieues. Et surtout fais en sorte qu'ils ne me demandent pas trop cher.
    Au bout d'une heure environ il revient :
    J'ai trouvé ce qu'il vous faut et à prix raisonnable. Puis, se penchant à mon oreille, il chuchote:
    Surtout ne pariez pas de piraterie devant eux.
    Et pourquoi?
    Parce que ce sont les deux pourvoyeurs et les guides de la bande de pirates qui stationne dans la montagne autour du village.
    Comment? Tu me mets en de telles mains?
    Oh! Ne craignez rien: tous les pirates de cette bande sont de notre village et des villages voisins ; pour ne pas nous faire perdre la face ils ne vous feront sûrement aucun mal.
    J'avoue que je ne me doutais pas que j'étais au milieu d'un nid de pirates. Le village paraît bien calme. Quelques hommes passent devant la porte: ils s'en vont à leur travail journalier ; car, lorsque la bande est au repos, dans les intervalles des expéditions, chacun peut vaquer librement à ses affaires en attendant l'appel du chef. En voici qui m'adressent la parole et ont vraiment l'air de braves gens: ce sont aussi des pirates. D'autres s'arrêtent devant l'étalage du boucher et se font livrer à crédit un beau morceau de lard: ce sont les cuisiniers chargés de ravitailler leurs camarades. Quand ils sont partis, le vendeur s'approche et me salue.
    Comment! Lui dis-je, vous leur vendez à crédit. Et vous espérez qu'ils vous paieront!
    Oh! Oui : quand ils auront de l'argent. Mais il me faudra plus d'une fois revenir à la charge pour leur rappeler leur dette.
    Le soir, après la prière dite en commun avec mes chrétiens, je m'endors tranquillement, sans même rêver aux pirates. De bonne heure je suis debout et réveille tout mon monde pour la prière et la messe. Au moment fixé, avant même le lever du soleil, mes deux porteurs de bagages arrivent. Ils saluent poliment ; nous causons comme de vieilles connaissances et nous déjeunons ensemble. Puis, en route! Lestement ils saisissent leur charge et la placent sur leurs épaules. Toute la journée ne nous voyageons à la queue leu leu, à la manière chinoise, ce qui n'empêche pas les bavardages. Dans la soirée nous arrivons au village chrétien, où nous passons la nuit.
    Le lendemain, après déjeuner, je remets à mes deux hommes le prix convenu et ils s'en retournent trouver leurs compagnons.
    Je comprends mieux aujourd'hui le dicton populaire du pays: « Rien ne ressemble tant à un brave homme qu'un pirate ».
    G. RICHARD,
    Missionnaire de Pakhoi.

    1937/120-123
    120-123
    Chine
    1937
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