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Aux prêtres des missions étrangères tombés au loin

VARIÉTÉS Si nous étions coupables, nous ne saurions vraiment quelle pénitence faire pour obtenir notre pardon ; mais, en vérité, Monsieur le Chanoine, nous ne le sommes pas ; nous voulions insérer dans le précédent numéro de nos Annales votre charmante poésie et le compte rendu de l'OEuvre des Partants a pris toute la place, il fallait bien s'incliner... Quoique la publication soit tardive, notre reconnaissance, vous le savez, Monsieur le Chanoine, ne l'a pas été et celle de nos lecteurs la doublera.
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    VARIÉTÉS



    Si nous étions coupables, nous ne saurions vraiment quelle pénitence faire pour obtenir notre pardon ; mais, en vérité, Monsieur le Chanoine, nous ne le sommes pas ; nous voulions insérer dans le précédent numéro de nos Annales votre charmante poésie et le compte rendu de l'OEuvre des Partants a pris toute la place, il fallait bien s'incliner... Quoique la publication soit tardive, notre reconnaissance, vous le savez, Monsieur le Chanoine, ne l'a pas été et celle de nos lecteurs la doublera.



    AUX PRÊTRES DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

    TOMBÉS AU LOIN

    Sur le champ du père de Famille en 1898

    Lu à la Procure de Marseille.



    Au gouffre du passé l'an qui vient de finir
    A fauché dans vos rangs. Se couchant pour mourir
    Près de vingt bons soldats, vaillants Missionnaires,
    Messagers du bon Dieu, nos amis et vos frères
    Dont nous baisions les pieds, dont nous serrions la main
    Au départ du foyer, sur le sillon lointain
    Ont succombé, là-bas.
    Dans la foule distraite
    Qui donc avec amour pense à vous et vous fête,
    Héros, grands mais obscurs? Sait-on du moins vos noms
    Dans le groupe de ceux qui s'estiment les bons,
    Croyant avoir au coeur du feu sacré la flamme
    Et savoir quel grand oeuvre est le rachat dune âme?
    Dans cet asile saint, je veux tous vous nommer,
    Par des prêtres amis, tous vous faire acclamer ;
    Cette tente est à vous, sans doute, votre tète
    Un peu s'y reposa ; ce jour, c'est votre fête.
    Chaigneau, le Vendéen, Gire, Page, Sordet,
    Serre, et vous, fier Lorrain, cher Père Thiriet,
    Blancheton et Delestre, et Tailhan de Bayonne,
    La cité qui jamais ne se vend ni se donne,
    Citadelle encore vierge et fertile en soldats,
    La mort vous a cueillis au champ des bons combats.
    A l'ombre du berceau de l'Église de France,
    Le Seigneur vous lit signe, aux jours de votre enfance,
    O Père Délouette et jusqu'à Singapour,
    Vous portâtes, de Reims, votre foi, votre amour.
    Des bas-fonds, des sommets, Paris, la capitale
    Était, Père Leymet, votre cité natale ;
    Près du vice orgueilleux, la vertu peut grandir,
    Ses apôtres partout Dieu sait bien les choisir.
    Et vous, Père Bongard, c'est d'une bonne terre,
    A tous les exilés toujours hospitalière,
    Que vous vîntes, Fribourg, pays presque français.
    Pères Guégo, Lacase et Chotard, le Nantais,
    Cosserat, le Vosgien, vos âmes étaient fières,
    Comme on en trouve encor dans nos cités frontières.
    Mais qui donc, sous ce toit, qui vous oublierait,
    Ami de la douleur, vous, saint Père Joiret!
    Doux frère d'un martyr, l'ami de votre enfance,
    A quel labeur, plus tard, broyé par la souffrance,
    Patient et joyeux, n'avez-vous pas souri,
    Les yeux tournés vers l'Inde et vers Pondichéry!
    Mais vous eûtes encor, bien plus noble victime,
    Un martyr, votre honneur. D'un culte plus intime
    Honorons à genoux le Père Henri Mazel
    A qui l'Église, un jour, doit dresser un autel.
    De votre livre d'or en lisant cette page,
    J'envie avec regret ce sanglant héritage...



    Hélas! Nul d'entre vous n'a vécu soixante ans,
    Plusieurs n'étaient encor que de tout jeunes gens.
    Fils de la douce France, aux plages étrangères,
    Sous la neige ou le feu, courtes sont vos carrières.
    Mourir jeune! Qu'importe à l'apôtre immortel,
    Car le Maître qu'il sert est un Maître éternel ?
    Si, pour nos coeurs, trop tôt son coeur cesse de battre,
    Lui, ses voeux sont comblés, puisqu'il a pu combattre



    Dans cet asile saint, j'ai voulu vous nommer,
    Par des prêtres amis, tous vous faire acclamer,
    Messagers du bon Dieu, vaillants Missionnaires,
    Tombés sur le sillon, nos amis et vos frères.



    Sous vos tertres sans fleurs, puissiez-vous tressaillir,
    Puis, votre âme sourire et d'En Haut nous bénir !


    L'abbé Toussaint BRIEUGNE,

    Chanoine.






    1899/184-185
    184-185
    France
    1899
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