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Aux Liou Kiou : Lettre du P. Ferrié 2 (Suite et Fin)

Aux Liou Kiou Lettre du P. Ferrié Missionnaire apostolique A Mgr COUSIN, ÉVÊQUE DE NAGASAKI (Fin.) A Nago Enfin, on m'annonce qu'un bateau va partir pour le nord de l'île d'Okinawa; il doit s'arrêter à la petite ville de Nago, siège d'une sous-préfecture. Muni d'un petit sac et d'un parapluie, une carte d'Okinawa dans ma poche, je pars seul pour ce pays inconnu.
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    Aux Liou Kiou

    Lettre du P. Ferrié
    Missionnaire apostolique

    A Mgr COUSIN, ÉVÊQUE DE NAGASAKI

    (Fin.)
    A Nago

    Enfin, on m'annonce qu'un bateau va partir pour le nord de l'île d'Okinawa; il doit s'arrêter à la petite ville de Nago, siège d'une sous-préfecture.
    Muni d'un petit sac et d'un parapluie, une carte d'Okinawa dans ma poche, je pars seul pour ce pays inconnu.
    Le Ungo Maru est un petit bateau à vapeur peint en bleu céleste, vrai bijou vu à l'extérieur, d'une saleté repoussante à l'intérieur. Par les temps calmes, il est chargé du service des côtes de l'île, et il est préposé à la garde des ports, Au moindre vent qui, d'aventure, fait rider la face des flots.
    A la tombée de la nuit, après 5 heures de traversée, nous arrivons à Nago. Cette ville, située sur la côte ouest, se trouve à 18 lieues au nord de Nafa, et à 4 lieues seulement de Unten (Port Melville).
    Là m'attendait une surprise bien agréable.
    Le bateau avait à peine jeté l'ancre qu'un homme se présente pour faire la visite du bord. Cet homme était mon ami Kubo Ohachiro chez lequel j'avais passé les premières années de mon séjour à Oshima. Sa femme et ses trois enfants sont chrétiens, lui n'est pas encore baptisé. Ce fut une grande joie de nous revoir, et je n'eus aucune difficulté à trouver un logement à Nago.
    Le lendemain je faisais une visite à M. le Sous Préfet : un brave homme de 45 ans environ, originaire de Kagoshima.
    Grâce à Kubo, je ne tardai pas à avoir quelques amis dans la ville.
    On venait me visiter; je parlais de la religion; les rares personnes qui pouvaient me comprendre expliquaient aux autres ce que je disais.
    L'ami Kubo put obtenir un jour de congé; il m'accompagna dans les villages voisins, sur la côte ouest, à Motobu.
    Je m'arrêtais au milieu de chaque village sous prétexte de me reposer; je demandais de l'eau fraîche qu'il fallait aller chercher quelquefois bien loin. Pendant ce temps les habitants sortaient de leurs maisons, abandonnaient le travail des champs, et se réunissaient en foule autour de moi; je prêchais dans les rues, dans les carrefours, et Kubo répétait mes paroles dans la langue du pays.
    J'ai parcouru ainsi toute la pointe qui se trouve à l'ouest de Nago, et tous les villages situés sur la côte ouest, entre Nago et Nafa.
    Partout j'ai trouvé la plus grande sympathie; je crois que nous pouvons nous présenter dans n'importe quel village pour y prêcher l'Évangile, nous y serons reçus avec plaisir.
    Je ne veux pas dire que les habitants sont prêts à embrasser la foi immédiatement ; mais seulement que tous ces braves gens sont bien disposés à nous écouter, ce qui est déjà un avantage considérable pour notre ministère dévangélisation.
    Les enfants, les femmes, loin d'être effrayés, venaient au devant de moi ; si je caressais un enfant dans les bras de sa mère, les femmes qui se trouvaient dans la foule et qui portaient des enfants sapprochaient de moi et semblaient implorer une caresse pour leur nourrisson; je traçais sur leur front un signe de croix et les mamans étaient radieuses. J'ai rarement trouvé chez des païens une sympathie pareille. Daigne le bon Dieu les amener un jour à pratiquer notre foi !
    Les chemins sont très mauvais. Il faudrait aller à Oshima ou bien à Amakusa pour en trouver de semblables. La chaleur accablante quon éprouve rend les voyages encore plus pénibles. Il y a cependant dexcellents chevaux habitués aux chemins du pays, et qui ont le pied très sûr. Je ne parlerai pas des barques comme moyen de transport, je les trouve trop dangereuses pour les personnes qui nen ont pas lhabitude ; dans tous les cas, je ne crois pas quil soit possible de faire le moindre voyage, dans ces embarcations, sans être trempé deau de mer.
    En général le pays est pauvre, les habitants sont mal nourris, les hommes sont paresseux et ivrognes, les femmes font la majeure partie du travail nécessaire à lentretien de la famille. Ce sont elles qui soccupent du commerce, des ventes et des achats, du gouvernement de la maison, etc... etc...
    Superstition
    Je serais fort embarrassé pour donner à Votre Grandeur des renseignements précis sur la religion pratiquée dans le pays. Et cependant c'est sur ce sujet que j'ai pris le plus dinformations.
    Je ne crois pas quil reste des descendants de chrétiens dans les villages que jai visités; personne ne conserve le moindre souvenir de notre religion; et d'après les renseignements que j'ai pris partout où je suis passé, je suis porté à croire qu'il n'y a plus aucune trace de christianisme dans lîle.
    Il y a des pagodes bouddhiques à Nafa et dans les environs; dans les petites villes de l'intérieur on voit quelques bonzes installés dans des maisons ordinaires. On s'adresse à eux pour les enterrements et les anniversaires; c'est je crois tout ce que les habitants pratiquent de bouddhisme.
    On trouve aussi, jusque dans les moindres villages, des sorciers ou monoshiri, auxquels les gens s'adressent souvent, surtout dans la maladie. A plusieurs reprises j'ai rencontré sur mon chemin de vieilles femmes qui faisaient leurs dévotions ou accomplissaient un vu. Pour cela elles dressent une grosse pierre devant un mur, font brûler des bâtonnets d'encens devant cette pierre pendant qu'elles récitent leurs prières et se prosternent plusieurs fois.
    Le peuple d'Okinawa est un peuple neuf au point de vue de la religion et de la civilisation.
    Ce serait peut-être le moment de l'évangéliser; plus tard les difficultés seront plus nombreuses et plus grandes. Dans tous les villages on a élevé des écoles par ordre du gouvernement; l'instruction est obligatoire; dans 15 ou 20 ans, la moitié de la population d'Okinawa comprendra et parlera le japonais. Avec la langue se répandra cette civilisation japonico européenne qui met tant d'obstacles à la propagation de l'Évangile.
    Laissez-moi ajouter, Monseigneur, que pour évangéliser Okinawa avec fruit, il faudra des ouvriers animés d'un grand zèle, dont la santé, la vertu et le dévouement résistent à toute épreuve. Évidemment ils devront d'abord bien étudier la langue du pays, et apprendre à s'en servir. Il y a des livres imprimés pour cette étude; j'ai pu m'en procurer deux que je tiens à la disposition de Votre Grandeur pour les futurs missionnaires.
    Chez le prince Shuri
    Avant de partir, je voulus tenter une seconde visite au prince de Shuri... Cette fois je suis reçu... On me conduit dans une vaste salle au milieu de laquelle se trouve une table laquée entourée de chaises rembourrées... cinq ou six vieillards à cheveux blancs viennent s'entretenir avec moi... Après vingt minutes d'attente le prince arrive...C'est un homme de 36 ans; il est le fils du roi, et, à l'âge de 8 ou 9 ans, il gouvernait les Liou-kiou avec l'aide d'un tuteur.
    Son père est à Tokyo, dans un beau palais que lui a donné l'empereur, pour lui faire croire qu'il n'est pas en exil.
    Le prince de Shuri ne parle pas le japonais, mais il le comprend; il m'interrogeait et me répondait par interprète. Je lui ai dit quelques mots de la religion quand il m'a demandé depuis combien de temps j'étais au Japon, et dans quel but j'y étais venu.
    Après une demi-heure de conversation, je me suis retiré. Malgré mes protestations, le prince m'a reconduit lui-même jusqu'à la porte d'entrée, m'a donné sa carte en me priant de venir encore le voir au prochain voyage que je ferai à Okinawa.
    J'ai bien regretté de ne pas voir l'oncle de ce prince que je connais particulièrement. En ce moment il est à Tokyo.
    Le 19 mai, je quittais Nafa, et je rentrais à Oshima le lendemain.
    1901/142-146
    142-146
    Japon
    1901
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