Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Au Sikkim

Au Sikkim Au mois d'octobre dernier, deux Chanoines de Saint-Maurice d'Agaune (1) arrivaient à Kalimpong pour collaborer avec les prêtres de la Société des Missions Etrangères à l'évangélisation de la Préfecture apostolique du Sikkim.
Add this
    Au Sikkim

    Au mois d'octobre dernier, deux Chanoines de Saint-Maurice d'Agaune (1) arrivaient à Kalimpong pour collaborer avec les prêtres de la Société des Missions Etrangères à l'évangélisation de la Préfecture apostolique du Sikkim.
    Les Annales (N° 210, mars avril 1933) ont raconté les tentatives de nos missionnaires pour pénétrer au Thibet par le sud, leur installation à Padong, dans le district civil de Darjeeling, la fondation des chrétientés de Maria-basti, de Kalimpong, et enfin l'érection en 1929 de la Mission du Sikkim, qui ajoutait le royaume de ce nom au territoire déjà évangélisé par nos confrères.
    La nouvelle Mission, devenue en 1931 Préfecture apostolique, comprend donc l'Etat indépendant du Sikkim et la sous division civile de Kalimpong, soit ensemble une superficie d'environ 10.500 km carrés et une population de 165.000 habitants. Cette population est loin d'être homogène : elle est composée de 120.000 Népaliens, 25.000 Lepchas et 20.000 Thibétains. Ces trois races vivent dans la région sans se mêler l'une à l'autre, chacune gardant sa langue, ses habitudes, sa religion.
    Les Lepchas sont les plus anciens dans le pays. Venus de l'est, ils diffèrent des Thibétains par la race, la langue, l'écriture.
    Ils sont d'un naturel nonchalant et, imprévoyants, vivent au jour le jour sans penser au lendemain. Ils aiment la solitude et habitent volontiers les grandes forêts, les lieux escarpés. Ils sont généralement pauvres, d'abord en raison de leur imprévoyance, mais aussi à cause des dépenses occasionnées par les mariages. Le Lepcha doit acheter sa femme et acquitter les frais de coûteuses cérémonies ; jusqu'à ce qu'il ait tout payé, la femme appartient à sa famille, qui a le droit de la reprendre ; elle ne fera partie de la famille de son mari qu'après paiement intégral des dépenses matrimoniales. Veuve, elle devra prendre un nouveau mari dans la famille du défunt ; aussi voit-on des femmes de 60 ou 70 ans ayant un époux de 10 ou 15 ans.

    (1). L'Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, dans le Bas Valais (Suisse), fondée en 515, est depuis le XIIe siècle, confiée aux Chanoines réguliers de Saint Augustin. Cette Congrégation, qui compte environ 80 prêtres, ne doit pas être confondue avec la Congrégation hospitalière du Grand-Saint-Bernard, dont les membres au nombre de 60, sont également des Chanoines réguliers de Saint Augustin. C'est cette dernière, fondée au XIe siècle par Saint Bernard de Menthon, qui se prépare à installer, dans les Marches thibétaines, un hospice pour les voyageurs chinois, thibétains, birmans, etc.

    C'est là une des causes de l'extinction de la race.
    La religion des Lepchas est un bouddhisme mêlé du culte des esprits : esprits des montagnes, des rivières, des forêts, etc...
    Les Népaliens sont des émigrés du Népal, pays qui, à l'ouest du Sikkim, s'étend le long de l'Himalaya sur plusieurs centaines de kilomètres. Industrieux, économes, persévérants, ils réussissent dans l'agriculture aussi bien que dans les professions libérales. Au point de vue moral, ils sont bien supérieurs aux races voisines ; chez eux la famille est bien constituée et les foyers de 10 ou 12 enfants ne sont pas rares. Par contre, le Népalien est menteur, chicaneur, orgueilleux, et oublie trop facilement de payer ses dettes. Sa religion sera, selon son origine, le bouddhisme ou l'hindouisme, avec la croyance aux esprits de la nature et au pouvoir des sorciers.
    Quant aux Thébétains, ils sont peu industrieux, ignorants, fourbes, superstitieux ; faibles et lâches devant la force, ils deviennent arrogants et cruels devant la faiblesse ; mais ils sont d'une extrême endurance au froid, à la fatigue, à la faim, à la soif. Leur religion est le bouddhisme ; ils admettent l'incarnation du Bouddha dans le corps de certains hommes et rendent à ces hommes les mêmes honneurs qu'à Bouddha lui-même. Les moines bouddhistes du Thibet, fort nombreux, sont appelés lamas, leurs monastères lamaseries ; primitivement, on ne reconnaissait qu'un seul Bouddha vivant ; actuellement chaque lamaserie importante a le sien. Le lamaïsme est tout puissant au Sikkim.
    Telles sont les trois races principales qui peuplent la Préfecture apostolique du Sikkim. Les Népaliens sont ceux qui semblent apporter le moins d'obstacles à l'évangélisation ; les Thibétains y sont le plus rebelles.
    Bien que la Mission soit de minime superficie, le ministère apostolique s'y heurte à de grandes difficultés, non seulement en raison de l'indifférence des hommes quant à la recherche de la vérité, mais aussi à cause de la configuration même du pays. Là, en effet, se trouvent les plus hautes montagnes et les plus profondes vallées. La frontière ouest du Sikkim, formée par la chaîne des monts Singalila, est composée de pics dont la hauteur varie de 2.400 à 7.200 mètres, dominés par le majestueux Kinchinjunga (8.500 mètres) ; au nord, la chaîne des monts Lachenkang présente des altitudes de 6.000 mètres ; les monts Dongkya, qui constituent la frontière est, sont à peine moins élevés.
    Le voyageur qui vient de Calcutta à travers les plaines du Bengale arrive à la base des montagnes à une altitude qui n'est que de 200 mètres au dessus du niveau de la mer, mais, pour continuer sa route, il doit entrer dans un vrai labyrinthe de montagnes. Darjeeling, terminus de la voie ferrée, est déjà à 2.000 mètres.
    Dans tout le Sikkim il ne trouvera pas une seule plaine de 10 mètres carrés ; ce ne sont que montées et descentes continuelles, dan un amas gigantesque de montagnes aux sommets inaccessibles, entrecoupées de gorges profondes dans lesquelles roulent de tumultueux torrents, qui vont se jeter dans la rivière Tista.
    La zone la plus haute de ces montagnes, couverte de forêts, n'est pas cultivée, non plus que les terrains qui avoisinent les torrents et rivières ; seuls les flancs de montagnes sont propres à la culture. Le: terrains qui peuvent être irrigués au !moyen de petits canaux sont disposés en terrasses planes et consacrés à la culture du riz ; ceux qui ne peuvent être mis en rizières sont destinés au maïs. On cultive aussi le blé, l'orge, le millet, le sarrasin.
    Comme fruits on trouve l'orange, la banane, l'ananas, la prune, la pêche ; pas de pommes ; quant aux poires, elles ne peuvent être mangées que cuites.
    Il n'y a que deux saisons : la saison sèche, d'avril à octobre, et la saison des pluies, l'autre moitié de l'année. La température, très inégale, varie selon les lieux et les altitudes : tropicale dans les vallées, tempérée à mi-hauteur, glaciale dans la région des sommets ; un grand nombre de pics sont couverts de neige durant toute l'année.
    D'après ces détails sommaires, il est aisé de se faire une idée de la difficulté qu'il y aura à visiter toutes les parties de la mission. De plus, les habitations sont isolées de tous côtés aux flancs des montagnes, au milieu des domaines cultivés, de telle sorte qu'un missionnaire ne pourra guère visiter, et très péniblement, que le quart d'un village en une journée.
    Le Sikkim est actuellement sous protectorat britannique ; à Gangtok, la capitale, un Résident anglais représente bien que bouddhiste, semble disposé à s'adapter au mouvement moderne : il fait élever ses filles à Kalimpong chez les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny.
    Dans tout le Sikkim, il n'y a qu'une trentaine de chrétiens : c'est dire que tout y est à créer. Dans la partie indienne de la Mission, ils sont un millier, répartis dans les postes de Kalimpong, Padong, Maria-basti, Goroubathan.
    A Kalimpong, 10 Soeurs de Saint-Joseph de Cluny dirigent un pensionnat, un externat et un orphelinat, dans lesquels le nombre des élèves va toujours en augmentant.
    Dans le courant de l'année dernière, la maison des religieuses a reçu la visite du maharaja du Sikkim et celle du prince héritier du Népal.
    Le travail des « semeurs de vérité » est donc commencé et va se continuer avec plus d'intensité avec l'aide des religieux de Saint-Maurice.
    Au cours de leur labeur, ils rencontreront des épines et des pierres, mais, aussi, s'il plaît à Dieu, de la bonne terre, où la semence donnera du fruit au centuple !

    1935/64-68
    64-68
    Inde
    1935
    Aucune image