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Au Kien-Tchang

Au Kien-Tchang Le 17 janvier, les quatre Religieuses franciscaines de Marie, destinées à la nouvelle fondation de Houi-li, y arrivaient, conduites depuis Yunnanfou par le P. Audren, notre Provicaire. Avec un tel guide, le voyage ne pouvait être qu'excellent. Il le fut en effet. Une quinzaine après, comme les Confrères du Sud se rendaient à la retraite annuelle, elles s'adjoignirent à la caravane et eurent ainsi l'occasion de faire prompte connaissance avec leurs soeurs de Ningyuen. Actuellement, elles abordent avec un méritoire courage l'étude du chinois.
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    Au Kien-Tchang

    Le 17 janvier, les quatre Religieuses franciscaines de Marie, destinées à la nouvelle fondation de Houi-li, y arrivaient, conduites depuis Yunnanfou par le P. Audren, notre Provicaire. Avec un tel guide, le voyage ne pouvait être qu'excellent. Il le fut en effet. Une quinzaine après, comme les Confrères du Sud se rendaient à la retraite annuelle, elles s'adjoignirent à la caravane et eurent ainsi l'occasion de faire prompte connaissance avec leurs soeurs de Ningyuen. Actuellement, elles abordent avec un méritoire courage l'étude du chinois.
    Tandis que le P. Damien Tch'en visitait ses chrétiens d'Eulsein, les chinois prenaient et tuaient, dans les environs de Mien lin, une vingtaine de Lolos, parmi lesquels trois « os noirs». Or, tout Bar bare, et a fortiori les « purs sangs », regardent comme la dernière des injures ou la pire des calamités, d'être livrés morts à la voracité des bêtes ou suppliciés. Mais, n'étant point écoutés, ils décidèrent, en vue de forcer la main aux autorités chinoises, de s'emparer du P. Tch'en et de le garder en otage aussi longtemps qu'on ne ferait pas droit à leur requête. Au préalable, et de crainte sans doute que leur captif ne s'échappât, les barbares lui enlevèrent mule et bagages. Le Père cependant éventait le piège, gagnait la maison d'un chrétien et s'y réfugiait. De là, il dépêcha vers Kientchang un courrier, qui, par des sentes détournées, rejoignit Mien lin, assez heureux pour éviter les fâcheuses rencontres que la grande route lui eût infailliblement réservées. Monseigneur s'empressa de communiquer l'inquiétante nouvelle au colonel Ten-sieou-t'in. Aussitôt, un détachement de soldats, dans l'espèce, une douzaine de Lotos bien armés, reçut mission d'aller chercher et de ramener sans délai le P. Damien Tch'en. L'expédition réussit à souhait, et le 22 janvier, notre rescapé, sous bonne escorte, rentrait sain et sauf en son poste de Lô-Kou.
    Cette année, malgré la persistante insécurité des routes, tous les missionnaires européens de Kientchang, (sauf évidemment le P. Bocat, qui, après un fatigant voyage au Yunnan, venait à peine de reprendre contact avec sa chrétienté de Fou lin), se sont trouvés réunis pour les Exercices de la Retraite. Avant, après, et même, aux heures de récréation, pendant, gaîté franche, même bruyante, bien que de bon aloi. Mais pourquoi en parler ? La gaîté nous est tellement passée en habitude, que la signaler devient du rabâchage. Pourtant, il est bien agréable de le constater : cette fois encore, pas le moindre nuage ne vint la troubler. « In hoc cognoscetis eos... ». Donc, la Retraite, commencée le dimanche 10 février, prit fin le vendredi 15 par un salut solennel, donné par Monseigneur, salut qui clôturait une journée d'adoration, et pendant lequel furent renouvelées les promesses de fidélité à notre vocation. Comme à l'ordinaire, une Messe (chantée par le P. Flahutez), fut célébrée pour tous les confrères défunts ayant travaillé au Kientchang, et le 18, fête de nos Martyrs, devant une fort belle assistance, eut lieu la cérémonie des Saintes Huiles, dont les rites, au dire des connaisseurs, furent observés avec une ponctualité voisine de la perfection.
    Puis, dans une chaude intimité, trois petites fêtes de famille. Prose et vers saluent l'agrégation du P. Bettendorff à la Société, félicitent notre vénéré doyen, le P. Burnichon, de porter si allègrement le poids de ses 60 ans, souhaitent au P. Arnaud d'ajouter aux 5 lustres écoulés depuis son ordination sacerdotale, beaucoup d'autres lustres encore, à dépenser au service de Dieu et des âmes. Retenons la recette de longue vie donnée par le P. Burnichon : elle est brève et bien apostolique : « Vive la joie toujours ! »
    A l'instar des capitales, Ningyuenfu connaît désormais, bien qu'en petit, la cohue des expositions universelles. Le but visé par les organisateurs est de mettre en relief les principaux produits du commerce et de l'industrie locale, et de leur apporter avec le temps de telles améliorations, qu'ils puissent rivaliser avec les produits étrangers, et même l'emporter sur eux dans le goût du public. Mais, à part le stand des fourrures, assez remarquable, les objets exposés, ou se trouvent à tous les étalages des marchés, ou sont eux même importation d'Europe ou d'Amérique. A vrai dire, il ne s'agit que d'un essai, mais prometteur. L'idée est excellente, et mérite des encouragements. Ce qui en fait le principal attrait, c'est la multitude des curios antiques. On y voit de splendides porcelaines, des groupes de statuettes, des fleurs taillées dans le buis, l'ivoire, les pierres précieuses, ou coulés en bronze, aux lignes d'une pureté, aux détails d'une finesse inouïe, des céramiques merveilleuses, etc, etc..., le tout représentant des richesses formidables !...
    En bonne place, nous y avons aussi notre stand. La Ste Vierge y domine un autel sobrement, mais élégamment orné ; et en avant, sur des tables, comme si les anges de Fra Angelico allaient donner à leur Reine un concert céleste, tous les instruments de musique que notre dévoué catéchiste a pu trouver, sont là, prêts à vibrer : cithares, violons, flûtes, etc, etc..
    D'ailleurs, les organisateurs de l'exposition ont fait à Monseigneur l'honneur de le nommer Président, sur le même pied que le général Yang. En retour de ces bons procédés, le P. Le Bouetté va de temps à autre tourner un film devant une foule compacte, avide de ce spectacle nouveau. Puissent toutes ces sympathies ne jamais s'éteindre et servir quelque jour à l'extension du règne de N-S.

    ***

    La communication suivante, que veulent bien gracieusement nous faire les « Annales des Franciscaines Missionnaires de Marie », met en parfait relief le rôle, au Kientchang comme partout ailleurs de ces précieuses auxiliaires des Missions.

    ***

    Deux Franciscaines Missionnaires de Marie, deux vierges chinoises et autant de domestiques chinois, quittent au jour fixé le couvent de Ningyuenfou.
    Après tout un jour de marche, les voici à Hosi, gentil village dans une des belles vallées du Kientchang. Il y a ici une jolie chapelle et un oratoire, tout a été très bien organisé par Sa Grandeur Mgr de Guébriant à l'époque où il était missionnaire dans ces contrées et, à chaque pas, on retrouve son souvenir. Hélas! Depuis deux ans, ce poste n'est plus desservi faute de prêtre, et les chrétiens se sont découragés et dispersés.
    Avec émotion, les Franciscaines entrent dans l'oratoire désert, vont prier à la chapelle dont le tabernacle aussi, hélas, est vide...
    Cette arrivée insolite s'est bien vite ébruitée ; furtivement les quelques chrétiens fidèles entrent à l'église..., la prière publique commence, hésitante d'abord, bientôt à un haut diapason de ferveur. Les religieuses profitent de ces bonnes volontés pour rappeler aux chrétiens leurs devoirs religieux. Mais elles « sont venues pour tous », disent-elles, et le dispensaire s'improvise. Combien de fois le petit oratoire d'Hosi ne fut-il pas envahi par les malades ! Pourtant Hosi n'est pas le but, mais un centre de rayonnement.
    Pendant les cinq jours de leur mission, chaque matin les religieuses chantent solennellement l'Ave Maris sella dans la petite église, et puis se mettent en route. Lé plus souvent, elles vont à pied... c'est la méthode franciscaine. Quand il faut aller très loin, à cheval ; de petits chevaux se louent facilement d'un village à l'autre. Quelquefois, mais très rarement, car ce mode est plus coûteux, on loue des chaises à porteurs. Ces systèmes de Mérovingiens ont l'avantage des fréquents arrêts le long du chemin et permettent ainsi de baptiser au passage les petits enfants, les mourants, que la Providence place sur la route.
    Les chemins sont raides et glissants, étroits et malaisés, mais regarde-t-on aux incidents, aux fatigues de la route quand le salut d'une âme est en jeu?
    Ces âmes, DIEU les donne ! Au cours de leur mission d' Hosi, les religieuses ont administré 266 baptêmes, et précédemment, dans une autre tournée plus courte, 242.
    Celle-ci avait pour but Li Theou, petite ville longtemps hostile aux missionnaires et au christianisme ; mais les religieuses infirmières qui, au dire de la population, font de si grandes et bonnes oeuvres, obtinrent un revirement complet. Littéralement assaillies, elles distribuèrent des remèdes à des milliers de personnes.
    Après leur départ, la famille qui leur avait donné l'hospitalité fut accablée de questions: Quand les religieuses reviendront-elles? Tout le monde réclame une nouvelle visite... Bref, le résultat semble merveilleux et l'on espère que maintenant la Mission pourra construire un oratoire dans cette petite ville jusque-là fermée.
    Mgr Baudry, très satisfait de l'oeuvre ébauchée, indiqua aux missionnaires un but encore plus lointain. La saison des pluies étant venue, les torrents grossis avaient emporté les ponts et les missionnaires, pour continuer leurs courses à pied aux environs de Ningyuenfou, devaient constamment passer à gué. Mais pourquoi ne pas prendre la barque? On en profita pour changer d'itinéraire et le but fut cette fois Houang-choui et Te-tchang.
    Dans ces localités perdues du Kien-tchang, combien les infirmières seraient heureuses d'aider les apôtres clans leur tâche crucifiante, par l'exercice de la charité conduire les coeurs à ceux qui enseignent, et là-bas, dans ces replis de montagne, loin de toute civilisation, où l'héroïsme se jette à pleines mains sans que le monde s'en doute, cueillir elles-mêmes beaucoup d'âmes pour le ciel !

    1929/152-155
    152-155
    Chine
    1929
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