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Attaques des protestants contre le catholicisme : Réplique du révérend Isaac Dooman

JAPON Lettre de Mgr P. M. Osouf Archevêque de Tokyo Attaques des protestants contre le catholicisme Réplique du révérend Isaac Dooman Tokio, le 8 octobre 1898. Il y a un an environ, une attaque des plus perfides contre le catholicisme a été lancée ici par un ministre protestant, M. Snodgrass, que les statistiques classent parmi les Indépendants.
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    JAPON



    Lettre de Mgr P. M. Osouf



    Archevêque de Tokyo



    Attaques des protestants contre le catholicisme

    Réplique du révérend Isaac Dooman



    Tokio, le 8 octobre 1898.



    Il y a un an environ, une attaque des plus perfides contre le catholicisme a été lancée ici par un ministre protestant, M. Snodgrass, que les statistiques classent parmi les Indépendants.

    Ce Révérend a publié un pamphlet intitulé : « Civil Govern-ment and Roman catholicisme ». Une courte préface indique clairement le but de cette publication : « L'agitation croissante et les troubles qui viennent des catholiques dans les pays où la Papauté a de l'influence, ne sauraient échapper aux esprits réfléchis. Si l'arrogance et la présomption romaines ne sont point comprimées, il n'est pas impossible que la société ne se trouve reculée jusqu'à l'état où elle était au moyen âge. Le but de ces pages est d'éveiller une sérieuse attention sur une chose qui intéresse si fort le bien de nos semblables ».

    Sans faire ici l'analyse du pamphlet qui rappelle tous les griefs ordinaires du protestantisme contre le catholicisme : joug imposé à la raison individuelle, prohibition de la Bible au commun du peuple, obéissance au Pape, infaillibilité, etc., il est bon de noter que l'auteur y dit expressément que « les principes de Rome sont une menace à la paix publique », et conclut en disant qu' « une croisade d'éducation et une vigilante opposition aux erreurs de Rome sont les seuls remèdes efficaces contre les dangers d'une semblable organisation religieuse ».

    Un grand journal protestant de Yokohama, le Japan Mail, après avoir annoncé l'apparition du pamphlet, ajoutait: « Nous avons là un curieux exemple de l'histoire qui se répète. Au XVIIe siècle, en mettant en avant des arguments qui ressemblent fort à ceux de M. Snodgrass, les Hollandais réussirent à créer, ou du moins à confirmer, au Japon, des idées qui fermèrent le pays aux Portugais et aux Espagnols d'abord, puis aux Anglais, et firent de la religion romaine l'objet des plus graves appréhensions politiques. Et voici qu'à la fin du XIXe siècle, M. Snodgrass vient faire ce que firent les Hollandais au commencement du XVIIe Absit omen! » Une très longue polémique Glue le Japan Mail voulut bien insérer, et qui dura deux mois, suivit cette annonce. Je n'entreprendrai pas ici de la résumer tout entière. Je veux me borner à en signaler les principaux incidents et à dire comment elle se termina de la façon la plus inattendue.

    Une première lettre de M. Pettier, missionnaire à Yokohama, exposa par l'enseignement du catéchisme, le sen timent de tous les théologiens catholiques et montra par la doctrine des Encycliques publiées par Léon VIII, combien les principes de l'Église romaine sont faussés par M. Snodgrass, dans les accusations qu'il porte contre eux.

    Un catholique américain, compatriote de ce révérend, écrivit, de son côté, une lettre remplie de témoignages tirés des catéchismes et des livres de prières usités en Amérique, ainsi que de diverses publications, du cardinal Gibbons entre autres, prouvant tous le contraire de ce qu'affirme M. Snodgrass. Mais l'auteur de cette lettre laissa couler de sa plume quelques phrases peu flatteuses pour les missionnaires protestants. C'en fut assez pour provoquer l'action d'un nouvel adversaire. Le Dr Christlieb, de la mission allemande, se joignit à M. Snodgrass, et produisit, pour appuyer sa thèse, une douzaine d'articles du Syllabus. On peut noter en passant que la traduction qu'il en donnait était loin d'être toujours exacte.

    M. Pettier répondit encore à cette nouvelle charge, mais, bien entendu, sans calmer ses opposants. Ils répliquèrent l'un et l'autre: le Dr Christlieb remonta même jusqu'à Urbain II, pour trouver dans les textes de divers Papes, la justification des accusations portées contre l'Église romaine.

    Finalement, apparut dans le « Mail » un nouveau correspondant qui se dressait résolument contre les ennemis des catholiques et défendait énergiquement ceux-ci. Ce défenseur inattendu n'était autre qu'un ministre protestant américain, résidant à Tokyo, M. Isaac Dooman, qui ne craignit point de signer sa lettre. J'aimerais à la citer ici tout entière. J'en extrais, du moins, les passages suivants :

    « Qu'il me soit permis de dire quelques mots pour protester contre la folle et honteuse attaque de M. Snodgrass et du Dr Christlieb contre l'Église romaine...

    « On doit se rappeler que ce fut cette Église, qui, représentant toute la chrétienté, marcha en avant à l'époque où le monde païen croulait, et qui tira du milieu du chaos produit par la chute de l'empire romain ce que, récemment encore, tout homme éclairé était fier d'appeler la civilisation chrétienne... Est-ce donc un crime et peut-on reprocher à un corps ecclésiastique qui a tant fait pour notre civilisation, de se défendre des envahissements du pouvoir séculier contre ses droits légitimes? Est-il permis de blâmer l'Église de Rome, parce qu'elle veille avec soin à ce que les lois civiles soient basées sur les principes fondamentaux du christianisme?...

    « Maintenant, pour passer des raisonnements abstraits aux leçons concrètes de l'histoire, que M. Snodgrass ou le savant Dr Christlieb nous citent un seul cas où les catholiques romains, laïcs ou ecclésiastiques, aient manqué de fidélité au pouvoir établi et aient conspiré pour le renverser.

    « Quel a été le motif qui a déterminé M. Snodgrass à soulever cette affaire? Je ne sais, et je ne le chercherai pas. Je n'ai pas eu la mauvaise fortune de lire son pamphlet. Mais une chose bien claire, c'est que ses accusations, si dénuées de fondement qu'elles soient, exciteront fortement le peuple de ce pays à se tenir en garde contre la propagande romaine au Japon, et pourront causer bien du trouble et un grand dommage à luvre d'une mission qui compte tant d'hommes et de femmes dont l'abnégation et le zèle, pour améliorer la condition de leurs semblables, font grand honneur à notre humanité déchue.

    « Non, le Japon n'a rien à craindre du catholicisme romain ; il court peut-être beaucoup plus de danger du côté de l'anarchique individualisme protestant, que de la part de l'épiscopat romain, si bien réglé et si bien ordonné ».

    Naturellement une telle défense du catholicisme, en regard du protestantisme, offerte au public par un ministre protes-tant, frappa tout le monde d'étonnement ! Le Dr Christlieb ne manqua pas de répliquer ; pour venger le protestantisme, il prit, d'ailleurs, son adversaire a partie sur des détails étrangers à la campagne ouverte par M. Snodgrass.

    Une dernière lettre de M. Dooman, répondant à ces points particuliers, se termine ainsi:

    « Je dois dire que je suis libre de tout préjugé contre l'Église romaine. Je désire que Dieu répande toujours d'abondantes bénédictions sur les travaux de ses pieux missionnaires dans tous les pays, sans en excepter le Japon. Et dans mon opinion, la récente et toute gratuite attaque dirigée contre la Mission catholique française au Japon, par plusieurs missionnaires protestants, a jeté sur la bonne renommée du protestantisme une tache hideuse, que les larmes d'un amer repentir, coulant des années, n'arriveront pas à effacer ».

    Je me suis peut-être étendu un peu longuement sur cet épisode du « Civil Government and Roman Catholicism ». Mais il m'a semblé avoir son intérêt à plusieurs points de vue. Il ajoutera, d'ailleurs, une note de plus à la connaissance du milieu dans lequel les missionnaires catholiques travaillent au Japon.




    1899/29-32
    29-32
    Japon
    1899
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