Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Atmosphère de guerre

JAPON Atmosphère de guerre La guerre sino-japonaise a provoqué dans le monde religieux un mouvement d'idées qu'il est intéressant de connaître. Il y a une tendance marquée à harmoniser de plus en plus les religions existantes avec l'esprit national et le culte national. Cette tendance s'affirme particulièrement dans les sectes bouddhiques. Le catholicisme prend aussi une place plus importante grâce à ses oeuvres d'enseignement et de bienfaisance.
Add this
    JAPON

    Atmosphère de guerre

    La guerre sino-japonaise a provoqué dans le monde religieux un mouvement d'idées qu'il est intéressant de connaître. Il y a une tendance marquée à harmoniser de plus en plus les religions existantes avec l'esprit national et le culte national. Cette tendance s'affirme particulièrement dans les sectes bouddhiques. Le catholicisme prend aussi une place plus importante grâce à ses oeuvres d'enseignement et de bienfaisance.
    Les pages suivantes, que nous extrayons des « Cahiers d'Information » (N° de mars 1939), revue mensuelle publiée par le Comité d'Action catholique de Tôkyô, donnent sur ces questions des détails qui nous ont paru de nature à intéresser nos lecteurs.

    (N.D.L.R.)

    ***

    La campagne japonaise en Chine paraît avoir provoqué dans toute l'étendue du pays un mouvement religieux remarquable. C'est ainsi que dans les premiers jours de l'année, à Tôkyô et dans les environs de la capitale, on a évalué à deux millions le nombre de pèlerins qui ont visité les temples, surtout ceux de l'Empereur Meiji (1) et du Shôkonsha (2), dont les portes restaient ouvertes jusqu'à une heure avancée de la nuit.
    Les pèlerins affluent particulièrement, dons la province d'Ise, au temple d'Amaterasu, vénérée comme la grande ancêtre de la maison impériale. Du 3 au 10 février, la Compagnie des Chemins de fer de l'Etat s'est même trouvée embarrassée pour fournir les trains supplémentaires nécessaires au transport de 30.000 écoliers venant de Tôkyô et des environs.

    (1) Meiji tennô (1868-1912).
    (2) Shôkonsha : temples élevés dans plusieurs villes aux mânes des soldats morts pour la cause impériale. Il s'agit ici de celui de Tôkyô, le Yasukuni-jinja.

    La même affluence de pèlerins a été signalée aux temples des villes et des campagnes. A Otsu, près de Kyôto, une association, qui compte 600 membres, envoie tous les soirs plusieurs dizaines de délégués prier dans les temples pour le succès des armées japonaises. Même les soirs de grand froid on voit ces pèlerins de tout âge parcourir jusqu'à cent fois, en récitant des prières, le chemin allant du portique au sanctuaire.
    L'affluence des visites aux temples s'accuse à l'augmentation des recettes du tronc des offrandes. Ainsi, au temple de Kompira, à Osaka, le tronc se remplit vite et les billets de 100 yen n'y sont pas rares. Un journal d'Osaka nous apprend qu'au jour de l'an le nombre des pèlerins a été évalué à un million.
    Nombreux sont ceux qui ont fait le pèlerinage de la « saison froide », joignant aux prières la pratique ascétique des douches d'eau glacée. Au temple de Fudo, à Tôkyô, on comptait tous les soirs jusqu'à 500 dévots qui se livraient à cette pratique.
    Parmi les temples vers lesquels se portent plus spécialement les foules, il faut noter celui de Kashiwabara, dédié au premier empereur du Japon, Jimmu-tennô, dont on fêtera l'an prochain le 2.600e anniversaire. Chaque mois, le 1er, le 11 et le 21, une cérémonie y est célébrée pour la prospérité des « huit pays », c'est-à-dire de tout l'Empire. On offre à ceux qui y prennent part le « vin de longue vie» et le « thé du bonheur ».
    Un Shôkonsha doit être élevé à Osaka. On a fait appel aux élèves des écoles, aux Ligues patriotiques féminines, aux employés des compagnies, et, de 9 heures du matin jusqu'à 3 heures de l'après-midi, de 1.000 à 2.000 personnes sont mobilisées sur le terrain.
    Le 7 avril a eu lieu dans 70.000 temples bouddhistes un service pour les mânes des chevaux tués à la guerre. Ce jour-là, à midi, 18 coups de cloche ont été sonnés dans ces 70.000 temples et, à ce signal, dans les villes, bourgades et villages ont eu lieu des cérémonies locales. L'Empereur lui-même a composé deux courtes poésies à cette occasion :

    Ah ! Sur les champs de bataille, S'ils étaient hommes,
    Combien de chevaux tombés Ils auraient mérité des honneurs,
    Avec leurs cavaliers ! Les vaillants chevaux des batailles !

    De nombreuses associations bouddhiques se sont formées pour travailler en Chine. Leur but est de nouer des relations entre bouddhistes japonais et chinois et de coopérer ensemble aux oeuvres de culture spirituelle à entreprendre en Chine. La secte bouddhique du Hongwanji a voté une somme de 150.000 yen pour diverses oeuvres sociales, comme l'aide aux étudiants chinois. Elle fait appel à ses dix millions de fidèles pour soutenir l'oeuvre qu'elle entreprend en Chine : l'union des bouddhistes japonais avec les lamas de Mongolie, l'établissement d'écoles secondaires, d'associations de jeunesse, d'écoles de japonais dans les principales villes depuis Pékin jusqu'à Canton et Hankeau.
    La même secte a tenu une réunion pour statuer sur les enquêtes faites par ses délégués en Chine. Ils ont, paraît-il, fort apprécié l'extension des oeuvres catholiques en toute l'étende du territoire chinois et émis l'avis qu'il fallait tout d'abord établir, comme base, des crèches et des dispensaires.
    D'après un journal d'Osaka, 500 bonzes chinois à Canton, chassés de leurs temples par les troupes chinoises qui en ont pillé les trésors, ont été heureux de trouver dans les officiers et soldats japonais des sentiments de fraternelle sympathie. Le 5 février, à Canton, s'est tenue une réunion de 400 bonzes et bonzesses de Chine et un grand nombre de bonzes japonais. On y a résolu de soutenir le nouveau régime, de développer les oeuvres sociales, de coopérer à la culture spirituelle du sud de la Chine et d'étendre l'action commune bouddhiste aux îles des mers du Sud, au Siam, à la Birmanie, à l'Inde et au Thibet.
    Mme Shimizu Iku-ko est depuis plusieurs années directrice d'une école libre de filles à Pékin, où elle jouit d'une grande influence parmi les Japonais et les Chinois du quartier qu'elle habite. Là les Chinois se rapprochent de plus en plus des Japonais et dans les relations règne une atmosphère de confiance mutuelle. Mais, ajoute-t-elle, la Chine est bien grande, l'armée rouge se dérobant vers l'ouest et Chang Kai-shek s'obstinant à la résistance, il ne semble pas que l'unification de la Chine rêvée au Japon puisse jamais se faire. Contrairement à nos compatriotes, nous qui résidons en Chine avons la conviction que la Chine est destinée à se diviser tout naturellement en deux, sinon en trois états. Nous connaissons nos responsabilités a l'arrière front, mais nous nous rendons compte qu'il est nécessaire que les Japonais assument à l'égard des Chinois une attitude cordiale plus marquée et leur manifestent un véritable amour fraternel, faute de quoi toutes les dépenses d'argent et tous les sacrifices de vies humaines n'aboutiront à rien. Il est regrettable de constater que, dans la conduite de nos compatriotes, il y a des manières d'agir indignes d'un grand peuple. A la suite de nos armées, ce que nous devons poursuivre, c'est le rapprochement du peuple chinois par un amour impartial et désintéressé.

    ***

    A propos du catholicisme, les journaux manifestent une tendance beaucoup plus marquée que dans le passé à en parler et à signaler au public les nouvelles qui les concernent.
    Un journal stimule le zèle des jeunes en leur citant l'exemple des missionnaires catholiques et des premiers prédicateurs qui importèrent le bouddhisme de l'Inde en Chine.
    Un correspondant de ce même journal écrit que, voyageant en chemin de fer sur les lignes chinoises, il avait été frappé du nombre d'églises qu'il apercevait de son wagon dans les campagnes les plus reculées, et il ajoutait cette remarque : « Combien, parmi les propagandistes religieux du Japon, s'en trouverait-il qui consentiraient à passer toute leur vie au fond de ces campagnes ?»
    Les reporters de journaux témoignent leur sympathie à tel ou tel missionnaire qu'ils sont allés interviewer. Le Miyako félicite le P. Anouilh (1) et ses collaborateurs japonais d'avoir inauguré une « Académie Grégorienne», qui est la première société d'études musicales catholique. Le même journal signale les travaux de broderie que les Soeurs Adoratrices espagnoles font exécuter à Tôkyô par leur disciples japonaises : 70 nappes et serviettes, où se mêlent l'art japonais et l'art espagnol, sont envoyées aux expositions de New York et de San Francisco. Le Chûgai Shôgyô signale avec grands éloges l'achèvement d'un opéra qui met en relief le modèle de femme japonaise que fut Dona Gracia Hosokawa, catholique illustre, morte en 1600. L'opéra est dû au travail du R P. Heuvers, S. J., directeur de l'Université catholique de Tôkyô, qui a eu comme collaborateur pour la partie musicale M. Tsukukawa.

    (1) Paul Anouilh, des Missions Étrangères, directeur au grand séminaire régional de Tôkyô.

    Le Tôkyô Asahi rend un hommage élogieux à la fondation à Tôkyô d'une nouvelle Congrégation de religieuses japonaises, approuvée par Mgr Doi, archevêque, laquelle, sous l'appellation de « Soeurs de la Sainte Famille », doit se consacrer aux oeuvres catholiques en Chine et en Mandchourie.
    Les journaux japonais ont accueilli avec satisfaction la nouvelle de l'organisation d'un pèlerinage de catholiques américains qui doivent visiter en octobre prochain les lieux voisins de Nagasaki où les Martyrs des XVIe et XVIIe siècles ont rendu témoignage à leur foi. Ils ont aussi signalé l'inauguration de la Société d'Etudes concernant le mouvement spirituel du Christianisme à la même époque. Le P. Urakawa, directeur du séminaire de Nagasaki, a travaillé à son organisation avec la collaboration des Docteurs Anezaki et Murakami. Cette Société est appelée à rendre de grands services aux études historiques du Japon et à dissiper nombre d'erreurs et de préjugés sur la propagation du Catholicisme dans l'Empire du Soleil Levant.


    1939/169-173
    169-173
    Japon
    1939
    Aucune image