Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Établissement à Ghirin : Visite au maréchal tartare

MANDCHOURIE LETTRE DE Mgr GUILLON Vicaire apostolique de la Mandchourie méridionale Mgr Lalouyer Établissement à Ghirin Visite au maréchal tartare Cette année, nous avons été l'objet d'une protection spéciale de la part de Dieu, et nous Lui devons une grande reconnaissance pour deux événements qui, sont venus nous réconforter au milieu de nos luttes.
Add this




    MANDCHOURIE

    LETTRE DE Mgr GUILLON

    Vicaire apostolique de la Mandchourie méridionale

    Mgr Lalouyer Établissement à Ghirin

    Visite au maréchal tartare

    Cette année, nous avons été l'objet d'une protection spéciale de la part de Dieu, et nous Lui devons une grande reconnaissance pour deux événements qui, sont venus nous réconforter au milieu de nos luttes.



    C'est d'abord le sacre de S. G. Mgr Pierre Marie Lalouyer, qui a eu lieu le 19 décembre à Siao-pa-kia-tse, au milieu d'un grand concours de chrétiens venus de toutes parts. Vingt missionnaires et prêtres indigènes entouraient le nouvel évêque. La cérémonie fut solennelle.

    MAI JUIN 1899. N° 9.

    Dès le surlendemain du sacre, 21 décembre, je partais avec mon coadjuteur pour Ghirin. Cette cité populeuse, capitale de la province du même nom et la plus grande ville de toute la Mandchourie septentrionale, était restée, jusqu'à ces dernières années, très hostile aux Européens. J'y ai vu encore, en 1891, affichée à la porte de chaque auberge, la défense expresse de ne loger aucun étranger. Peu de temps après cette époque, les protestants ayant voulu s'établir à Ghirin pour y fonder un hôpital, et étant parvenus à se procurer un terrain à cet effet, le vendeur fut aussitôt incarcéré ainsi que les entremetteurs, et le médecin anglais faillit être lui-même mis en pièces. Malgré toutes leurs démarches, les ministres n'obtinrent gain de cause qu'au bout de plusieurs années et grâce à l'intervention de la légation britannique à Pékin.





    Nous n'avions à Ghirin, nous autres catholiques, qu'une seule famille chrétienne; un missionnaire était chargé de la visiter une fois l'an. Quoi qu'il en soit, eu égard à l'importance de la ville, il devenait urgent d'en prendre possession. L'expédition fut décidée quelques jours seulement avant le sacre de Mgr Lalouyer ; tous les missionnaires présents alors auprès de moi, l'approuvèrent sans hésiter. Je venais en effet de recevoir de Paris la nouvelle que le maréchal tartare de Ghirin avait indignement accusé par devant M. le Ministre de France en Chine un prêtre indigène de la région, et qu'il s'était entendu avec le vice-roi de Moukden pour demander au gouvernement français, par l'intermédiaire du Tsoung-li-yamen (ministère des affaires étrangères de Chine), mon rappel immédiat en Europe, et l'autorisation de punir selon les lois le prêtre indigène pour les crimes qui lui étaient imputés. D'un autre côté, il s'agissait de donner Ghirin pour résidence à mon coadjuteur. Ces deux raisons me déterminèrent à faire visite au terrible maréchal, afin d'avoir des explications avec lui, et lui annoncer, en même temps. Linstallation de Mgr Lalouyer dans sa bonne ville.





    Arrivés à Ghirin, la veille de Noël, nous célébrâmes la fête, à l'auberge, dans une chambre qu'un ex-protestant mit à notre disposition et où nous dîmes nos trois messes. Le jour même, je fis demander une audience au maréchal; elle me fut refusée. Je m'y attendais, car aucun étranger n'avait encore été admis en présence du grand homme ; mais je tenais à cette audience, il fallait l'obtenir de gré ou de force. Sans perdre un instant, je renouvelle ma demande qui est agréée, cette fois, et l'entrevue est fixée au lendemain.





    A l'heure dite (2 heures de l'après-midi), nous nous présentons, mon coadjuteur et moi, aux portes du palais qui s'ouvrent immédiatement devant nous. Quelques moments après, j'avais l'honneur de présenter Mgr Lalouyer au maréchal, et je lui annonçais que nous prenions possession de sa ville au nom de la Croix. En homme de son pays, le maréchal parut ravi de cette communication et m'exprima toute la joie qu'il éprouvait de pouvoir enfin traiter les affaires de vive voix avec le Maître de la Religion (l'Évêque), ce qu'il désirait vivement depuis si longtemps! Nous parlâmes ensuite des questions pendantes, et nous nous quittâmes dans les meilleurs termes.





    Dieu était avec nous. Nous réussîmes bientôt à acheter un petit enclos situé dans le faubourg est de Ghirin, sans rencontrer la moindre opposition, mais comme la maison que nous venions d'acheter n'était pas meublée, nous dûmes en louer une autre, où nous nous établîmes provisoirement. Le 6 janvier, jour de l'Épiphanie, nous arborâmes la Croix avec le drapeau français au sommet d'un mât de pavillon de soixante-quinze pieds de haut, d'où Croix et drapeau dominaient toute la ville. Les pétards et les fusées, accessoires indispensables de toute fête en Chine, annoncèrent l'événement à la population, qui put contempler à son aise le signe auguste de notre Rédemption qu'elle apercevait pour la première fois. Des ouvriers chrétiens, qui se trouvaient à Ghirin, apprirent ainsi notre arrivée et vinrent se ranger autour de nous. Bientôt après, un certain nombre de païens demandèrent à s'instruire de notre religion.





    Quelques semaines auparavant, un chef ingénieur russe s'était établi à Ghirin, avec toute sa suite, dans le faubourg de l'ouest. Lui aussi avait arboré le drapeau de sa nation, qui faisait ainsi face au drapeau français planant sur le faubourg de l'est. Les deux étendards, déployés presque en même temps aux deux extrémités de l'immense cité, l'embrassaient en quelque sorte de leurs plis glorieux. Nous empressâmes de faire visite à Messieurs les Russes qui nous rendirent notre politesse, et des relations amicales s'établirent dès lors entre eux et nous. Puissent-elles durer toujours (1)!





    (1). Ghirin, qui n'était d'abord que la résidence du Coadjuteur de la Mandchourie, est devenu aujourd'hui la résidence du Vicaire apostolique de la Mandchourie septentrionale.





    « Voilà donc la chère Mandchourie divisée en deux vicariats! Écrit à ce sujet Mgr Guillon. Le Saine Siège l'a voulu, et je m'en réjouis sincèrement, car il m'était impossible de diriger plus longtemps, à moi seul, une si vaste mission. Toutefois un Evêque ne saurait sans douleur se voir enlever une partie de son troupeau : c'est en effet comme une portion de lui-même qui lui échappe et s'en va. Malgré cela, puisque la plus grande gloire de Dieu et le salut d'un plus grand nombre d'âmes exigeaient de moi ce sacrifice, je l'ai fait de bon cur, et je me console à la pensée que les missionnaires du Nord resteront nos frères bien-aimés, et que tous nous continuerons à travailler et à combattre côte à côte pour l'extension du règne de notre commun Maître, Notre Seigneur Jésus-Christ ».





    1899/100-102
    100-102
    Chine
    1899
    Aucune image