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Arrestation du P. Yang

KOUY-TCHEOU Arrestation du P. Yang Lettre de M. Darris Missionnaire apostolique. Le décembre, le P. Aloïs Yang, prêtre chinois de la mission du Kouy-tcheou, était emmené de force par les brigands qui ne l'ont pas encore relâché. Le P. Yang, curé de Ou-tchouan, a été victime de son dévouement. Voici les faits:
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    KOUY-TCHEOU

    Arrestation du P. Yang

    Lettre de M. Darris

    Missionnaire apostolique.

    Le décembre, le P. Aloïs Yang, prêtre chinois de la mission du Kouy-tcheou, était emmené de force par les brigands qui ne l'ont pas encore relâché.
    Le P. Yang, curé de Ou-tchouan, a été victime de son dévouement. Voici les faits:
    Le mandarin local avait promis 200 taels de récompense à celui qui lui apporterait la tête d'un brigand fameux nommé Jen. Celui-ci, apprenant la chose, résolut de se venger. Il réunit 400 ou 500 soldats yunnanais débandés et demeurés dans le pays, et aveç eux, il vint assiéger la ville de Ou-tchouan. Mais dès la veille, le mandarin connaissant l'intention des bandits, était prudemment parti en compagnie de 10 des principaux notables, et emmenant avec lui les soldats préposés à la garde de la ville. Il se retrancha dans un village voisin nommé Sin-tchai.
    Le 14, les brigands n'eurent aucune peine pour entrer en en ville et ils s'apprêtèrent à la piller en commençant par le prétoire du mandarin.
    En apprenant la fuite du mandarin et des principaux notables, les brigands furent au comble de la colère et commencèrent à mettre le feu à la ville en incendiant le prétoire.
    C'est à ce moment que le P. Yang, curé de Ou-tchouan, crut devoir intervenir pour empêcher l'incendie de toute la cité. Ses exhortations furent si bien écoutées par les brigands, qu'ils éteignirent eux-mêmes le feu allumé au prétoire.
    Mais la bande des assaillants, ne se tenant pas pour satisfaite, vint à Sin-tchai assiéger le mandarin et les notables dans leurs fortins.
    Les assiégés furent bientôt à. bout de moyens de résistance et, prévoyant leur défaite, ils écrivirent au P. Yang pour le prier d'intervenir et d'entrer en pourparlers avec les brigands.
    Le Père, n'écoutant que son zèle, accepta cette mission délicate, et de nouveau il s'aboucha avec les bandits. Ceux-ci consentirent à entrer en accommodement. Ils réclamèrent la somme de 30.000 taels1, moyennant quoi la ville serait sauve. Le P. Yang réussit, à force de palabres, à obtenir des brigands des conditions moins dures et on s'arrêta à la somme de 8.000 taels. L'accord en fut même signé.
    2.000 taëls furent aussitôt livrés et le reste devait être remis, peu après.
    Les minutes et les heures passèrent, mais la somme promise n'arrivait pas. Etait-ce un stratagème de la part des notables? Je crois plutôt que pendant la nuit il n'était pas facile d'aller vite en besogne pour réunir une aussi forte somme, à Ou-tchouan surtout, qui est une ville pauvre.

    1. Le tael vaut environ 8 francs.

    Les brigands finirent par s'impatienter et de nouveau ils menacèrent la ville d'un incendie général.
    Le P. Yang s'interposa et cette fois encore avec succès. Les brigands se laissèrent persuader, l'incendie ne fut pas allumé, mais le P. Yang fut emmené comme otage, avec déclaration qu'il le demeurerait jusqu'au jour où la somme promise serait versée.
    Les brigands une fois partis, les notables se hâtèrent d'appeler de nouveaux soldats pour protéger la ville, et lorsque tout danger fut écarté, ils renièrent leur parole et refusèrent de remettre aux brigands les 6. 000 taels restant à payer.
    Cette conduite déloyale des notables de Ou-tchouan a été cause de la longue captivité du Père, car aujourd'hui encore il est entre les mains des brigands qui l'ont entraîné dans leur repaire. Heureusement pour lui, il est bien traité par ses gardiens qui ont eu l'amabilité d'aller prendre sa literie pour la lui remettre, sa mule pour qu'il pût chevaucher à leur suite et des domestiques pour le servir. On ne peut pas être plus chevalier!
    En apprenant la captivité du P. Yang, la Mission catholique s'occupa activement d'obtenir sa liberté. Les autorités provinciales furent instamment priées de venir au secours du prêtre qui s'était dévoué pour sauver la ville de Ou-tchouan.
    Hélas! Malgré la bonne volonté apparente du gouvernement, la Mission s'est heurtée à une lenteur désespérante. Enfin des mesures sont prises pour venir au secours du P. Yang et, obtenir sa délivrance. Espérons qu'elles auront plein succès.
    Nous comptons beaucoup sur les efforts du P. Bacqué, missionnaire à Mey-tan, qui a déjà pu correspondre avec les chefs des brigands. Etant sur les lieux, il lui sera plus facile de se rendre compte de la situation, et son habile diplomatie saura saisir tous les moyens d'obtenir la liberté du captif.
    Espérons que des faits, comme celui que je viens de raconter, ne se produisent pas ailleurs. Puisse-t-il fournir aux optimistes une preuve de plus que la Chine n'est pas mûre pour la suppression de l'extraterritorialité. Si ce fait ne suffisait pas, on pourrait leur rappeler la captivité de plusieurs Européens au Yun-nan. En vérité c'est partout l'anarchie.

    1922/94-96
    94-96
    Chine
    1922
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