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Apostolat et martyrologe contemporains 2

APOSTOLAT ET MARTYROLOGE CONTEMPORAINS1 La chronique des origines de l'OEuvre de la Propagation de la Foi relate une anecdote symptomatique : Pauline Jaricot songe c'était en 1818 à la grande cause de l'évangélisation des infidèles ; les lettres de son frère Philéas, séminariste à Saint-Sulpice, lui coin mentant avec enthousiasme ses entretiens avec les vétérans de la rue du Bac, exaltent sa ferveur ; et durant les vacances, le frère et la soeur échangent leurs vues, leurs pieux desseins :
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    APOSTOLAT ET MARTYROLOGE
    CONTEMPORAINS1

    La chronique des origines de l'OEuvre de la Propagation de la Foi relate une anecdote symptomatique : Pauline Jaricot songe c'était en 1818 à la grande cause de l'évangélisation des infidèles ; les lettres de son frère Philéas, séminariste à Saint-Sulpice, lui coin mentant avec enthousiasme ses entretiens avec les vétérans de la rue du Bac, exaltent sa ferveur ; et durant les vacances, le frère et la soeur échangent leurs vues, leurs pieux desseins :
    Partir en Chine, disait Philéas, y cueillir la palme du martyre...
    J'irai avec toi, répliquait la cadette, je soignerais les malades, j'apprendrais le catéchisme aux enfants...
    Penses-tu ! Il n'y a que les hommes qui peuvent être missionnaires, tu ne sais même pas le latin ! Et puis, c'est si loin.
    Mais puisque tu y vas, tu m'emmèneras avec toi !
    C'est impossible pour les filles. On n'a pour voyager que des chameaux, des cygnes et des éléphants.
    Tu m'attacheras sur ta bête, je n'aurais pas peur....
    Ce rêve de la fondatrice de l'OEuvre de la Propagation de la Foi est devenu, pour des vaillantes Françaises de notre siècle, une réalisation féconde et sanctifiante.
    Plus de cinquante nouveaux instituts de religieuses missionnaires ont fleuri sur le sol de France en l'espace de ces 140 dernières années. Bornons-nous à mentionner ceux qui comptent déjà un nombre imposant de membres travaillant en pays de mission ; cet ordre numérique serait le suivant : 1.751 Franciscaines Missionnaires de Marie (fondées en 1877 par Marie de la Passion), 827 Soeurs du Bon Pasteur (en 1829, à Angers, par sainte Pelletier), 805 Soeurs de Saint-Joseph de Chambéry, (en 1812, par Marcondon), 795 Soeurs de la Sainte Famille de Bordeaux (en 1820, par Noailles). 770 Soeurs de Saint-joseph de l'Apparition (en 1832, à Gaillac, par Vialar). 443 Dames du S.-C. (en 1800 à Paris, par sainte Barat), 418 Soeurs de Saint-joseph de Cluny (en 1807, à Chalon-sur-Saône, par Javouhey), 403 Soeurs Blanches (en 1869, par Lavigerie). 338 Surs de Saint-Joseph de Tarbes (en 1848, à Cantaons, par Bazerques), 303 Soeurs Maristes (en 1845, à Saint-Brieuc, par Méchin), 282 Petites Soeurs des Pauvres (en 1839, à Saint Servan, par Jugan), enfin, cadettes de cette noble phalange, les Soeurs des Missions Etrangères, fondées il y a peu d'années, à Muret (Haute Garonne).


    (1). Première partie de l'article. cf. pp. 47 et suiv.

    Mais si, à ces nouvelles venues dans le champ missionnaire féminin, s'ajoutent les membres des anciennes familles bien connues, c'est plus de 20.000 Françaises éparses à travers le monde, en quête d'âmes à régénérer, militantes de la charité du Christ.

    ***

    Et dans cette pratique de la divine charité, il y a une forme supérieure, c'est celle de l'acte apodictique de la joyeuse oblation suprême : le martyre revêt, de soi, sans phrases ni discours, toutes les hautes qualités de la preuve conquérante, les missionnaires martyrs sont les grands convertisseurs. C'est cette pensée réconfortante et glorieuse pour notre patrie humiliée, que la procession des reliques des missionnaires martyrs du 11 janvier dernier, à Notre Dame de Paris, mettait dans un relief saisissant.
    Une telle cérémonie ne saurait être oubliée : sept châsses ou monstrances sont portées à travers les rangs pressés des fidèles amis des missions.
    En tête du cortège, s'avance le reliquaire des apôtres de la Nouvelle-France : Jean de Breboeuf, Antoine Daniel, Charles Garnier, Gabriel Lalemant, Isaac Jogues, Noël Chabanel et deux auxiliaires laïcs : René Goupil et Jean de la Lande. Ces huit martyrs jésuites ont été canonisés par le Pape Pie XI, le 29 juin 1930. Il n'est que de lire à ce sujet la belle et édifiante brochure Epopée Canadienne, que le R. P. Miniez vient d'offrir opportunément à la méditation de la jeunesse.
    Puis voici 77 témoins de Jésus-Christ en Extrême-Orient, béatifiés en 1900 : 11 Chinois, dont les bienheureux Dufresse, Chapdelaine, 4 prêtres indigènes, 3 catéchistes, 2 laïcs ; 27 Tonkinois, parmi lesquels le bienheureux Borie, dont la tête ne tomba qu'au septième coup de sabre, les bienheureux Cornay, Scloeffler, Bonnard, 12 prêtres indigènes, 7 catéchistes et 4 laïcs ; 39 Annamites et Cochinchinois, dont les bienheureux Gagelin, Marchand, soumis à l'atroce supplice des cent plaies, Jaccard étranglé au ternie de neuf ans de captivité, nombreux prêtres indigènes, séminaristes et laïcs.
    Le troisième châsse est portée par deux jeunes lévites lazaristes ; elle contient les précieuses reliques des bienheureux Francois-Régis Clet et Perboyre. Le premier, successivement directeur au séminaire d'Annecy, à la maison mure des Prêtres de la Mission, missionnaire en Chine dans le Kiangsi, le Hounan, le Houpeh, scelle audacieusement de son sang à Hou-Kouang vingt-neuf années d'évangélisation (1791-1820). Le bienheureux Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840) enfant de Mongesty près de Cahors, exerce d'abord en France plusieurs ministères importants, puis cède à son amour des Chinois du Honan et Houpeh, qu'il évangélise deux ans durant ; inculpé de prêcher une doctrine perverse, il subit de longs mois de captivité à Kou-tching-hien, Siang-yan-fou, est soumis à d'affreuses tortures et, le II septembre 1840, il meurt glorieusement étranglé à Ou-tchang-fou : actuellement, cette province du Houpeh compte 200.000 néophytes distribués en 10 Vicariats apostoliques.
    Le quatrième groupe est formé de diacres des Missions Etrangères de Paris, heureux et fiers d'avoir l'insigne honneur de porter les reliques des 33 martyrs béatifiés le 2 mai 1909, dont les bienheureux Cuenot Néel, Néron, et le populaire. Théophane Vénard, que sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, l'étoile du Carmel, avait en sainte amitié.
    Le brancard suivant repose sur les épaules plus jeunes des clercs de la maîtrise de Notre-Dame. Le martyr qu'ils honorent leur appartient en quelque sorte, ils sont allés chercher ses reliques dans une des chapelles latérales de la cathédrale, chapelle attribuée, en 1866, par
    Mgr Darboy à l'OEuvre de la Sainte-Enfrance, dont Paul Tchen est le premier martyr, béatifié en mai 1909 par Sa Sainteté Pie X. C'est un modèle des Coeurs Vaillants, ce jeune Chinois né de parents païens : son désir de connaître la grande doctrine du Premier Lettré d'Occident le conduit dans un orphelinat, le dirige vers le séminaire, le rend fort contre les sollicitations de ses parents ; dénoncé comme membre d'une secte perverse, arrêté, emprisonné, chargé d'une lourde cangue, les pieds entravés par les ceps, le corps zébré de coups de rotin, les muscles déchirés par les tenailles, il sourit à ses bourreaux et répète en substance ce mot sublime d'un jeune martyr du IIe siècle : « O bourreau, frère bien-aimé, soyez béni de me faciliter cette chose si difficile d'un acte parfait d'amour de Dieu » ; enfin, le 29 juillet 1861, cette pauvre chair pantelante est portée plutôt que conduite hors des remparts, sur le lieu d'exécution : Paul s'agenouille, prie pour ses bourreaux et présente sa tête adolescente aux cheveux d'ébène, qui tombe au premier coup de sabre. C'était au Kouytcheou, à Tsin-gay, devenu maintenant une belle chrétienté de plusieurs milliers d'âmes régénérées.
    La sixième châsse est soutenue par quatre aspirants, prêtres des Missions Etrangères ; elle contient les reliques de 79 martyrs de Corée béatifiés par le Pape Pie XI le 5 juillet 1925. Mystère de la grâce : 4000 chrétiens attendaient le premier missionnaire débarquant au royaume du Matin Calme. Quoi d'étonnant que ces âmes, «naturellement chrétiennes », aient été jugées dignes de pâtir pour le nom de Jésus-Christ, à l'exemple de lems pères Pierre Mautant, Jacques Chastan, Laurent Imbert ! Que de traits d'héroïsme sublime dans ce récent martyrologe coréen ! Présentement, c'est une jeune Eglige en pleine croissance sous la houlette de cinq évêques missionnaires.
    Clôturant le cortège, s'avancent les reliques du premier martyr des Maristes, le bienheureux Pierre Louis-Marie Chanel, frappé à la tête d'un coup de hache dans son île de Futuna, le 28 avril 1841 : « Ainsi cette hostie très agréable à Dieu fut immolée de la même manière qu'on avait coutume d'égorger autrefois les victimes ». L'île de Futuna est en ce jour entièrement catholique.
    Un vu sera notre conclusion : Puisse notre docilité aux leçons de ces vrais apôtres et témoins intrépides, inspirer à nos coeurs le désir de leur canonisation et notre ferveur mériter sa réalisation !

    Aug. BIBOLLET,
    Délégué des oeuvres missionnaires.
    1942/121-124
    121-124
    France
    1942
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