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Annam : La Dame 73

Annam La Dame 73 La chrétienté de Linh-Yen, dans la province de Quangtri, a été fondée en 1911 par le prêtre annamite Am, alors vicaire du P. Max de Pirey, qui, cette année-là, était rentré en France pour cause de maladie. Elle est devenue une station principale et compte 262 chrétiens ; deux prêtres annamites ont la charge de ce poste et de 11 autres stations secondaires qui donnent un chiffre total de 1.375 fidèles.
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    Annam

    La Dame 73

    La chrétienté de Linh-Yen, dans la province de Quangtri, a été fondée en 1911 par le prêtre annamite Am, alors vicaire du P. Max de Pirey, qui, cette année-là, était rentré en France pour cause de maladie. Elle est devenue une station principale et compte 262 chrétiens ; deux prêtres annamites ont la charge de ce poste et de 11 autres stations secondaires qui donnent un chiffre total de 1.375 fidèles.
    Bien que cette chrétienté de Linh-Yen soit de fondation relativement récente, il y a bien longtemps que fut baptisé le premier catholique du village. C'était au début du règne de l'empereur Tuduc, c'est-à-dire vers le milieu du XIXe siècle ; un certain Nguyen Tang avait été envoyé au Tonkin en qualité de mandarin militaire. De forts accès de paludisme et une gale purulente l'affaiblirent bien vite et il dut demander un congé pour rentrer dans son village natal. Le voyage se fit en palanquin. Un jour, il fit halte dans une auberge, près d'un bosquet verdoyant. Là il rencontra une dame de grande beauté qui lui demanda :
    Qui êtes-vous ? Et où allez-vous ?...
    Je suis mandarin militaire en fonction au Tonkin ; la maladie m'a obligé à demander un congé pour aller me soigner chez moi, dans la province de Quangtri.
    Prenez ces sept pastilles et appliquez ces feuilles sur vos boutons de gale et vous serez guéri.
    Et la dame lui remit un petit paquet.
    Oh ! Comme je vous suis reconnaissant, reprit Nguyen Tang ; mais veuillez me dire votre nom, afin qu'après ma guérison je vienne vous offrir des présents en témoignage de ma gratitude.
    Je suis la « Dame 73 » et, si vous désirez me trouver, vous n'avez qu'à demander où je suis et l'on vous conduira vers moi.
    Nguyen Tang prit de suite les médicaments qu'il venait de recevoir et, ayant fait ses adieux à la dame, il remonta dans son palanquin et continua son voyage.
    La nuit suivante, il dormit d'un sommeil profond et réparateur auquel il n'était plus habitué et à son réveil il se trouva complètement guéri. Aussitôt il ordonne à ses porteurs de rebrousser chemin et de le conduire à l'auberge de la veille. Mais, stupéfaction ! Près du bosquet facilement reconnu, il n'y avait aucune trace d'auberge et toutes les recherches pour la retrouver demeurèrent sans résultat. Dès lors Nguyen Tang se persuada fermement que la Dame 73 n'était point en chair et en os, mais un esprit et il ne cessa de remercier et de vénérer l'esprit bienfaisant qui l'avait guéri si merveilleusement.
    Son congé expiré, Nguyen Tang retourna au Tonkin. Il y était depuis quelque temps lorsqu'il reçut l'ordre de se rendre par mer à Hué pour y accompagner un convoi. Durant la traversée s'éleva une grosse tempête : il fit un voeu à la Dame 73 et à peine ce voeu était-il formulé que la tempête se calma subitement. Lorsque, descendu à terre, il vit les dommages causés par le terrible typhon dans lequel il avait failli périr, il redoubla de gratitude envers son invisible bienfaitrice et dès lors il n'eut point de repos qu'il ne l'eût trouvée.
    Durant ses recherches, les païens auxquels il s'adressait lui répondaient tous : « Nous ne connaissons pas cette dame ». D'aucuns cependant ajoutaient : « Peut-être appartient-elle à la religion du Seigneur du Ciel (religion catholique) ». Nguyen Tang fit alors une enquête auprès des chrétiens et les pria de le conduire chez les Pères qui enseignaient cette religion ; mais c'était l'époque des persécutions et les chrétiens, craignant qu'il ne fût un espion à la solde des mandarins, refusaient d'accéder à sa demande. Ce ne fut que lorsqu'il eut raconté les grâces insignes dont l'avait comblé la Dame 73 qu'ils consentirent à le présenter au missionnaire de Bôlieu. Après l'avoir entendu, le Père le conduisit à l'église : à peine Nguyen Tang eut-il aperçu la statue de la Sainte Vierge qu'il s'écria : « Voilà la Dame que j'ai vue ! »
    Dès lors sa résolution fut prise : il se mit à l'étude de la religion chrétienne et, après la préparation requise, fut admis au baptême. Mais il n'en dit rien à qui que ce fût de sa famille ou de son village et, le dimanche, afin de ne pas laisser soupçonner qu'il était chrétien, il partait, la pioche sur l'épaule, comme s'il allait voir ses champs ou ses rizières, alors qu'en réalité il se rendait à Nhuly ou à Bôlieu, chrétientés les plus rapprochées, pour y assister à la messe.
    Cependant les notables de son village finirent par concevoir des doutes et, pour les éclairer, lui confièrent la dignité de « principal sacrificateur » de la localité, mais chaque fois qu'il y avait des sacrifices à présider, Nguyen Tang était malade ou absent, et on ne l'inquiétait pas.
    Lorsqu'il sentit sa fin approcher, il réunit ses quatre enfants et leur dit : « Je désire que vous vous convertissiez à la religion chrétienne pour continuer de payer ma dette de reconnaissance à la Dame 73, ma céleste Protectrice ». Seul le quatrième de ses fils, Nguyen Giang, fut docile aux dernières volontés paternelles, ce qui lui attira mille vexations de la part des notables de Linh-Yen. Il tint bon malgré tout et continua de pratiquer fidèlement sa religion. Il eut deux enfants, un garçon et une fille. Le garçon, Nguyen Tê, se fit agréger à la chrétienté de Nhuly pour remplir plus facilement ses devoirs de chrétien. Il est mort depuis longtemps.
    Après la dispersion des chrétiens décrétée par Tu duc dans les villages païens, la fille de Nguyen Giang rencontra un chrétien de Anloc, Ngyen Van, exilé à Phulien. Elle l'épousa. C'est en grande partie grâce à elle et à son mari que les habitants de Linh-Yen se convertirent au catholicisme. Elle vit encore et attribue la conversion de ses concitoyens à la Sainte Vierge la Dame 73 qui avait été si bonne envers son grand-père.

    1939/123-128
    123-128
    Vietnam
    1939
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