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Aménités Chinoises

Aménités Chinoises Un spécimen de tyrannie mandarinale. Le district de Ouiyuen, au Setchoan, voit depuis quelques années se dessiner un sérieux mouvement de conversions, qui a donné en 1933 le joli chiffre de 198 baptêmes d'adultes. Ce mouvement a paru inquiétant au sous-préfet de Ouiyuen et il s'est ingénié à trouver le moyen de l'entraver.
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    Aménités Chinoises

    Un spécimen de tyrannie mandarinale. Le district de Ouiyuen, au Setchoan, voit depuis quelques années se dessiner un sérieux mouvement de conversions, qui a donné en 1933 le joli chiffre de 198 baptêmes d'adultes. Ce mouvement a paru inquiétant au sous-préfet de Ouiyuen et il s'est ingénié à trouver le moyen de l'entraver.
    Le missionnaire du district, le P. Pierrel, avait ouvert, en différents villages, quatre écoles élémentaires, qui comptaient ensemble environ 150 élèves. Au mois de février dernier, il reçoit un ordre du sous-préfet, lui enjoignant de demander, pour ces écoles, l'autorisation du gouvernement. Le Père répond que, d'après une ordonnance du gouvernement central lui-même, ces écoles, n'étant que des écoles de doctrine, sont dispensées du contrôle officiel. Quelques mois se passent et l'on pouvait croire l'affaire terminée, lorsque, le 14 juin, à 9 heures du soir, une troupe de 25 soldats envahit successivement ces écoles, fouille les caisses des maîtres et des maîtresses, examine les livres, appose les scellés sur les portes et, au nom du mandarin de Ouiyuen, dont ils exhibent une ordonnance, enjoignent de licencier tout le personnel, maîtres et élèves. Et, durant une semaine, les soldats circulèrent d'une école à l'autre pour assurer l'exécution des ordres de la sous-préfecture. Ces ordres étaient ainsi libellés :
    1° A Ouang-ien-chen et à Yang-kia-pa il y a des réunions de communistes sous couvert de religion : il faut les interdire absolument.
    2° Ordre dé perquisitionner dans leurs écoles.
    3° Si l'on y découvre des livres ou autres indices de communisme, ordre d'enchaîner les maîtres et de les conduire à la sous-préfecture.
    4° Si l'on ne découvre rien, ordre de fermer les écoles quand même.
    Le missionnaire fit demander des éclaircissements aux maires des deux villages : ils répondirent qu'ils n'étaient pour rien dans l'affaire. Le chef du détachement de soldats, interrogé à son tour, déclara qu'il n'avait agi que sur l'ordre du mandarin. Enfin le sous-préfet lui-même avoua que, nouveau venu et peu au courant des choses du district, il avait reçu des dénonciations anonymes sur la foi desquelles il avait cru à la présence de communistes et fait fermer leurs locaux.
    Le P. Pierrel lui a adressé un rapport précis sur la nature et le but des établissements condamnés : il attend encore la réponse et, comme la justice est longue en Chine, il risque de l'attendre encore longtemps.

    ***

    Une histoire de brigands. Ces sortes d'histoires sont communes en Chine, et peut-être plus qu'ailleurs au Setchoan.
    A Kousong, à 1 00 km au sud de Suifu, les brigands ont pénétré dans la ville malgré la milice urbaine et malgré les remparts protecteurs. Heureusement des renforts sont arrivés promptement et les ont chassés avant qu'ils aient eu le temps de se livrer à leurs ordinaires déprédations. Mais ils reviendront.
    Aussi bien la ville a l'habitude des incursions de ces indésirables. En 1898, elle fut détruite presque entièrement et le prêtre chinois Antoine Ou, qui y résidait, fut emmené prisonnier et gardé en otage jusqu'à la fin des troubles. Durant sa captivité, il fut soumis à la torture et garda jusqu'à sa mort les traces des tourments qu'il avait endurés.
    Depuis cette époque la région n'a pas cessé d'être un repaire de chenapans. Le voisinage des deux provinces du Kouytcheou et du Yunnan et le caractère montagneux du pays sont très favorables à leurs opérations. Pourchassés ici, ils passent la frontière et se réfugient dans la province voisine et, comme il n'y a aucune entente entre les polices provinciales, les brigands échappent à toute répression. A la faveur des guerres civiles de ces dernières années, ils se sont multipliés et nécessitent des expéditions en règle, dans lesquelles les troupes régulières, même armées de canons, n'ont pas toujours le dessus. Si les communistes étaient venus jusque dans ces parages, ils y auraient trouve un nid tout prépare.

    ***

    Une journée d'hygiène à Suifu. Que de manifestations bizarres nous avons vues à Suifu en ces dernières années ! Un beau jour, grande hécatombe de chiens par ordre supérieur : presque tous ceux de la ville y ont passé. Pourquoi ce massacre ? Pauvres chiens, si diligents, grands nettoyeurs qui, dans nos rues suppléaient aux insuffisances des services, à peu près inexistants, de la voirie !
    Nous avons eu la Journée du Choléra, plusieurs Journées d'humiliation, à propos des Japonais, des Anglais, etc., des Journées des 72 Martyrs de la Révolution. La dernière en date a été la Journée de l'Hygiène.
    Sur un ordre venu on ne sait d'où, tout le monde s'est mis en mouvement : autorités, écoles, population. Programme : manifestation, cortège, balayage public et général. Au jour et à l'heure fixés, concentration des manifestants et formation du cortège. Les étudiants, heureux d'un jour de congé supplémentaire, ouvrent la marche criant à tue-tête les prescriptions et les formules de l'hygiène. Ensuite viennent les militaires, armés, qui de balais, qui de racloirs, etc. On parcourt les rues, nettoyant et balayant au fur et à mesure ; on pénètre dans les maisons et l'on y donne une leçon de choses, et l'on applique à chacune d'elles la note qu'elle mérite : propre ou malpropre, selon le cas ; ceux qui ne laissent pas pénétrer chez eux reçoivent de droit la mention « malpropre ». Dans la rue, c'est une fête : toute la population est dehors, le nez en l'air, jacassant, riant, suivant avec curiosité ce déploiement de zèle et la distribution des prix. Grande journée de distraction publique, sinon de réalisations pratiques que les autorités civiles et militaires n'ont pas dédaigné d'honorer de leur présence et de leur activité : n'était-il pas édifiant de voir le maire de la ville et le colonel de la garnison armés chacun d'un balai ?
    A quand une Journée de la Modestie, qui apprendra aux jeunes filles à ne pas se montrer partout en habits courts qui ressemblent trop à des costumes de bain ?

    1935/12-14
    12-14
    Chine
    1935
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