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Allocution de S. G. Mgr Amette

Allocution de S. G. Mgr Amette Archevêque de Paris EN LA FÊTE DE L'OUVRE DE LA PROPAGATION DE LA FOI Le 3 décembre, l'OEuvre de la Propagation de la Foi a, selon sa coutume, célébré clans notre église sa fête patronale. Sa Grandeur Mgr Amette, archevêque de Paris, avait bien voulu officier pontificalement. Après la messe il a adressé à l'assistance la très belle et très pieuse allocution que nous sommes heureux de reproduire toute entière. MESSIEURS,
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    Allocution de S. G. Mgr Amette

    Archevêque de Paris

    EN LA FÊTE DE L'OUVRE DE LA PROPAGATION DE LA FOI

    Le 3 décembre, l'OEuvre de la Propagation de la Foi a, selon sa coutume, célébré clans notre église sa fête patronale. Sa Grandeur Mgr Amette, archevêque de Paris, avait bien voulu officier pontificalement. Après la messe il a adressé à l'assistance la très belle et très pieuse allocution que nous sommes heureux de reproduire toute entière.

    MESSIEURS,

    Nous venons d'entendre redire, à l'Evangile de la messe, cette parole de Notre Seigneur, la dernière qu'il ait prononcée sur la terre, celle dont il a voulu faire comme son testament suprême : « Euntes in mundum universum prædicate Evangelium omni creaturæ ». « Allez dans tout l'univers et prêchez l'Evangile à toute créature ».

    En vérité, aucune autre parole, ne pouvait mieux convenir à la fête de saint François Xavier et à celle de la Propagation de la Foi, car cette parole, qui est la raison d'être de la vocation de saint François Xavier, est aussi la charte de fondation de l'OEuvre de la Propagation de la Foi. « Allez dans tout lunivers et prêchez l'Evangile à toute créature ».

    Toute créature humaine, en effet, doit entendre la prédication de l'Evangile ; car nous le lisions, tout à l'heure, dans la liturgie, c'est la volonté de Dieu que tous les hommes soient sauvés ; or, le salut n'est possible que par la Foi, et saint Paul nous le rappelait encore : « la Foi vient d'entendre ». Comment entendre la parole qui donne la Foi s'il ny a personne pour la prêcher ? François-Xavier l'avait compris : voilà pourquoi, après avoir sacrifié ses ambitions humaines pour se vouer uniquement à procurer la gloire de Dieu, il sacrifia aussi les moissons abondantes qu'il eut pu cueillir dans notre vieille Europe pour aller prêcher l'Evangile par delà les mers. Il s'en explique dans ses lettres : « Dieu est présent partout, ne faut il pas qu'il soit connu partout ? Il est le créateur de toute âme humaine, ne faut-il pas que toute âme humaine le connaisse et l'adore ? Noire Seigneur a racheté tous les hommes, par son sang, ne faut-il pas que tous les hommes apprennent son nom et reçoivent l'application de son sang répandu ? » Sous l'impulsion de ces pensées, pressé par l'ardeur sainte qui consumait son âme, il accepta donc avec joie la mission lointaine que lui confiait l'obéissance.

    En moins de douze années il réalisa des conquêtes qui dépassèrent, nous pouvons bien le dire sans faire injure aux premiers apôtres, tout ce qu'on avait vu jusque-là, dans les merveilles de propagation de l'Evangile. Il baptisa des centaines de milliers de païens ; il établit la religion catholique dans les Indes et dans le Japon, et quand la mort mit fin à ses travaux, il allait franchir les portes de cet immense empire de la Chine, qui semble, encore aujourd'hui, endormi dans le paganisme. En vérité, il a merveilleusement accompli pour sa part, aidé par les prodiges que Dieu a réservés à certains ouvriers de l'Evangile, l'ordre du Divin Maître : « Allez dans tout l'univers, prêchez l'Evangile à toute créature ».

    Hélas ! L'OEuvre à laquelle saint François Xavier a si merveilleusement travaillé, est toujours à faire. Malgré tous les labeurs, les sueurs, le sang versé par vos aillés dans l'apostolat, quand on considère les millions d'hommes qui peuplent l'Asie et l'Afrique et qui n'ont pas encore reçu la lumière de la foi, n'est-il pas vrai qu'on est obligé de se dire, qu'il reste tant à faire qu'il semble que rien encore n'a été fait. Vous avez compris cela, élèves de ce Séminaire, qui, depuis plusieurs siècles, ne cesse de travailler à la diffusion de l'Evangile par toute la terre. Vous avez entendu, dans vos rêves de jeunesse, ces multitudes d'âmes vous crier, par leur ignorance, par leur dégradation, par leur vie sans espérance, comme autrefois le Macédonien à saint Paul : Transiens adjuva nos. « Passez les mers et venez à notre secours ». Vous avez entendu ce cri et vous avez voulu répondre à cet appel de détresse. Voilà pourquoi vous êtes ici, vous préparant à l'apostolat, dans l'étude, dans la vertu silencieuse et la prière, impatients de voir s'ouvrir devant vous la vaste carrière où beaucoup sont tombés, et de vous en aller à votre tour prêcher l'Evangile aux peuples infidèles.

    Soyez bénis, chers amis, soyez bénis d'avoir apprécié cette mission, d'avoir tout sacrifié pour répondre à cette vocation. Laissez-moi vous dire seulement de vous préparer à l'apostolat, comme s'y est préparé saint François-Xavier, d'acquérir ses vertus qui, plus que ses miracles, ont contribué à la conversion des peuples. C'est la grâce que l'Eglise demandait tout à l'heure dans l'oraison de la messe : « Faites, Seigneur, qu'en honorant ses glorieux mérites, nous imitions ses vertus ». Ses vertus, vous les connaissez ; vous savez son humilité, son esprit de pénitence et de sacrifice, son zèle ardent, sa charité compatissante et douce, son amour de la Croix. Méditez-les, imitez-les. Vous serez des missionnaires d'autant plus puis sauts, que vous serez plus saints.

    Et nous, Messieurs, et vous, mes Frères, dont ce n'est pas la vocation d'aller prêcher l'Evangile au loin, comprenons que nous devons aussi, pourtant, contribuer à cette oeuvre dans une large mesure. Il entre dans les desseins de Dieu que l'Evangile n'arrive à ceux qui ne le connaissent pas, que si les apôtres destinés à le leur prêcher y sont aidés par les fidèles et par leurs frères dans le sacerdoce. C'est parce que vous avez compris ce devoir, que vous, Messieurs, membres du Conseil de la Propagation de la Foi, consacrez votre dévouement vos lumières, et l'autorité qui vous est donnée par votre vie dépensée au service de la Patrie ou de l'Eglise, c'est pour cela que vous mettez toutes ces choses au service de la Propagation de la Foi. Soyez bénis de ce concours donné à cette grande OEuvre.

    Et vous, mes Frères, ranimez pour cette oeuvre votre zèle et votre générosité. I1 faut deux choses de votre part, la prière et l'aumône, mais tout d'abord, la prière, la prière ardente et beaucoup de prières. Répétez chaque jour l'oraison que nous disions tout à l'heure : « Envoyez, Seigneur, des ouvriers dans votre immense moisson, donnez confiance à ces ouvriers et efficacité à leurs paroles, afin que votre vérité soit glorifiée et que tous les peuples connaissent le Père et Celui qu'Il a envoyé ». Il faut des prières et surtout des prières. Sainte Thérèse qui se livrait avec ses carmélites à la prière, pendant que saint François-Xavier se livrait au loin à ses travaux apostoliques, avait peut-être plus puissamment contribué à la conversion des Indes et du Japon que l'apôtre par tout son dévouement, ses travaux et ses miracles.

    Priez pour l'OEuvre de la Propagation de la Foi et donnez pour elle. Quand je compare la part de l'apostolat dans l'Eglise catholique et cette part dans les églises séparées d'elle, je ne puis m'empêcher de constater deux choses : l'une capable de nous rendre justement fiers, l'autre qui doit nous humilier profondément. La première, c'est que pour le nombre et la valeur des ouvriers évangéliques, pour l'efficacité de leurs travaux, l'Eglise catholique l'emporte de beaucoup sur toutes les autres églises et est vraiment hors de pair. C'est là ce qui doit nous rendre fiers de notre Sainte Mère l'Eglise, à qui seule est réservée de former de vrais apôtres.

    La seconde chose, qui est pour nous une humiliation, c'est que le total des subsides donnés par les catholiques, pour l'apostolat, est de beaucoup inférieur à la somme fournie par la seule protestante Angleterre, pour répandre, à sa manière, l'Evangile dans les pays lointains. Travaillez, mes Frères, à diminuer cette infériorité et à faire que par les sacrifices de l'aumône, comme par les sacrifices du dévouement et du zèle, l'Eglise catholique soit aussi, plus que toutes les autres, vraiment apostolique.

    Et s'il vous faut une espérance, pour vous y encourager, rappelez-vous cette promesse de Notre-Seigneur : « Qui recipit prophetam, in nomine prophetae, mercedem prophetae accipiet ». (Saint Mat. X. 4). « Celui qui donne l'hospitalité au prophète, parce que c'est un prophète, recevra la récompense du prophète ».

    Donnez, pour aider nos apôtres, à s'en aller là-bas, se dé vouer, s'immoler au salut des âmes, et vous aurez part à la récompense des apôtres !




    1909/6-9
    6-9
    France
    1909
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