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Allocution de M. Thibaud représentant des missions de L'indochine Occidentale

Allocution de M. Thibaud représentant des missions de L'indochine Occidentale AU CONSEIL CENTRAL DE LA SOCIÉTÉ Il est enfin arrivé, mes chers amis, le jour longtemps désiré de votre départ pour les Missions. Vos supérieurs, vos maîtres, vos frères aînés ou plus jeunes et, aussi, pour plusieurs d'entre vous, les prêtres dévoués qui découvrirent, encouragèrent et dirigèrent votre vocation, vos parents, vos nombreux amis vous entourent en cette ultime réunion dans le vénérable sanctuaire du berceau familial de notre Société.
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    Allocution de M. Thibaud représentant des missions de L'indochine Occidentale
    AU CONSEIL CENTRAL DE LA SOCIÉTÉ

    Il est enfin arrivé, mes chers amis, le jour longtemps désiré de votre départ pour les Missions.
    Vos supérieurs, vos maîtres, vos frères aînés ou plus jeunes et, aussi, pour plusieurs d'entre vous, les prêtres dévoués qui découvrirent, encouragèrent et dirigèrent votre vocation, vos parents, vos nombreux amis vous entourent en cette ultime réunion dans le vénérable sanctuaire du berceau familial de notre Société.
    Les coeurs de toute l'assistance, on pourrait presque les entendre battre, à l'unisson des vôtres et pour de semblables motifs : chez vous c'est la joie pure du triomphe ; chez tous, c'est l'enthousiaste jubilation du spectateur qui applaudit des athlètes victorieux et aimés.
    Votre petit nombre même est une raison de plus pour nous de ne pas vous marchander notre admiration. Votre bonheur présent est sans limites ; nous le partageons tous, nous surtout que les difficultés de l'apostolat lointain, si courte qu'en ait été la durée, n'ont pas empêché d'en goûter les charmes intraduisibles et les ineffables consolations.
    Emus par le nombre, j'ose dire scandaleux, des hommes encore in évangélisés, vous avez entendu, mes chers amis, l'appel angoissé et pressant du Père commun, renouvelant celui de l'Apôtre : Quo-modo audient sine praedicante ; comment les infidèles, comment les sectateurs des doctrines de perdition, comment, dis-je, les payens seront-ils amenés à la lumière de la Foi, s'il ne se trouve personne pour les diriger, personne pour les instruire ?
    C'est le rôle du sacerdoce missionnaire d'attirer vers le bercail du Christ toutes ses brebis errantes, loin du bon Pasteur ; c'est sa constante préoccupation d'étendre le Royaume de Dieu et son empire sur les âmes qui n'ont pas encore eu part, après bientôt deux mille ans, aux fruits de la Rédemption.
    Nouveaux « Samuels », à la voix du Seigneur, à l'appel de son représentant sur terre vous avez répondu, dans toute la fraîcheur et la spontanéité de votre adolescence, de votre jeunesse : Ecce ego, quia vocasti me : Vous m'avez appelé Seigneur. Eh bien ! Me voici !
    Dans le vaste champ de l'apostolat missionnaire, vos regards ont été comme captivés par le saisissant tableau des incommensurables besoins spirituels des peuples confiés à notre Société.
    Votre coeur a soupiré vers les parages encore mystérieux pour vous de l'Extrême-Orient et le doigt de Dieu vous a clairement désigné les populeuses nations du Japon et de la Corée, de la Chine, de l'Indochine et des Indes, où les chrétientés sont semées à travers le monde payen, telles les rares oasis dans l'aridité et l'immensité des sables du désert !
    C'est par millions, par centaines de millions que nous les dénombrons ces âmes également rachetées par le sang de N.-S. J.-C. Au travail de leur conversion vous savez combien de missionnaires s'appliquent : nous dépassons à peine le chiffre d'un millier !
    Pendant une ou plusieurs années, vous avez demandé à ce Séminaire de vous instruire, de vous former. Votre âme, constamment arrosée par les eaux fécondantes de la Grâce divine, a reçu d'abord et laissé croître en elle, en attendant leur prochain épanouissement, les germes des vertus apostoliques.
    Et, maintenant, l'appel s'est fait plus précis, il est définitif ; et vous partez, gais et confiants.
    Oh ! Comme nous nous inclinerons avec respect dans quelques instants pour baiser vos pieds, nouveaux prédicateurs de la Bonne
    Parole, bénévoles annonciateurs des vrais liens et de la paix divine aux hommes de bonne volonté : Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona !
    Partez, hérauts de l'Evangile !
    Nous vous chérissons comme les préférés du Bon Pasteur, comme les auxiliaires précieux choisis pour la garde et l'accroissement du troupeau. Oh ! Quils sont beaux vos pieds, jeunes et généreux amis, chers nouveaux missionnaires d'aujourd'hui.
    Pendant votre séjour au Séminaire, vous vous êtes appliqués, mes chers amis, à l'exercice des vertus de votre état.
    La charité vous a été montrée comme le seul lien qui unisse les missionnaires entre eux, les soutienne contre les attaques du dehors et les mette en état d'édifier les infidèles.
    On vous a dit que vous deviez avoir pour l'acquisition, la conservation et l'augmentation de cette vertu une véritable délicatesse de conscience.
    Gardez-la donc précieusement dans vos coeurs pour faciliter et agrémenter vos relations avec vos confrères, vos fidèles et les païens.
    Vous avez également été exercés au zèle apostolique, parce que la conversion des païens demande du courage, et un courage qui ne vienne pas uniquement du tempérament, de l'humeur et des dispositions naturelles des humains.
    On vous a fait encore estimer la vertu qui fait les forts et les courageux quand elle s'allie au zèle, je veux dire la résignation à la volonté de Dieu, l'esprit de sacrifice.
    Laissez-moi vous exposer quelques modalités de cette vertu avant les adieux du départ.

    ***

    L'ardeur confiante qui vous anime actuellement, mes chers amis, n'est-il pas à craindre qu'elle se refroidisse au cours des pénibles et longs travaux d'un obscur apostolat ?
    Vos premiers rêves sont déjà réalisés ; peut-être pensez-vous n'avoir plus, Dieu aidant, qu'à vous jouer des difficultés futures Tandis qu'hélas ! Un travail acharné, sans grand succès, du moins apparent, cela n'est pas si rare ; un travail acharné avec succès facile ne se rencontre pas si souvent.
    C'est alors que, pour empêcher votre zèle de succomber au labeur, votre charité de s'affaiblir, vous vous souviendrez de ce mot de l'Apôtre : scio abundare ; scio penuriam pati, qui me semble caractériser le véritable esprit de sacrifice, la parfaite résignation.
    Si Dieu vous accorde tout selon vos désirs, bénissez son attention pour vous : scio abundare, reportez à l'Auteur de tout bien le mérite qu'on vous en fait. Que si, au contraire, Dieu vous réserve ses faveurs pour un monde meilleur, vous laissant sa croix en partage, sachez encore le bénir, scio penuriam pati.
    Le soldat lutte pour la victoire ; la défaite déconcerte parfois son ardeur, sans abattre jamais son courage; obscurément il se sacrifie; héros inconnu il tombe au champ d'honneur.
    Soldats de l'Eglise Catholique, nous luttons pour le règne du Christ. Si nous ne voyons pas la victoire attendue, humblement ne cessons de faire bénéficier la cause de Dieu d'efforts encore plus attentifs ; sous l'Etendard de la Croix nous saurons lutter pour vaincre, nous saurons, s'il le faut, mourir.
    D'ailleurs, nous avons de qui tenir : un regard sur nos vaillants aînés dont les images sur ces murs nous ont tant de fois rappelés au devoir aux heures de découragement, une pensée vers eux nous obtiendront le secours propice. Noblesse oblige ! Appartenir à la famille des Martyrs, n'est-ce pas un gage de persévérance et de fidélité à notre devoir en présence du sacrifice ?
    Premier sacrifice déjà, pour le missionnaire que l'éloignement, même interrompu, de sa famille, de son pays.
    Sacrifice encore que le travail difficile et long de rééducation, d'adaptation parmi des peuples chez lesquels tout lui est nouveau : régime alimentaire, climat, langue, mentalité, moeurs, religion.
    Sacrifice, dans les relations sociales avec un monde imbu de préjugés antichrétiens et anti-européens.
    Sacrifice, dans la maladie et la pauvreté.
    La victoire ne s'obtient pas sans lutte, donc sans souffrance ; mais quel serait aux yeux de Dieu le prix de la souffrance sans l'esprit de sacrifice, sans la sainte résignation ?
    Scio penuriam pati, direz-vous avec ces vaillants missionnaires persécutés, manquant du nécessaire, abandonnés de tous et s'écriant : Vive la joie, quand même ! Joie subtile, mais véritable, que celle de l'Apôtre bafoué, délaissé, mourant pour Jésus-Christ.
    Acceptez joyeusement, chers amis, cette perspective de vie de sacrifice.
    La Providence saura bien vous ménager, selon un dosage approprié à votre faiblesse, de multiples et encourageantes compensations.
    Ces compensations, où les trouverez-vous ?
    La première, mes chers amis, et non la moindre, consistera dans l'inaltérable affection de vos Supérieurs et de vos frères dans l'apostolat.
    En eux, vous saurez aisément découvrir, pour vous, la sollicitude et la tendresse d'une mère, les sages conseils et le soutien assidu d'un père, l'amitié simple et cordiale de frères et de parents chéris, de sorte que jamais vous ne souffrirez de la solitude et qu'à de rares et passagères exceptions près, jamais vous ne rencontrerez l'isolement tant redouté, ayant toujours la possibilité, jusque dans les coins les plus reculés de la brousse tropicale, d'entretenir avec des confrères voisins des rapports constants de bonne et sainte amitié.
    Et parmi les fidèles, anciens ou nouveaux convertis, combien de fois ne jouirez-vous pas des douceurs de la franche hospitalité d'une autre Béthanie !
    Et je ne dis rien de la conversion inattendue des païens, jusque-là rebelles ; des coups de baguette providentiels rétablissant une situation humainement désespérée ; du succès des oeuvres de préservation et d'extension de la Foi ; de l'harmonie entre les chrétiens, de leur docilité, de leur piété, de leur dévouement, de leur assiduité aux offices de l'Église et à la réception des Sacrements, que sais-je encore!
    Partez donc, joyeux, chers jeunes amis ; votre joie est légitime et sainte. Convaincus de la sublimité de la cause que vous allez servir, aidés par la Grâce, soutenus par vos supérieurs et vos confrères, suffisamment exercés à la pratique des vertus apostoliques, vous réaliserez, j'en suis sûr, l'idéal que vous avez rêvé.
    L'adversité purifiera et parfois attisera votre zèle : les succès l'enflammeront.
    Restez ce que vous êtes, et je vous prédis, sans crainte de me tromper, un apostolat fécond à l'occasion duquel il y aura grande joie au ciel et sur la terre.
    L'heure a sonné pour vous du combat contre le paganisme. Puisse votre efficace action, appuyée sur une vie intérieure intense, contribuer pour une très grande part à amener sous le joug suave et léger du divin Maître, ces peuples intelligents et généreux, encore éloignés de la justice parfaite et de l'éternelle vérité. Amen !

    1931/278-282
    278-282
    France
    1931
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