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Échos du Japon

Échos du Japon Par le P. Chabagno. Directeur au Séminaire des Missions Étrangères.
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    Échos du Japon

    Par le P. Chabagno.
    Directeur au Séminaire des Missions Étrangères.

    Les journaux nous parlent actuellement du Prince Impérial du Japon qui nous honore de sa visite. Dans quelques jours ce sera le tour de Borne de donner l'hospitalité au noble voyageur. Tous ceux qui connaissent l'histoire du Japon peuvent juger de l'importance de cet événement. Il y a cent ans nul Japonais ne pouvait quitter l'empire du Soleil Levant sans encourir la peine de mort. Nul étranger ne pouvait y pénétrer sans subir la cérémonie infamante du « fumie » qui consistait à fouler aux pieds l'image du Christ en croix. Le supplice de la mort était réservé à tout Japonais qui aurait eu l'audace de se dire chrétien. Comme ces souvenirs, qui pourtant datent d'hier, paraissent lointains à quiconque connaît le Japon moderne!

    JUILLET AOUT 1921. N° 140.

    Aujourd'hui, non seulement ces lois odieuses ont disparu, mais je crois qu'on aurait de la peine à trouver un peuple plus aimable envers tous ceux qui le visitent. Quant aux Japonais eux-mêmes, on les rencontre sur tous les coins de la terre, donnant partout, à peu d'exceptions près, une haute idée des qualités de leur race. La liberté religieuse est chez eux sanctionnée par la Constitution, et l'on compte maintenant des catholiques dans toutes les classes de la société. Sur la barque des pêcheurs, sous le costume d'officiers très honorablement connus dans l'empire, et jusque dans le Parlement, Jésus possède aujourd'hui un petit noyau de fidèles dont la conduite fait l'admiration des païens, et surtout des économistes japonais. Nous ne nous faisons aucune illusion sur le nombre modeste de ces amis du Christ, et dans notre impatience de voir toute la gentilité se ranger enfin sous la bannière du Sauveur, nous déplorons la lenteur du progrès du catholicisme dans cet empire. Mais nous sommes convaincus que le découragement serait aussi blâmable que l'optimisme béat. A défaut du nombre de ceux qui vont jusqu'à courber leur front sous l'eau sainte du baptême, bien des faits parfaitement positifs nous font croire, au contraire, que la Providence a sur le Japon des vues qui nous ménagent d'agréables surprises.
    La visite du Prince Impérial dans les diverses capitales de l'Europe est déjà un fait significatif pour quiconque y réfléchit. Dans quelques jours, lui, l'héritier du trône, sera officiellement reçu par Sa Sainteté Benoit XV. Qui eût rêvé semblable événement il y a à peine cinquante ans? Nous nous imaginons aisément la douce émotion qui étreindra le coeur « du pape des missions » quand il verra le Prince monter les marches du Vatican, et avec quelle ferveur Sa Sainteté demandera pour son visiteur les bénédictions de « Celui qui tient le coeur des rois en ses mains puissantes ».
    Dans notre Europe, où religieux et religieuses vivent trop souvent en proscrits, se doute-t-on qu'au Japon une automobile de la Cour va tous les jours dans un couvent catholique y prendre deux religieuses qui donnent des leçons de littérature étrangère à des princesses du sang? disait Mardochée à l'épouse d'Assuérus. La Providence réserve-t-elle au Japon une Esther, une sainte Hélène, une sainte Clotilde?

    « Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas,
    Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas ».

    C'est le secret de Dieu ; mais nous savons que parmi ces princesses il nen est plus d'une dont on pourrait dire comme de Polyeucte qu'elles « ont trop de vertu pour n'être pas chrétiennes ».
    Quand on songe à toutes les difficultés qui entraveraient une telle conversion, on en est effrayé. Mais y a-t-il quelque chose de difficile pour Dieu? Or c'est Lui qui est maître de la grâce, c'est Lui qui change les coeurs.
    Je pourrais vous en citer un exemple tout récent, pris dans le Japon même.
    Dans la ville de Toyama un bonze s'était rendu célèbre par sa science et son éloquence. Ses sectateurs résolurent de l'appeler à Tôkyô pour y prêcher le bouddhisme. Il y remporta un tel succès qu'il mérita la plus haute distinction accordée aux prêtres bouddhistes. Il fut revêtu de la robe de pourpre. Quelque temps après, la Providence plaça entre les mains de ce prêtre des faux dieux le livre de l'Imitation de Jésus-Christ. A sa lecture, le bonze se laissa toucher par la grâce. Il décida d'embrasser le christianisme. Par un secret dessein de Dieu, il alla frapper chez les protestants de qui il reçut le baptême. Mais le Bon Pasteur qui n'abandonne jamais ceux qui le cherchent avec un coeur sincère mit sur son chemin un missionnaire catholique avec qui le néophyte engagea une discussion; son esprit était dans l'erreur, son coeur était droit, et la grâce de Dieu aidant, il n'eut pas de peine à voir qu'il avait fait fausse route. Il abjura l'hérésie, et aujourd'hui il compte parmi les plus dociles brebis du bercail du Seigneur, servant ainsi d'exemple à ses anciens coreligionnaires, tant bouddhistes que protestants.
    Je pourrais aussi vous citer cet autre Japonais qui, après de brillantes études de philosophie à l'Université Impériale de Tôkyô, embrassa le catholicisme. Envoyé par le gouvernement de son pays pour suivre ses études dans une université européenne, ce cur généreux a résolu de faire profiter ses compatriotes des grâces que lui a prodiguées le Seigneur. Assidûment appliqué à l'étude de la philosophie et de la théologie, il se prépare aujourd'hui à recevoir le sacerdoce pour retourner au Japon évangéliser ses frères.
    N'est-il pas significatif aussi le trait suivant que je cueille dans une lettre que m'écrivait le 9 mars dernier un missionnaire de Tôkyô ? « Le Japon, comme toutes les nations civilisées, subit en ce moment la néfaste influence des doctrines subversives de toute morale et de toute autorité. Les pouvoirs japonais font leur possible pour endiguer ce courant, et pour le diriger rapidement dans une voie moins révolutionnaire. A cet effet une société d'économistes japonais a été constituée pour faire à la masse populaire de la ville de Tôkyô des conférences sociales. Quelle n'a pas été notre surprise, de voir que trois conseillers généraux de la capitale avaient été envoyés à la mission catholique, afin de demander qu'un prêtre voulût bien accepter de donner des conférences de concert avec eux ! Rien mieux que ce fait ne montre combien ce peuple intelligent et patriote comprend le rôle moralisateur de l'Eglise et de la doctrine catholique ».
    L'an passé nous avons vivement engagé les lecteurs des Annales à prier spécialement pour la conversion du Japon. Nous faisons aujourd'hui un devoir de porter à leur connaissance ces quelques traits. Nous sommes, en effet, convaincus que ce sont là des faits permis, voulus par la Providence, pour exciter le zèle des missionnaires et de toutes les âmes qui, par leurs prières et leurs sacrifices, sont prêtes à hâter l'heure de la conversion du Japon.

    1921/122-126
    122-126
    Japon
    1921
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