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A travers le Laos

A travers le Laos Lettre de Mgr Gouin Vicaire apostolique Cette année ma visite pastorale s'est effectuée dans les paroisses et les chrétientés du sud de la Mission.
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    A travers le Laos
    Lettre de Mgr Gouin
    Vicaire apostolique
    Cette année ma visite pastorale s'est effectuée dans les paroisses et les chrétientés du sud de la Mission.
    Les premiers postes chrétiens, en descendant le Mékong, sont Bassac et Paksé. De Nong Seng, chef-lieu de la Mission, c'est un voyage de quatre à six jours, en bateau aux hautes eaux, en pirogue ou chaloupe aux eaux basses, à travers les rapides de Kemmarat. Sur une longueur de plus de 100 kilomètres, le fleuve coule très resserré entre deux rives rocheuses semblables à des falaises à pic, et son lit est semé de nombreux bancs de rochers qui rendent la navigation difficile, même dangereuse.
    Cette région de Paksé et de Bassac compte de nombreux catéchumènes de races Kha Souei et Kha Ong. Depuis longtemps ils demandent et attendent la résidence d'un missionnaire chez eux. Hélas ! Les missionnaires sont trop peu nombreux et c'est actuellement chose bien impossible. Le P. Paulin, pour les maintenir dans leurs bonnes dispositions, leur fait des visites aussi fréquentes qu'il le peut ; mais il doit desservir Bassac et deux annexes, et les chemins qui vont à la montagne où habitent les Khas sont longs et difficiles. Notre confrère a essayé d'établir, dans chacun de ces postes de catéchumènes, un catéchiste de fortune qui tout au moins pourra baptiser les moribonds. Je me suis rendu dans un de leurs villages, à Khampheng, qui compte déjà un bon nombre de baptisés. Le P. Paulin avait averti tous ses Khas de mon arrivée et chaque village avait envoyé une délégation. La réception fut splendide Au début il y eut un peu de timidité, chose bien compréhensible chez des hommes de la forêt, mais bientôt, cette timidité, la jarre d'alcool de riz aidant, fit place à la gaîté et à l'entrain : chez les Khas, c'est autour de la jarre qu'on discute et traite toutes les questions qui intéressent le village. Dans ma prochaine visite, disposant de plus de temps, j'espère, visiter tous les villages de ces braves gens dont il faudrait nous occuper sérieusement et le plus tôt possible.
    De Bassac, pour gagner la région d'Oubon, je repris le bateau quelques heures, jusqu'à l'embouchure du Moun. Le P. Courrier m'attendait là, pour me conduire à son poste de Banuet. Après un chaud voyage à travers un pays chaotique, nous y arrivons à six heures et demie du soir : cris, pétards, tambours et coups de fusil. Banuet est un gros village dont à peine un tiers est catholique. Les rapports fréquents entre chrétiens et païens finiraient par des compromis si le Père ne faisait bonne garde; M. Courrier a la main douce et ferme tout à la fois. « J'ai baptisé ici, m'écrit-il en avril dernier, une première famille de catéchumènes de Don Jèn ; ce sont les premiers baptisés de cette nouvelle petite chrétienté. A Noël dernier, les religieuses avaient fait une neuvaine à la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant Jésus, dans le but d'obtenir des baptêmes d'enfants de païens. La petite Soeur des Missionnaires nous a exaucés, et j'ai la joie d'offrir au divin Maître un bouquet de vingt-cinq roses laotiennes ».
    Soixante kilomètres séparent Banuet d'Oubon. A cinq heures du soir nous arrivons à Oubon. Le P. Chatenet, curé d'Oubon, qui aime à faire bien toutes choses, m'attend à l'entrée de la ville avec ta musique militaire, et c'est au son de la Marseillaise que le Vicaire apostolique du Laos est reçu. Une foule très nombreuse de païens, toute la population chrétienne, avec les PP. Dabin et Bruguière, sont là et, musique en tête, conduisent l'évêque à l'église. Que les temps sont changés si l'on se reporte à quarante ans en arrière, à l'époque héroïque où ce même P. Dabin prenait en mains la direction de ce « berceau de la Mission » ! Durant les huit jours que j'ai passés à Oubon, je n'ai eu qu'à me louer de mes rapports avec les autorités siamoises, et j'ai Constaté avec une heureuse satisfaction la bonne entente qui règne entre elles et les missionnaires.
    Oubon est une ville de 20.000 âmes, dont plus d'un millier de chrétiens; c'est le chef-lieu d'une province qui compte un million d'habitants. Nous y avons un couvent de religieuses indigènes qui prospère sous la direction de Soeur Agnès, des Soeurs de Saint-Paul de Chartres. Le point noir à Oubon, c'est que tout est à refaire : église, maison, couvent et deux écoles. Dans cette ville relativement très grande, il nous faut des établissements convenables et qui doivent durer.

    1925/86-88
    86-88
    Laos
    1925
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