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A tous, de tout coeur, merci.

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    Taikou : Lettre du P. Cadars. — Phat-diem: UNE PRIÈRE, lettre du P. Varengue. — FÈTE A LA CATHÉDRALE D'AIX-EN-PROVENCE EN L'HONNEUR DU Bx L. IMBERT. — Pondichéry : NARAYANEN, LE DISCIPLE DE VICHNOU, DEVENU NAGAYAM, LE DISCIPLE DE MARIE, lettre du P. Godec. — Séoul : LE P. Poisnel, provicaire. — LES ANNAMITES ONT-ILS ÉTÉ ANTHROPOPHAGES ? — UN PRÊTRE TONKINOIS AU XVIIe SIÈCLE, M. JOSEPH PHUOC, par Mgr Néez. — LES SÉMINAIRES DU KOUY-TCHEOU, par le P. Champeyrol. — Birmanie Septentrionale : SOUVENIR ET PRIERE, lettre du P. J.-L. Lafon. — Séoul : LES ÉCOLES A CHEMULPO, lettre du P. Deneux. — LES RELIGIEUSES EN CHINE, par le P. Fabre.
    Gravures : Kokei : ANNA TJYEI, MARTHE TJENG. — ÉCOLE DES FILLES ET DES PETITS GARÇONS.

    TAIKOU

    LETTRE DU P. CADARS.
    Missionnaire apostolique.

    A tous, de tout coeur, merci.

    Lorsque, l'hiver dernier, je poussai vers vous un cri d'appel en faveur de mes enfants chassés de l'école publique, pour avoir refusé, pendant plus d'un an, d'adorer le mikado, je savais que je serais entendu. Je l'ai été au delà de mes espérances. La première aumône que je reçus, précisément le jour, où, dans mon école de filles née de la persécution, nous donnions notre première fête, me causa un saisissement difficile à vous exprimer.
    Avec l'incorrigible défiance humaine à l'endroit de Dieu, qui nie paralyse trop souvent, comme bien d'autres missionnaires, j'avais toujours hésité à fonder cette école. Avant de l'entreprendre je voulais avoir des ressources.

    Mars avril, 1926 n° 168.

    Quand j'eus devant moi ce groupe de fillettes héroïques pleurant à chaudes larmes sur leurs livres et leurs cahiers désormais inutiles, par un bond soudain du coeur je me haussai jusqu'à la confiance en Dieu. Je commençai tout de suite avec l'aide de la petite Anne. Rien que d'y penser ne me donne un troublant frisson d'orgueil, car au moment où tout semblait désespéré nous avons tenu le coup.
    Devant le tabernacle de ma chapelle, que dis-je, lorsque pendant la messe la poitrine de chaque fillette était devenue un tabernacle vivant, nous posâmes à Notre Seigneur la question de confiance :
    « Nous commençons l'école, quasi sans rien; si vous la voulez, daignez la soutenir ».
    Ah! La réponse divine ne se fit pas attendre longtemps. Le jour de notre première fête je reçus l'aumône la plus considérable qui ne me soit jamais arrivée. Elle a fondu très vite; mais d'autres, dont quelques-unes sont petites, vinrent la remplacer. Le miracle du corbeau qui nourrissait chaque jour saint Paul l'ermite au désert se renouvelle pour nous. Nous vivons au jour le jour de ce que nous envoie la Providence. Chaque enfant apporte aussi mensuellement sa petite contribution scolaire. Je paie l'institutrice, les bancs, les carreaux, les portes, les réparations fréquentes, et jusqu'ici je ne me suis pas endetté. Ce serait du reste impossible.
    Avant-hier c'était le premier jour des vacances; non pas la distribution des prix (elle se fait au mois de mars). J'avais devant moi quatre rangs d'enfants, 43 garçons et 39 fillettes, parmi lesquelles toutes les renvoyées de l'école païenne. Nous avons chanté l'hymne japonais mélancolique comme un paysage sans lumière, puis un cantique à la sainte Vierge sur un air de France.
    « Revenez plus nombreux, revenez plus nombreuses ai-je dit aux enfants; nous agrandirons l'école. La Béatification de nos 79 martyrs et votre conduite de l'hiver dernier, vous attireront des sympathies nombreuses. Déjà elles vous sont venues de France. Elles viendront d'ailleurs. Allons! Les jours de larmes sont passés. N'oubliez pas vos bienfaiteurs et vos bienfaitrices ».
    Tous les dimanches et quelquefois en semaine, plusieurs écoliers et beaucoup d'écolières font la communion pour toutes les personnes qui ont séché leurs pleurs » comme elles disent. Quant à moi, je ne sais combien de fois, en entendant, de ma chambre, le ramage joyeux qui se fait à l'école, je prie pour les lecteurs des Annales qui m'ont aidé à la fonder et qui m'aideront, j'en suis sûr, à la soutenir.
    Le change est si défavorable du franc au yen japonais, que les aumônes de France se rapetissent lamentablement en arrivant ici. Mais ce n'est pas cela qui diminuera ma confiance en Dieu et en mes bienfaiteurs.
    Je les remercie tous et toutes, une fois de plus, ainsi que les âmes généreuses, qui ayant eu connaissance de ma détresse par le Bulletin des Missions Catholiques ont commencé et continuent de m'aider. Je voudrais pouvoir écrire directement à chaque personne. Du moins je prie et fais prier pour chacune d'elles et à leurs intentions les plus chères.

    1926/41-45
    41-45
    France
    1926
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