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A Tindivanam

A Tindivanam Lettre du P. Bailleau Missionnaire apostolique à Pondichéry. Le soir du 21 juillet 1923 je débarquai à Tindivanam pour y prêcher une retraite. Situé à l'ouest de Pondichéry, Tindiva nam a été fondé en 1876.
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    A Tindivanam

    Lettre du P. Bailleau
    Missionnaire apostolique à Pondichéry.

    Le soir du 21 juillet 1923 je débarquai à Tindivanam pour y prêcher une retraite. Situé à l'ouest de Pondichéry, Tindiva nam a été fondé en 1876.
    Le P. Boré, actuellement curé de la paroisse des Saints Anges dans la petite capitale des établissements français de l'Inde, venait alors de faire ses premières armes à Allahady, sous la direction du P. Fourcade. Il fut désigné pour être le premier titulaire de la nouvelle chrétienté. Jusqu'alors les fidèles, épars sur le vaste territoire de cette paroisse, avaient été administrés directement par les curés de la cathédrale de Pondichéry. Au bout de quelques années le P. Boré est remplacé par le P. Fleury, qui y reste trois ans. D'autres lui succèdent, puis vient le P. Combes. Sous l'administration de ce dernier commença l'organisation de ce qui forme aujourd'hui l'ensemble des oeuvres de Tindivanam.
    Ces oeuvres sont multiples.
    La vue de ces établissements donne l'impression d'une ruche immense.
    Pareil à celui des abeilles y résonne sans cesse le bourdonnement des enfants. Ainsi que dans la ruche se pressent des rayons, des rayons tout chargés d'alvéoles appuyées les unes contre les autres, dans cette ruche du Bon Dieu, les écoles se touchent, se tiennent, se complètent, et mutuellement se donnent un appui.
    Le premier-né des établissements de Tindivanam date de 25 ans. A l'occasion du Jubilé que nous célébrions aujourd'hui même, la supérieure des soeurs de Saint-Joseph, au couvent de Sainte Anne, nous donnait en quelques mots le résultat de 25 années d'apostolat. Fondé le 26 juillet 1898, par le P. Combes, il fut confié par lui aux soeurs de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny; il comprend un orphelinat, une école et un dispensaire.
    Du 26 juillet 1898 au 26 juillet 1923, les orphelines qui ont passé par l'orphelinat sont au nombre de 561; 8.623 ont reçu le baptême « in articulo mortis », 68 adultes ont été baptisés dans les mêmes conditions ; le nombre des visites au dispensaire a été de 975.957. Actuellement le nombre des religieuses est de 10 et celui des orphelines dont elles ont la charge est de 40.
    En 1904, le 6 janvier, le même curé de Tindivanam, le P. Combes, inaugure l'école industrielle, fondée par le Frère Jean-Baptiste, des Frères de Saint Gabriel.
    Cette école, qui compte aujourd'hui 85 orphelins dont 39 sont à l'atelier et 46 en classe, a été reconnue le 16 janvier 1919 comme l'unique « Industrial training school » de là Résidence de Madras, et par le Gouvernement qui a fait cette reconnaissance. 12 élèves sont payés 15 roupies par mois pendant les deux ans que dure leur apprentissage.
    Dans le but de procurer des maîtres d'école, les mêmes Frères de Saint Gabriel fondent un noviciat de frères indiens ; jusqu'à ce jour il en est sorti 13 profès qui enseignent dans les écoles à Yercaud, à Tindivanam et à Bangalore.
    Le nombre des Frères étant loin d'être suffisant pour fournir au besoin des écoles, une école normale est ouverte : « Training school for teachers ». Placée sous la direction des mêmes Frères de Saint Gabriel, cette école compte aujourd'hui 52 élèves au « Training » ou école normale, et 25 au « boording » ou école modèle.
    A cette école normale vient d'être adjointe une école pour la formation des catéchistes. Etablie d'abord par le P. Mette dans le diocèse de Kumbakonam, celte école avait été transférée à Villuparam. Il y a quelques mois son Directeur, le P. Renoux, a été, avec ses élèves, envoyé à Tindivanam.
    Chacun sait que dans les ruches, la cellule d'une reine est différente dans son architecture des alvéoles où sont logées les nymphes. La reine des abeilles habite une chambre plus large, aux parois plus épaisses, aux extrémités oblongues. Ainsi en est-il dans la « Ruche du Bon Dieu ». La reine habite à part, bien loin vers l'Est, par delà le Play-Ground, dans les bureaux du « Comité des écoles ».
    C'est en juin 1918 que prit naissance le « Comité des Ecoles ». Les soins de l'organisation et de la direction en furent confiés au P. Gavan Duffy. On se proposait par là de mettre un peu d'unité dans l'administration des nombreuses écoles primaires réparties sur le territoire de l'archidiocèse de Pondichéry. Au Comité de se procurer, de centraliser et de répartir les ressources. A lui de donner les programmes de l'instruction religieuse, d'en surveiller l'exécution en même temps qu'il veille autant que faire se peut à la bonne tenue de ces mêmes écoles. Au début, le nombre des écoles soumises à la juridiction du Comité se trouvait être de 65, le budget se montait à 20.000 roupies ; depuis 5 ans le nombre des écoles a presque doublé, il est de 114 ; pour le budget, il a triplé, il est de 60.000 roupies. Ce chiffre au taux actuel du change représente la formidable somme de 290.000 francs.
    C'est donc aux jeunes gens des établissements scolaires de Tindivanam, à ces abeilles du Bon Dieu, que je viens de donner la retraite annuelle.
    Au nombre de 200 à 240, tous en ont suivi les exercices. Demain va reprendre le travail de chaque jour : Travail à l'école industrielle, au Training, au Boarding, travail au couvent de Sainte-Anne et travail au Comité; pareil à celui des abeilles, le travail est multiple et partout le travail est intense ; et pourtant ce travail, en ses formes multiples, pareil encore à celui des abeilles, est unique en son but : l'extension du règne de Dieu dans les âmes et dans l'Inde.
    Le travail chez eux va reprendre demain. Et moi, où serai-je demain? Sans doute je repasserai le Kavéry, je rentrerai chez moi. La vue de ce même Kavéry aux flots jaunâtres me fera penser au Pactole, ce fleuve auquel vous faites allusion dans votre lettre.
    Combien vous dites vrai ! Le Pactole ne passe pas chez moi. Je puis chaque jour contempler le Kavéry, il vient de bien loin, du sommet des monts, et parce qu'à la plaine il apporte la vie, les païens en ont fait une déesse. Je puis m'asseoir aux bords du Kavéry, à l'ombre des grandes palmes, à l'ombre des manguiers au feuillage sombre.
    Mais du Pactole je ne puis contempler que le lit desséché. J'ai vu les laboureurs préparer des canaux; ainsi que des artères le sang passe dans le corps, par ces mêmes canaux, l'eau du Kavéry coulait à pleins bords, elle allait féconder les rizières.
    Le Pactole, chez moi, ne roule point ses flots d'argent, ni ses riches vagues d'or. Et pourtant moi aussi, semblable au laboureur au flanc du fleuve desséché, j'ai creusé des canaux. Ils sont profonds, profonds comme ces besoins des âmes de nos Indiens.
    Depuis tantôt trois semaines, le Kavéry chez moi roule ses ondes jaunâtres; mais dans le Pactole je ne vois ni la vague d'argent, ni même un filet d'or. Le Pactole est à sec. Ils sont à sec aussi les canaux que j'ai creusés.
    Je travaille et je prie, et j'espère et j'attends.
    1924/62-63
    62-63
    Inde
    1924
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