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A sainte Thérèse de répondre !

A sainte Thérèse de répondre ! Lorsque, en août 1932, je quittai la petite ville de Thanhhoa pour prendre la direction du poste de Samson, un groupe se formait à environ 2 kilomètres du village, et, chose singulière, ce groupe ne comptait que des hommes et presque tous célibataires. N'y avait-il donc pas de femmes en ce pays-là ? Cependant ils étudiaient la religion et faisaient les plus belles promesses de persévérance ; aussi, ne les connaissant pas encore, je fus touché de leur assiduité et ne doutai pas de leur sincérité.
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    A sainte Thérèse de répondre !

    Lorsque, en août 1932, je quittai la petite ville de Thanhhoa pour prendre la direction du poste de Samson, un groupe se formait à environ 2 kilomètres du village, et, chose singulière, ce groupe ne comptait que des hommes et presque tous célibataires. N'y avait-il donc pas de femmes en ce pays-là ?
    Cependant ils étudiaient la religion et faisaient les plus belles promesses de persévérance ; aussi, ne les connaissant pas encore, je fus touché de leur assiduité et ne doutai pas de leur sincérité.
    Leurs minables cases étaient fort étroites, au point que, bien qu'ils ne fussent qu'une trentaine, je n en trouvai aucune où ils pussent être tous réunis. Survint un typhon, qui fit des coupes sombres dans la forêt des filaos plantés sur les dunes. Ce fut pour moi l'occasion d'acheter à bon compte des colonnes en nombre suffisant pour élever une paillote. Un terrain se présentant d'un prix abordable, j'en fis l'acquisition et bientôt nous eûmes une salle spacieuse où mes trente catéchumènes auraient pu danser à leur aise.
    Une statue de sainte Thérèse de Lisieux, qui attendait au presbytère de Samson, fut portée en triomphe et intronisée en cette chapelle provisoire. Le quartier où s'élevait cette modeste chapelle s'appelle le « quartier du temple ». A deux pas de là, en effet, est bâti un temple en briques et tuiles, entouré de vastes dépendances. Il est dédié à trois bonzesses chinoises, lesquelles, raconte la légende, poursuivies par les obsessions d'un bonze, se précipitèrent dans la mer pour lui échapper et rester fidèles à leur voeu de chasteté. Leurs corps, métamorphosés en pins, vinrent échouer sur la plage, les habitants les recueillirent et élevèrent en leur honneur le temple que l'on voit encore aujourd'hui.
    J'étais tout heureux de voir, près de ce grand temple bouddhique, ma petite chapelle de sainte Thérèse et je pensais : « Ceci tuera cela ! » Hélas ! Je dus bientôt déchanter. Mes catéchumènes n'étaient que de vils exploiteurs et des chevaliers d'industrie. Ne pouvant raconter tous leurs hauts-faits, je citerai seulement le dernier.
    Un soir, en sortant de la chapelle où ils avaient pieusement assisté à la leçon de catéchisme, ils s'en allèrent voler les plants de riz appartenant à un petit hospice fondé par mon prédécesseur. Un veilleur de nuit les surprit en flagrant délit. Mis au courant de l'affaire et comprenant qu'il n'y avait rien à espérer d'une bande de filous, je rapportai au presbytère la statue de sainte Thérèse et je démolis la case pour en utiliser ailleurs les matériaux. J'avoue que je n'étais pas fier, mais je tenais à montrer à tous que le catholicisme n'est pas un lieu de refuge pour les gens tarés.
    Or, tandis que j'étais convaincu que c'en était fait en ce coin-là de la conversion des païens, voici qu'un nouveau groupe se forme. Je prends des informations, qui sont plutôt encourageantes : « Depuis longtemps, me disent les nouvelles recrues, nous désirions nous convertir ; mais pour rien au monde nous n'aurions voulu frayer avec cette clique que vous venez de congédier... »
    Sera-ce la revanche de sainte Thérèse ? Pensai-je ; mais je ne me presse pas, je ne construis pas de paillote et me contente d'agrandir la case d'un particulier pour en faire une salle de réunion.
    Dans mon nouveau groupe de catéchumènes se trouvait un tailleur, habile, ce qui est bien, et honnête, ce qui est mieux ; possédant une certaine culture, il remplissait lui-même l'office de catéchiste et, à l'aide d'un livre, enseignait la lettre du catéchisme. Je comptais beaucoup sur lui, lorsqu'il tomba malade ; je le soignai de mon mieux : ce fut en vain. Malgré tout ce que purent lui dire ses parents, qui, encore païens, voyaient dans cette maladie une vengeance du génie du village, il refusa de faire ou de laisser faire aucune superstition, reçut le baptême et mourut en prédestiné.
    Je ne pus, ce jour-là, m'empêcher de me plaindre à Notre Seigneur et de lui dire : «Mais, Seigneur Jésus, pourquoi m'abandonner ainsi et laisser blasphémer votre saint Nom par les païens ? » Et voici que, pour me consoler, sans doute, il inspira à une brave femme l'idée de relever le drapeau du christianisme en cet endroit si éprouvé et d'y reformer le groupe dispersé après la mort de son animateur.
    Les choses en sont là. Sera-ce, cette fois, la réussite et pourrai-je, l'an prochain, faire là un nombre respectable de baptêmes ?
    A sainte Thérèse, la grande amie des missionnaires, de répondre !
    A. BOURLET,
    Missionnaire de Thanh-hoa.

    1938/209-211
    209-211
    Vietnam
    1938
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