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A propos de l'article 71 de la loi des finances

A propos de l'article 71 de la loi des finances La « Dépêche Coloniale » a ouvert une large enquête au sujet de l'insertion dans la loi de finances de l'article 71 autorisant les Congrégations missionnaires à avoir leurs noviciats, leurs maisons de recrutement et leurs procures en France. Parmi les personnalités coloniales interviewées, la « Dépêche » cite en premier lieu l'opinion de Mgr de Guébriant, supérieur général de la Société des Missions Etrangères :
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    A propos de l'article 71 de la loi des finances

    La « Dépêche Coloniale » a ouvert une large enquête au sujet de l'insertion dans la loi de finances de l'article 71 autorisant les Congrégations missionnaires à avoir leurs noviciats, leurs maisons de recrutement et leurs procures en France.
    Parmi les personnalités coloniales interviewées, la « Dépêche » cite en premier lieu l'opinion de Mgr de Guébriant, supérieur général de la Société des Missions Etrangères :
    « On veut autoriser les congrégations à ouvrir en France des noviciats et des maisons de recrutement ? C'est parfait. Mais le recrutement de nos missions augmentera-t-il pour cela? Non. La « matière recru table », si je puis dire, c'est la jeunesse catholique. Où se forme-t-elle ? A l'école chrétienne. Celle-ci est détruite dans la mesure que vous connaissez.
    « D'autre part, l'Eglise de France a été expropriée, appauvrie. Il faut qu'elle vive d'abord pour envoyer des pionniers au dehors.
    « C'est dire que je ne crois pas que, du point de vue pratique, l'article 71 devant la haute portée morale duquel je m'incline par ailleurs aurait le résultat que certains escomptent. Que cherche-t-on à obtenir ? De remettre les missions françaises en possession d'un personnel français qui leur permette de reprendre leurs oeuvres et de les développer. Or, en admettant que l'article 71 soit adopté par le Parlement, le recrutement des prêtres missionnaires restera le même : il sera réparti sur un plus grand nombre de sociétés, sera plus « éparpillé ». Et c'est tout.
    « Telle est mon opinion. Elle est strictement personnelle ».

    ***

    D'autre part, voici, à titre documentaire, ce que publie « 1'Echo de Paris » sous cette manchette suggestive : « Comment les Missionnaires étrangers remplacent les Français ».

    Il y a des années que nous avons commencé à entretenir les lecteurs de l'Echo de Paris des conséquences désastreuses, pour notre influence nationale, de la raréfaction de nos missionnaires. Voici aujourd'hui des chiffres. Ils concernent une de nos plus anciennes sociétés de missions, la Société des Missions Etrangères de la rue du Bac, qui ne groupe que des prêtres de langue française, et qui, cependant (soit dit par parenthèse), a toujours su montrer un esprit merveilleusement apostolique, et inscrivit même il y a trois cents ans dans ses Constitutions, cette formation d'un clergé indigène que Rome recommande si instamment.
    Voici donc la situation de la Société sous le rapport des territoires cédés à d'autres ouvriers de missions.
    Vingt-quatre territoires ont été aliénés par elle dans les dernières années (sauf un en 1904). Si nous mettons de côté deux territoires remis à d'autres missionnaires français, et un département, Nagasaki, remis au clergé indigène japonais, il reste encore vingt et un territoires, dont plusieurs comptant trois, quatre ou cinq départements, qui ont dû être abandonnés à des congrégations étrangères. Nous sommes procuré la liste exacte de ces territoires ; elle est terriblement instructive :

    AU JAPON. L'île de Shikoku aux Pères Dominicains espagnols (1904) ;
    L'île de Yéso aux Pères Franciscains allemands (1915) ;
    Hiroshima (5 départements) aux Pères Jésuites allemands (1923) ;
    Niigata (3 départements) aux Pères du Verbe divin (Allemands) (1912) ;
    Nagoya (5 départements), aux Pères du Verbe divin (Allemands) 1922 ;
    Kagoshima (3 départements), aux Pères Franciscains canadiens (1924) ;
    Miyazaki (3 départements) aux Salésiens italiens (1926) ;
    Hakodaté (4 départements) aux Dominicains canadiens (1928) ;
    EN CORÉE. Ouensan aux Pères Bénédictins de Sainte-Odile (Allemands) (1920) ;
    Piengyang aux Pères de Maryknoll (Etats-Unis d'Amérique) (1926).
    EN MANDCHOURIE. Partie de la Mission aux Pères de Maryknoll (Etats-Unis) (1927) ;
    Partie de la Mission aux Pères d'Immensee (Suisse) (1927) ;
    Partie de la Mission aux Pères de Montréal (Canada) (1927) ;
    Partie de la Mission aux Pères Bénédictins de Sainte-Odile (Allemands) (1927).
    EN CHINE. Partie du Kouitchéou à la province allemande des Pères d'Issoudun (1926) :
    Partie du Kouangtong aux Pères Salésiens italiens (1920) ;
    Partie du Kouangtong aux Pères de Maryknoll (Etats-Unis) (1924) ;
    Partie du Kouangsi aux Pères de Maryknoll (Etats-Unis) (1924) ;
    Partie du Swatow aux Pères de Maryknoll (Etats-Unis) (1927).
    AU SIAM. Partie de la Mission aux Salésiens italiens (1927).
    AUX INDES. Partie de Pondichéry aux Salésiens italiens (1928).

    Ce repli de nos missionnaires français n'est pas terminé, au contraire. On aura remarqué que les abandons de territoires se sont surtout multipliés de 1924 à 1928. Ils risquent d'être plus nombreux encore dans les années à venir. En effet, le chiffre global des missionnaires, qui était de 1.358 en 1905, est tombé à 1.132 en 1927, et de nombreux postes ne sont plus conservés que parce que les missionnaires y sont maintenus malgré la vieillesse et les infirmités. L'âge moyen des missionnaires (nous parlons de la moyenne générale) est passé, de 39 ans en 1905, à 51 ans en 1927. Lorsque les vieillards qui tiennent encore certains postes auront disparu, comment, ou, plus exactement, par qui seront-ils rem-placés ?
    Or, la situation que nous venons d'indiquer pour les Missions Etrangères de Paris est la même, sensiblement, et parfois pire, pour toutes nos congrégations françaises de missions. On a coupé les racines : l'arbre ne pousse plus. Et, d'autre part, si nous ne savons pas garder nos places, elles seront prises : le tableau de tout à l'heure suffit à montrer que les remplaçants ne manquent pas, mais, sans diminuer aucunement le zèle et les vertus de ces remplaçants éventuels, il est fort clair que la Patrie qui bénéficiera, à très juste titre, du prestige de leurs travaux et de leur dévouement, ne s'appellera plus la France : elle s'appellera l'Italie, ou l'Allemagne, ou les Etats-Unis...
    Charles PICHON.

    ***

    Hâtons-nous d'ajouter, pour les apostoliques lecteurs des » Annales des Missions Etrangères », que si depuis la guerre mondiale la pénurie de missionnaires français s'accentue, hélas ! D'année en année, les âmes confiées à leur ministère n'en souffrent pas anormalement, car dans la plupart de nos Missions, le nombre de nos prêtres indigènes a considérablement augmenté, ce qui, avec toutes les conséquences qui s'ensuivent, est le but primordial de tout apostolat en pays étranger.
    Par ailleurs, le nombre de nos Aspirants était, au 1er octobre, de 161, dont 69 au Séminaire de Théologie de Paris, 64 au Séminaire de Philosophie de Bièvres et 23 à la caserne. Ce total est consolant, mais encore très insuffisant, très inférieur surtout à Ce qu'il était aux premières années du siècle. En 1905, il était de 271 Aspirants, dont 138 à Paris, 64 à Bièvres et 69 à la caserne.
    Du moins, que ce cri d'alarme trouve un écho dans le coeur de l'élite de nos jeunes lecteurs :

    « Ne faut-il pas remplacer ceux qui tombent
    « Sous le couteau des féroces tyrans ? »

    et ce qui, comme expectative, est pire pour un futur missionnaire sous les coups incessants de l'inexorable vieillesse !

    1928/240-243
    240-243
    France
    1928
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