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A propos de l'Article 4.3, Ancien 71

A propos de l'Article 4.3, Ancien 71 DU COLLECTIF Ou plutôt en marge de ce calamiteux article, toujours disjoint, sans cesse renvoyé aux Commissions compétentes, nos lecteurs liront avec intérêt les deux extraits suivants. Le premier, emprunté à La Croix ; le second à La Nation, organe de la Fédération Républicaine de France. Magistrat d'Indo Chine et soeurs missionnaires.
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    A propos de l'Article 4.3, Ancien 71

    DU COLLECTIF

    Ou plutôt en marge de ce calamiteux article, toujours disjoint, sans cesse renvoyé aux Commissions compétentes, nos lecteurs liront avec intérêt les deux extraits suivants. Le premier, emprunté à La Croix ; le second à La Nation, organe de la Fédération Républicaine de France.

    Magistrat d'Indo Chine et soeurs missionnaires.

    Ceci se passait il y a une quarantaine d'années. Huit Soeurs de Saint-Paul de Chartres s'étaient embarquées à Marseille pour aller prêter leur concours aux missionnaires de l'Indo Chine. Pas de prêtres missionnaires à bord. La petite communauté de religieuses devait se suffire à elle-même pour la vie quotidienne de la traversée.
    Mais elle eût vivement désiré, pour les escales, un cicérone qui lui permit de visiter, dans les ports où le vapeur stoppait, les églises, les missions et les curiosités les plus remarquables. La directrice du groupe s'enhardit à exprimer ce désir dans un entretien avec le commissaire du bord. Celui-ci répondit aussitôt : « Mais nous avons un jeune magistrat, M. D..., qui retourne en Indo Chine, qui a plusieurs fois fait le voyage, et qui, certainement, sera heureux de vous servir de guide ».
    L'aimable magistrat s'empressa, en effet, d'accueillir favorable- ment la suggestion du commissaire ; et grâce à M. D..., les huit bonnes soeurs missionnaires purent visiter Port-Saïd, Aden, Colombo, etc.
    Le jeune magistrat d'alors a fait depuis une brillante carrière.
    Et quand M. Gaston Doumergue est devenu Président de la République, la Soeur Odile, survivante du groupe des huit, lui a adressé une lettre de félicitations assurant qu'elle n'avait pas oublié le bénévole cicérone des religieuses missionnaires, qu'elle-même, ses soeurs et ses orphelines feraient tous les jours une prière pour le guide d'autrefois devenu Président.
    « Des innombrables lettres de félicitations que me valut mon élection ajoutait M. Doumergue en racontant lui-même cette histoire à un 'missionnaire, le R P. Watthé, en octobre 1926 aucune ne m'a touché davantage que celle de la bonne Sur Odile ».

    Il. A Soeur Archange.

    LÉPROSERIE DU CULAO-RONG (COCHINCHINE). Il y a, par le monde, des léproseries dont quelques-unes sont sous les plus beaux cieux, comme celle que l'Angleterre vient de fonder aux Antilles, à Chacachare ; celle-ci était décrite par l'illustration du 23 juin 1928 sous le nom d'un « Paradis infernal ». Le journal expliquait que le gouvernement britannique, pour soigner les lépreux de cette grande léproserie avait dû faire appel à des Dominicaines françaises. Partout, en effet, ce sont des soeurs françaises qui soignent les lépreux du monde entier.
    Aujourd hui, je pense à celle qui, non loin de My-Tho, à Culao-rong, dans une petite lie du Mékong, soigne les lépreux de Cochinchine. Il y a pour l'instant près de deux cents lépreux qui, depuis 20 ans, sont soignés par des tilles de Saint-Paul de Chartres. Roland Dorgelès, dans son dernier livre intitulé « Sur la Route mandarine », les a visités et a décrit ce « cimetière de vivants où personne n'aborde ».
    Les souffrances, physiques et morales, des lépreux sont atroces lorsque leur chair se détache par lambeaux; leur aspect est horrible; leur moral, quand ils arrivent, ne vaut pas mieux ; pour oublier leur mal, la plupart se sont plongés dans l'opium, et, quand on les eu prive, première condition du ralentissement de leur mal, les uns menacent la soeur de mettre le feu aux paillotes, les autres d'avaler du verre pilé ou de se couper la gorge.
    Personne ne descend jamais dans cette île, sauf les quelques soeurs de Saint-Paul de Chartres qui s'y sont succédées, y descendant non pas pour une heure mais pour une vie.
    « Ces femmes en cornette ont quitté la France à vingt ans, écrit Dorgelès, sachant qu'elles partaient pour soigner les lépreux et qu'elles ne reviendraient plus. Depuis, combien de paquebots ont ramené Marseille des trafiquants enrichis ? On en a décoré plusieurs, ces dernières années : ils ont rendu de précieux services à la colonie, parait-il... Et ma pensée se reporte vers cette sainte, soeur Brigitte, religieuse de Saint-Paul de Chartres, qui avait contracté le mal en soignant les lépreux de Bangkok et qui se mourait, souriante, dans une petite case blanche de l'île du Dragon.
    C'est qu'elles atténuaient singulièrement le mal physique des lépreux et surtout leur agonie morale. Sous leur tendre discipline, ils en arrivaient à jouer des comédies, à prendre du poisson dans les rivières, à apprêter eux-mêmes leur nourriture ; leur esprit se calmait et, si leur visage ne pouvait être épanoui, leur regard se rassérénait. Il n'y avait plus, comme autrefois, ni mécontents, ni récalcitrants, ni prison, ni barre de justice ; il y avait des Françaises qui soignaient les lépreux comme des frères.
    Toutes meurent l'une après l'autre et c'est vous, Soeur Archange, de votre nom de famille, Marie Carné, onzième enfant d'une famille de pêcheurs de Saint Paul de Léon, comptant 18 garçons et filles ; c'est vous qui en 1928, restiez seule, là- bas, à soigner les lépreux1.
    L'horrible maladie a ravagé vos mains ; mais ce n'est pas votre sort qui vous inquiétait; les lettres que vous receviez de la Procure de Chartres avaient troublé votre angélique sérénité; elles vous disaient que, malheureusement, le recrutement des religieuses était insuffisant et que, bientôt, on ne pourrait faire face à toutes les charges acceptées dans le inonde entier; que sans doute, on ne pourrait, à votre mort, envoyer une remplaçante à l'île Culao-rong.

    1. Les sueurs de Saint-Paul sont, en ce moment, à Culao-Rong, « l'île du Dragon » au nombre de six : 2 européennes et 4 annamites.

    Votre niai ne vous inquiétait guère; vous songiez avec angoisse à tous ces malheureux qui allaient se trouver privés de soins et dont vous constatiez, pourtant, vous-même, avec émerveillement, la guérison morale plus encore que l'atténuation de leurs souffrances physiques. Et votre modestie sublime vous empêchait de songer à l'auréole que vous donniez à la femme française.
    Un jour une lettre était arrivée : elle disait que bientôt, le recrutement allait pouvoir se faire ; que tant de jeunes filles des provinces de l'Ouest que les innombrables morts de la guerre empêchaient de fonder un foyer et qui, pourtant, avaient renoncé à compter parmi les Filles de Saint-Paul de Chartres, parce qu'il fallait aller dans un noviciat lointain à l'étranger, pourraient venir grossir la phalange de ces admirables femmes françaises, puisque le Gouvernement d'Union nationale allait autoriser la Maison à avoir, en France même, des noviciats.
    Voici qu'une nouvelle lettre arrive, disant que, sans doute, il ne faudrait pas encore y compter, parce que le Congrès radical d'Angers se préparait à intimer l'ordre au gouvernement docile de renoncer à son projet : « Pardonnez-leur, disiez-vous dans votre tristesse amère : car il ne savent ce qu'ils font ».
    A la même heure, votre frère aîné, solide gars, revenant de la pêche, en haute mer, lisait aussi la nouvelle dans son journal ; mais il traduisait sa pensée avec moins de mansuétude : « Ah ! Les s... qu'on les f... à la porte avec des coups de pieds... »

    1929/67-70
    67-70
    Vietnam
    1929
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