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A Bangkok en 1862 : Les funérailles de Mgr Jean-Baptiste Pallegoix

A Bangkok en 1862 Les funérailles de Mgr Jean-Baptiste Pallegoix Les funérailles de S. G. Mgr Jean-Baptiste PALLEGOIX, évêque de Mallos et vicaire apostolique du Siam, décédé le 18 juin 1862, furent un véritable triomphe pour la religion dans ce pays de pagodes, de bonzeries et de talapoins. Une vieille photographie retrouvée, représentant le cercueil de l'évêque et une relation de l'époque décrivant la pompe funèbre intéresseront, croyons-nous, nos lecteurs. ***
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    A Bangkok en 1862
    Les funérailles de Mgr Jean-Baptiste Pallegoix

    Les funérailles de S. G. Mgr Jean-Baptiste PALLEGOIX, évêque de Mallos et vicaire apostolique du Siam, décédé le 18 juin 1862, furent un véritable triomphe pour la religion dans ce pays de pagodes, de bonzeries et de talapoins. Une vieille photographie retrouvée, représentant le cercueil de l'évêque et une relation de l'époque décrivant la pompe funèbre intéresseront, croyons-nous, nos lecteurs.

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    « Mgr Pallegoix était estimé et aimé de tous. Le lendemain de son décès, tous les consulats des nations étrangères établis à Bangkok mirent leurs pavillons à mi mât, en signe de deuil, et envoyèrent des lettres de condoléance à M. le consul de France. Mais aucun n'a témoigné autant de regrets que Sa Majesté Mongkout, roi de Siam. Aussitôt que Sa Grandeur eut rendu le dernier soupir; nous écrivîmes à ce monarque pour l'informer de la grande perte que nous venions de faire. Il nous répondit par une lettre des plus honorables pour la mémoire du prélat, témoignant le désir que ses obsèques se fissent avec le plus de solennité possible, voulant y contribuer largement lui-même, autant que la religion chrétienne pourrait le permettre. Sa Majesté donnait pour raison de son bon vouloir l'amitié intime qui avait toujours régné entre elle et Mgr de Mallos, depuis qu'ils s'étaient connus pour la première fois, et surtout parce que Monseigneur avait été l'intermédiaire au moyen duquel Sa Majesté avait pu entrer en rapport avec Sa Sainteté le pape Pie IX, la première majesté de ce monde : ce sont les paroles du roi. Les princes et les grands mandarins nous témoignèrent également leurs regrets, et offrirent aussi de contribuer aux funérailles de Sa Grandeur.
    « Pour répondre aux désirs de Sa Majesté et des autres grands personnages amis de Mgr Pallegoix, les missionnaires et les chrétiens se mirent aussitôt à l'oeuvre pour préparer les funérailles de leur vénéré vicaire apostolique. On forma d'abord une chapelle ardente dans les appartements du défunt ; le corps fut déposé dans un double cercueil, et placé, avec les insignes épiscopaux, au milieu de celle chapelle, où les chrétiens vinrent à l'envi prier pour le repos de l'âme de leur premier pasteur.
    « La grande cérémonie funèbre fut fixée au premier juillet ; elle devait durer trois jours. Quatre-vingts chrétiens annamites furent choisis pour porter le cercueil, élevé sur une estrade portative. Leur costume ne consistait qu'en un pantalon blanc et un turban de même couleur ; ainsi le veut l'usage de leur pays dans les grands deuils. Un chef habillé comme eux, mais plus complètement vêtu, préside à tous leurs mouvements, et règle la marche funèbre, en frappant l'un contre l'autre deux petits bâtonnets qu'il tient à chaque main. Les insignes épiscopaux étaient confiés aux élèves du collège de la mission, en uniforme d'étudiants indigènes. Deux magnifiques catafalques furent préparés : l'un dans l'église de l'Assomption, près de laquelle Mgr Pallegoix avait sa résidence et qui lui servait de cathédrale; l'autre dans l'église de la Conception, que Monseigneur avait fait construire avant d'être évêque, et où il devait être inhumé.
    « L'église de l'Assomption étant située au sud de Bangkok, et celle de la Conception au nord, la distance entre ces deux sanctuaires mesure environ deux lieues par rivière, qui est comme la grande rue de la capitale. Il fallut donc se procurer un certain nombre débarque, pour la procession funèbre sur le fleuve. Pour cela le roi fit préparer trois jonques du palais, de cinquante rameurs chacune. La plus grande était destinée à recevoir le cercueil de l'évêque placé sur une estrade et surmonté d'un dais à double étage. Les deux autres barques devaient faire cortège à la première. De son côté, le premier ministre se chargea de fournir deux grandes galères de quarante rameurs pour ouvrir la marche du convoi. Des mandarins nous offrirent les autres embarcations nécessaires. Tous les rameurs devaient être uniformément habillés. Ceux des jonques royales se tenaient assis, les autres manœuvraient debout. Par ordre du roi, deux pièces de canon furent placées devant l'église de la Conception, Sa Majesté voulant qu'au moment où l'on descendrait le cercueil de Mgr Pallegoix dans la fosse, un dernier salut de quinze coups fût tiré en l'honneur de son ancien ami. Ce prince daigna encore prendre une part plus active aux funérailles de Sa Grandeur. Le convoi funèbre, remontant le fleuve pour se rendre de l'église de l'Assomption à celle de la Conception, devait passer devant la résidence royale : Sa Majesté demanda que le cortège fît en sorte de n'arriver en face du palais que vers midi, voulant, disait-elle, se rendre à son débarcadère au moment du passage, afin de pouvoir jeter une dernière fois les yeux sur les restes mortels de son intime ami.
    « Tout étant disposé pour la célébration des funérailles, le premier juillet, sur les trois heures du soir, le clergé catholique, M. le consul de France, avec plusieurs de nos compatriotes et autres étrangers résidant à Siam, ainsi qu'un grand nombre de fidèles se réunirent à l'église de l'Assomption, pour faire la levée du corps. De là on se rendit en procession à l'évêché. Après les cérémonies et prières prescrites par le rituel, on reprit dans un ordre imposant le chemin de la cathédrale. Une troupe de soldats indigènes escortait de chaque côté le catafalque, tambours et clairons en tête, faisant entendre une marche funèbre. Quand le convoi fut arrivé à l'église, nous chantâmes aussi solennellement que possible l'office des morts. On s'en tint là pour les cérémonies funèbres de la première journée.
    « Le 2 juillet, jour de la grande procession sur le fleuve, le clergé de la mission, MM. les consuls et autres étrangers résidant à Bangkok, plusieurs grands mandarins siamois et les chrétiens de la capitale et des environs, s'étaient rendus au quartier de l'Assomption dès le matin. Après l'absoute, la procession s'organisa comme la veille, pour porter le cercueil au débarcadère, où étaient déjà rangées toutes les barques et nacelles qui devaient faire partie du cortège. Quand on fut arrivé au rivage, pendant que les porteurs descendaient le cercueil sur la barque royale destinée à le recevoir, le clergé et tous ceux qui accompagnaient le convoi s'installèrent sur les embarcations qui leur avaient été préparées; puis la flottille se rangea, pour remonter la rivière, ainsi qu'il suit : D'abord, une grande barque conduite à la rame par vingt-quatre Annamites en uniforme, et ouvrant la marche ; elle était montée par des tambours et autres musiciens jouant des airs funèbres. Ensuite deux autres barques magnifiques de quarante rames chacune, allant de pair, et dirigeant les deux lignes de canots qui formaient la procession. Après ces deux barques, venaient celles des différentes confréries religieuses de Bangkok, celles des catéchistes de la mission, toutes deux à deux ; celles-ci étaient suivies des barques du clergé, également deux à deux, chaque prêtre ayant la sienne; venaient ensuite les deux jonques royales, allant de pair, et enfin la barque portant le cercueil, placé sur une estrade surmontée d'une espèce de dais à double étage. En tête de ces trois dernières barques flottait un pavillon noir, sur le fond duquel étaient peints en blanc les insignes épiscopaux. Ces trois barques étaient ramées par des Siamois en habits de deuil. Elles étaient suivies par les canots de MM. les consuls, celui de France en tête, et d'une foule d'autres canots montés par des étrangers marquants et des mandarins siamois. La procession était terminée par une quantité considérable de bateaux de chrétiens. Les barques étant rangées comme je viens de le dire, toutes les rames se mirent en mouvement, chaque pilote ayant soin de tenir le rang et la place assignés à son canot, Sur tout le parcours de la flottille, les deux bords du fleuve étaient couverts par la foule, avide de jouir d'un spectacle si nouveau. Le coup d'oeil de cette procession sur la rivière de Bangkoh était, en effet, des plus imposants. Jamais chose pareille ne s'était encore vue au sein de la capitale. Tous les consulats et les navires avaient mis leur pavillon à mi-mât ; l'étendard royal, ceux des princes et des grands mandarins s'abaissaient aussi à l'approche du cercueil.
    « Le cortège arriva en face du palais sur le midi, comme il avait été convenu : le roi et la famille royale étaient descendus sur un vapeur, pour être plus rapprochés du convoi au moment du passage. La vue de cette Majesté encore païenne, voulant honorer de sa présence les funérailles d'un pauvre évêque, a été un des épisodes les plus touchants de cette cérémonie, déjà si émouvante par elle-même. A mesure que les barques montées par les missionnaires défilaient devant le vapeur royal, nos rameurs tiraient leur chapeau, et se mettaient en devoir de s'agenouiller suivant la coutume du pays; mais le prince les en empêchait d'un signe de main, et rendait aux missionnaires le salut de la manière la plus gracieuse. Après le passage de la barque chargée du cercueil, Sa Majesté remit à un mandarin chrétien une bourse d'argent en petite monnaie, pour être distribuée aux pauvres en mémoire de son ami défunt. La procession continua ensuite sa marche, et arriva sur les deux heures de l'après-midi à l'église de la Conception, où les cérémonies se terminèrent aussi par l'office des morts.
    « Le 3 juillet, jour de l'enterrement, le concours fut encore plus nombreux que la veille. MM. les consuls ou leurs représentants, tous les étrangers européens ou américains, sans distinction de culte, venaient s'unir à nous pour rendre les derniers devoirs religieux à notre bien vénéré vicaire apostolique. L'imposante cérémonie des cinq absoutes, prescrites en l'honneur des évêques, émut vivement l'assistance. Les protestants surtout, pour qui ces pompes du culte catholique étaient toutes nouvelles, en furent très impressionnés. Au moment où l'on descendait le cercueil dans le petit caveau qui lui était préparé au milieu du sanctuaire, quinze coups de canon tirés devant l'église annonçaient à la capitale de Siam comment son souverain avait voulu honorer jusqu'à la fin Mgr Pallegoix ».

    UNE LETTRE D'ADIEU

    Nous publions ici une lettre que le Père Le cornu aimait à relire souvent au cours de sa maladie, parce qu'elle lui parlait le langage plein de force et de suavité de la Ste Ecriture et aussi, parce qu'elle avait été écrite de la main d'un vieux missionnaire depuis plus de trente ans travailleur infatigable au milieu de ces montagnes, où il avait rêvé lui-même de prêcher, de souffrir et de mourir.
    Ces quelques, lignes résument si bien les sentiments qui doivent animer nos coeurs!
    Elles sont aussi une consolation, un réconfort et déjà nous font entrevoir le beau jour où nous le retrouverons, notre Père bien aimé..., au ciel ! (BULLETIN PAROISSIAL de HANOI, fév.-mars 1922).

    ***

    Nostra conversatio in cœlis est. Nous causons des choses du ciel. (Phili. III.)

    Mon très Révérend et bien aimé Père Provicaire,

    Je viens de recevoir le Bulletin d'Octobre dans lequel vous nous faites vos adieux ici-bas. Puisque le bon Dieu le permet encore, je vous envoie un cordial au revoir et vous remercie de tout le bien que vous m'avez fait en causant pendant plus de 20 ans et chaque mois des choses du ciel, de son bonheur, des moyens pour y parvenir, des embarras qui peuvent nous retarder. — Nous aurions voulu demander votre guérison à votre compatriote et puissante amie la Vénérable Thérèse de l'Enfant Jésus, mais pour cela deux conditions sont nécessaires, la volonté de N. S. et le vôtre. Pour N. S., il est sans doute tout disposé à écouter son aimable servante, mais vous, vous répondez: « Mieux vaut souffrir que guérir ».
    Je crois que mon Rédempteur vit et qu'au dernier jour je ressusciterai, et je verrai mon Dieu dans ma chair et je le contemplerai de mes propres yeux (Job. XIX).
    Je crois que le moment viendra où je m'endormirai et me reposerai dans la paix de Dieu. (Ps. III).
    Je crois que je serai rassasié quand la gloire de mon Dieu m'apparaîtra (Ps. XVI).
    Je crois que je verrai Dieu face à face, tel qu'il est : que je serai alors enivré de l'abondance qui est dans la maison de Dieu et que le Seigneur me fera boire dans le torrent de ses délices (Ps. XXXV).
    Je crois que la source de la vie est en Dieu et que je contemplerai la lumière dans la lumière de Dieu. (Ps. XXXV).
    Je crois que bienheureux sont ceux qui souffrent ici-bas, parce qu'ils seront consolés dans une vie meilleure. (Matth. V).
    Je crois que toute créature en ce monde est gémissante et qu'elle attend le jour de la manifestation de Dieu. (Rom. VIII).
    Je crois que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu. (Rom. VIII).
    Je crois qu'il faut que notre corps corruptible revête l'incorruptibilité, que notre corps mortel revête l'immortalité et que la mort soit absorbée dans cette victoire. (11 Cor.XV.)
    Je crois que mon corps semblable à une semence sera remis dans la terre plein de corruption et qu'il ressuscitera incorruptible ; qu'il sera mis dans la terre tout difforme et qu'il ressuscitera glorieux; qu'il sera mis dans la terre privé de mouvement et qu'il ressuscitera plein de vigueur et devenu un corps spirituel (I Cor. XV.)
    Je crois que nos tribulations forment un poids éternel de gloire. si nous contemplons, non ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas; car les choses que nous voyons sont passagères et celles que nous ne voyons pas sont éternelles (II Cor. IV.).
    Je crois, ô mon Dieu, qu'en souffrant avec résignation, j'achève en moi la passion de Jésus-Christ (Colos-I.)
    Je crois que Dieu essuiera toutes les larmes qui coulent des yeux des justes, que la mort n'aura plus d'empire sur eux; qu'ils ne connaîtront plus ni les gémissements, ni le deuil et que toute douleur s'arrêtera, parce que toutes les choses du premier monde auront passé. (Apoc. VII.)
    Je crois que mon Seigneur Jésus viendra et qu'il transformera mon corps vil et abject, en le rendant conforme à son corps glorieux.

    Je crois que nous n'avons pas ici de demeure stable et que nous en attendons une autre dans l'avenir. (Hoebr. XIII.)
    C'est parce que vous croyez ces choses-là, mon bien aimé Père, que vous ne voulez pas demander votre guérison, mais seulement faire la volonté du bon Dieu : nous vous remercions de ce grand exemple de sainte résignation que vous nous laissez. Nous espérons qu'au ciel vous ne resterez pas inactif et que vous continuerez à travailler pour ceux que vous avez tant aimés sur la terre.

    1927/467-474
    467-474
    Thaïlande
    1927
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