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« A bolt from the blue »: Un coup de foudre dans le ciel bleu

« A bolt from the blue »: Un coup de foudre dans le ciel bleu Par S. G. Mgr Ross. S. J. Vicaire apostolique de Hiroshima (Japon). « Vous n'avez pas hésité à entreprendre un long voyage pour nous apporter un mot de consolation, pour mettre un peu de baume sur notre meurtrissure, pour relever notre courage et raviver nos raisons d'espérer. Mille et mille remerciements pour être venu aux funérailles de Mgr Thiry et avoir pris part à notre deuil ».
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    « A bolt from the blue »: Un coup de foudre dans le ciel bleu

    Par S. G. Mgr Ross. S. J.
    Vicaire apostolique de Hiroshima (Japon).

    « Vous n'avez pas hésité à entreprendre un long voyage pour nous apporter un mot de consolation, pour mettre un peu de baume sur notre meurtrissure, pour relever notre courage et raviver nos raisons d'espérer. Mille et mille remerciements pour être venu aux funérailles de Mgr Thiry et avoir pris part à notre deuil ».
    Telles sont les émouvantes lignes qui me parvenaient un ou deux jours après mon retour de Kurume, situé à une journée d'express de Okayama d'où j'étais parti à la nouvelle du décès de Mgr Thiry, évêque de Fukuoka.
    Ce télégramme, en effet, m'arriva comme un coup de foudre dans un ciel bleu. Il n'y avait guère qu'un peu plus de deux ans que j'avais assisté au sacre du jeune évêque dans l'église de Urakami, dans la banlieue de Nagasaki, terre illustrée par le martyre des premiers chrétiens japonais, auxquels on avait offert de choisir entre la mort en d'horribles supplices ou le foule ment de la croix de Jésus.
    Ce que j'avais vu dans cette circonstance s'était fortement gravé dans ma mémoire. Le sacre de Mgr Thiry au titre épiscopal de Fukuoka, ne signifiait-il pas la consommation du sacrifice que la Société des Missions Etrangères s'imposait avec une très grande générosité en cédant au premier évêque japonais, le Dr Hayasaka, sacré par le Pape, cet illustre siège de Nagasaki ? Nagasaki, le théâtre du triomphe de milliers de martyrs; Nagasaki, où durant trois siècles la foi avait couvé sous la cendre des bûchers; Nagasaki, où malgré des persécutions continues, on découvrit encore, en 1865, en la fête de saint Patrick, des descendants de ces martyrs.
    Fukuoka, dans le plan du Saint Père, avait été érigé eu diocèse réservé aux missionnaires français retirés de Nagasaki, et Mgr Thiry en devenait le premier titulaire.
    Il n'avait que quarante-trois ans, de physionomie distinguée, mais de constitution délicate : toutefois vingt années de vie missionnaire et une grande pratique de l'administration semblaient le destiner à diriger d'une main sûre les difficiles débuts de la jeune Eglise de Fukuoka et à la soutenir avec fermeté dans sa marche en avant. Cela ne faisait aucun doute pour moi qui venais de prendre en mains l'administration de Hiroshima que quittait l'archevêque Doering pour reprendre son ancien diocèse de Poona, aux Indes. Et pour autant que l'on peut prévoir l'avenir, je sais que tous ceux qui assistaient au sacre partageaient les mêmes espérances, sauf peut-être le nouvel élu qui à nos acclamations, « Ad mullos annos ! » répondit : « Oh ! Deux ans seulement... »
    Pressentiment étrange ! Deux ans seulement après l'élévation de Mgr Thiry à cette haute dignité, deux ans seulement à la tête de ce nouveau diocèse, et il était terrassé par une terrible maladie qui le frappait aux sources de la vie. Il dut passer à d'autres mains l'administration de sa Mission et quitter Fukuoka pour Kurume, où de meilleurs soins lui étaient assurés. Toutefois, rien ne transpira au dehors de son lamentable état de santé ; on crut même un moment à une lente convalescence, lorsque, soudainement, la fin arriva dans la nuit du samedi au dimanche, Il mai.
    Ce télégramme lancé à travers le Japon : « Thiry Shikyo shisu : Evêque Thiry décédé » fut pour moi comme un coup de foudre : on me le remit à la première heure du jour, au moment même où j'entrais, pour célébrer la sainte messe, dans cette église de Okayama où dix-huit mois plus tôt le cher défunt fut prélat assistant à mon sacre. Pour moi, personnellement, c'était une perte cruelle, mais quand au pied de l'autel je me retournai vers l'assistance pour demander des prières pour celui que tous avaient connu et que tous avaient aimé, je pus lire sur les visages l'émotion profonde qui les gagnait tous.
    Que dire alors, au jour des obsèques, de la désolation des diocésains de Fukuoka et des paroissiens de Kurume ? Il sera bien rare, je crois, d'assister à des funérailles plus impressionnantes que celles que la chrétienté de Kurume fit à l'évêque de Fukuoka. Le Délégué apostolique, l'Archevêque de Tokyo, les Evêques, les Vicaires et Préfets apostoliques de tout le Japon y prirent part, à l'exception de deux qui, en raison des distances, ne purent arriver à temps. L'évêque de Nagasaki, Mgr Hayasaka que Mgr Thiry, administrateur du diocèse, avait intronisé, prononça l'oraison funèbre qui arracha des larmes à toute l'assistance. De l'église au cimetière, le cortège mortuaire dut se frayer un passage à travers une foule qui portait le deuil d'inconsolables espérances trop tôt déçues.
    La lettre citée plus haut se terminait ainsi : « Nous vous demandons instamment, Monseigneur, d'aider de vos prières notre jeune Enlise, pour que Dieu daigné, sans trop tarder, mettre fin à son veuvage ».
    Oui, certes, pauvre diocèse de Fukuoka, pauvre Eglise du Japon ! Humainement parlant, il nous est douloureux de perdre un prélat si plein de promesses, si bon, si généreux, entièrement voué à l'extension du règne de Dieu sur la terre du Soleil Levant ! Notre seule espérance est en Celui qui vient de nous frapper durement, mais qui, au temps voulu par Lui, saura changer en joie notre tristesse et notre deuil en riche moisson d'âmes arrachées aux ténèbres et à l'ombre de la mort par le sacrifice prématuré du premier Pasteur de la jeune Eglise de Fukuoka.
    (Traduit de Catholic Missions, sept. 1930.)

    1930/257-259
    257-259
    Japon
    1930
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