| Année: |
1878 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Laouënan |
Missions de l’Inde.
1878
Nous groupons, encore cette année , sous un même titre , nos trois Missions de l’Inde que Dieu a associées dans une même épreuve et dans une même récompense.
Nous n’avons pas à faire de nouveau l’historique de la terrible calamité qui a désolé plus spécialement le sud de l’Inde, durant les deux années qui viennent de s’écouler. Les détails en sont connus. La famine a continué ses ravages jusque dans ces derniers temps. Et bien que la dernière moisson ait été abondante en quelques districts, elle a été médiocre en beaucoup d’autres, et en général n’a pas suffi à mettre un terme aux souffrances des populations. Un grand nombre des survivants de la famine, épuisés par de longues privations et par les maladies , n’avaient pas eu la force de préparer la terre que Dieu avait fécondée par une pluie bienfaisante. D’ailleurs, pour sustenter leur misérable existence, beaucoup avaient dû vendre leurs instruments de labourage ; leurs bœufs étaient morts, faute de nourriture, ou avaient été cédés à vil prix ; les semences que la charité publique avait mises à leur disposition, au lieu d’être jetées en terre, avaient servi à prolonger la vie d’un grand nombre de ces pauvres affamés. Et puis, comme pour ajouter à tant de malheurs, en plusieurs endroits, des nuées de sauterelles s’étaient abattues sur les champs verdoyants et, en quelques heures, avaient anéanti l’espoir d’une moisson.
Aussi, la misère continue d’être grande. Les vivres sont hors de prix, et beaucoup de gens , ruinés par tant de calamités, se trouvent dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins. La charité catholique a fait encore beaucoup pour venir en aide à ces infortunés ; mais , en France et ailleurs, elle a dû, depuis quelque temps, diriger ses efforts vers d’autres contrées également désolées par la famine . De son côté, le gouvernement anglais et les comités britanniques ont continué leurs secours, et ces secours, mieux ordonnés, ont réussi à atteindre et à soulager bien des misères. Nos Confrères ont eu leur part à ces dons. Appelés, pour le plus grand nombre, à faire partie des comités qui ont été partout institués pour distribuer les aumônes venues d’Angleterre et des colonies anglaises, ils ont eu la consolation de pouvoir continuer leur ministère de charité et de soulager les corps , en sauvant les âmes.
Grâce à ces secours, la moralité, bien que toujours très-considérable, n’a pas été cependant aussi grande cette année que l’année précédente . Mgr Bardou en donne encore une autre raison : « Les vieillards, nous écrit Sa Grandeur , et bien des enfants, n’ayant pu supporter longtemps de si terribles privations, étaient morts l’année dernière en très-grand nombre ; seuls, les jeunes gens et surtout les personnes d’un âge moyen, aidés comme ils l’ont été cette année , ont pu survivre à nos grands désastres. »
Cette année , comme l’année dernière et plus encore que l’année dernière , Dieu a fait servir les calamités dont l’Inde a été le théâtre au salut de beaucoup d’âmes. C’est par milliers qu’il faut compter le nombre des conversions obtenues dans les trois Vicariats : Malgré tout leur zèle et tout leur dévouement , les Missionnaires n’ont pu suffire à un travail qui était continuellement au dessus de leurs forces. S’ils avaient été plus nombreux, nul doute que la moisson eût été plus abondante encore. En présence de besoins si pressants, ne devons-nous pas conjurer Notre-Seigneur de frapper à la porte des cœurs de nos frères dans le sacerdoce , de les embraser du zèle apostolique, de leur inspirer le désir et le courage de se dévouer au service de tant d’infortunés qui leur tendent les bras, qui leur demandent le pain des âmes, le pain de la vie éternelle ! Parvuli petierunt panem et non erat qui frangeret eis…
Pondichéry .
Le chiffre de 29,420 baptêmes d’adultes, obtenus en 1878 dans la mission de Pondichéry , dira mieux que nous ne saurions le faire ce qu’a été le travail des Missionnaires et le succès de leur ministère. Béni soit le Seigneur de grandes miséricordes qu’il a exercées au milieu de ces pauvres populations, et dont nos Confrères ont été les heureux instruments !
Ces précieux résultats ont nécessité la création de nouveaux postes de Missionnaires . En plusieurs endroits la population chrétienne ayant été doublée, triplée et même quadruplée, il a fallu multiplier le nombre des districts et des Missionnaires , construire des oratoires dans les nouvelles chrétientés et pourvoir aux besoins spirituels des néophytes . Pour nous donner une idée des progrès du catholicisme en plusieurs localités, Mgr Laouënan nous écrivait : « Le district de Nangatour qui, il y a quelques années, comptait à peine 1,800 chrétiens , et faisait partie d’un autre district en compte aujourd’hui environ 15,000. Le district de Vellantanguel qui, avant la famine, avait seulement 3,300 chrétiens , en a plus de 7,000 aujourd’hui et autant de catéchumènes , le tout disséminé sur une étendue d’environ 45 milles de l’est à l’ouest, sur 35 à 40 milles du nord au sud. De tous côtés, les Confrères ne pouvant suffire à la besogne, s’adressent à moi et me demandent aide et secours… Pour avoir un Missionnaire de plus à envoyer dans les districts, je me suis moi-même chargé de la direction du grand séminaire . Mais cette combinaison, quoique justifiée par la nécessité, est préjudiciable et au grand séminaire et à la Mission, parce que je ne puis remplir convenablement mes deux offices… »
Dans ses lettres, Mgr de Flaviopolis constate, avec bonheur, la persévérance des néophytes dans la foi qu’ils ont embrassée. Cette persévérance témoigne d’autant plus de la sincérité de leur conversion que leur condition matérielle est plus misérable et les expose davantage aux séductions de l’hérésie. « Les protestants se préoccupent assez peu de faire des prosélytes parmi les païens , mais ils mettent toute leur industrie, et, comme le démon, emploient tous les moyens pour tenter de pervertir les catholiques. Grâce à Dieu, nous n’avons eu à déplorer qu’un très-petit nombre de défections, encore sommes-nous assurés que ces pauvres apostats nous reviendront bientôt. »
Le Vicariat de Pondichéry a eu la douleur de perdre cette année deux de ses meilleurs Missionnaires et de voir ainsi diminuer par la mort un personnel déjà incapable de suffire aux besoins de cette belle Mission.
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