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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 3

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 3

Autres dogmes à enseigner aux catéchumènes

S. Paul écrit: « Il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a non plus qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes: le Christ Jésus fait homme ». (I Tim II, 5.); et S. Pierre: « Il n’existe sous le ciel aucun autre nom auquel notre salut soit attaché ». (Act. IV, 12.) La connaissance du Christ autant que celle de Dieu sont les gonds sur lesquels tourne toute la religion: après avoir prêché Dieu, il est de toute nécessité de prêcher immédiatement le Christ. Seulement, de même qu’il y a un certain intérêt à rendre méthodique l’enseignement de toute science, à exposer chaque chose en temps et lieu, il ne convient pas de parler du Christ et des mystères qui le concernent avant d’avoir suffisamment exposé la chute du genre humain: car, dit S. Paul, « Le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs ». (I Tim. I, 15.)
Le missionnaire aidera comme un guide les catéchumènes à bien comprendre le péché originel: il leur fera le tableau sombre et lamentable des misères sans fin et des calamités qu’il a engendrées; il leur fera voir l’aveuglement et l’ignorance de l’esprit humain, la malice et la perversité effrénée de la volonté, la concupiscence de l’appétit irascible, l’oubli des biens éternels et la propension à ceux de la terre, la lutte perpétuelle de la chair contre l’esprit, et de l’homme tout entier contre Dieu, enfin les misères innombrables qui affligent notre corps: le froid et la chaleur, la faim et la soif, l’importunité des maladies et l’inéluctable nécessité de la mort. Devant le spectacle de maux si nombreux et si considérables, attendu d’autre part que nous sommes témoins de la bonté et de la miséricorde de Dieu à l’égard des autres êtres vivants que sa souveraine sagesse a pourvus abondamment du nécessaire, nous avons tout sujet de conclure à l’existence de quelque faute, cause première d’un malheur aussi considérable et aussi universel.
Cette série de calamités n’a pas échappé aux regards des plus célèbres philosophes païens, ils ont raisonné comme nous venons de le faire, ou à peu près; ils ne se sont pas peu évertués à en rechercher la cause; mais, privés qu’ils étaient de la lumière de la foi, ils sont tombés dans des erreurs grossières, si bien que de tous on peut dire à bon droit ce que S. Augustin dit de Platon: « Il a vu le fait sans en comprendre la cause ».
Après cette sorte d’entrée en matière, le missionnaire expliquera donc l’état heureux et fortuné dans lequel les hommes aussi bien que les anges ont été créés par le Dieu de toute bonté et de toute grandeur. Il le fera avec tant d’habileté et d’éloquence que les catéchumènes, ravis d’admiration devant l’harmonie et la splendeur d’un tel chef-d’œuvre, reconnaîtront la bonté et la souveraine sagesse de son divin Auteur et magnifieront par leurs louanges sa puissance infinie.
Il passera plus rapidement sur le récit de la révolte des anges et de l’abandon de la supériorité qui leur avait été attribuée: Dieu dans sa souveraine justice, dit S. Pierre, « ne les épargna pas, mais les précipita dans l’enfer et les livra aux abîmes des ténèbres. » (2 Petr., II, 4.) Les autres, restés fidèles, reçurent en partage la gloire éternelle.
Il en viendra alors à la chute malheureuse de nos premiers parents, qui succombèrent honteusement à une tentation très facile à surmonter: en goûtant du fruit défendu, ils eurent le très grand malheur de perdre pour eux et leur postérité, tous les dons de la grâce dont ils avaient été ornés. Car tels ils furent rendus par leur péché, tels furent les fils qu’ils engendrèrent: coupables du péché, privés de la grâce et des vertus, rebelles à eux-mêmes, sujets aux infirmités et à la mort, et, qui pis est, enfants de la colère, etc. — Quelques exemples familiers aideront beaucoup à rendre plus clair cet enseignement.
Enfin, dans son exposé de la doctrine du péché originel, le missionnaire ne perdra pas de vue le but suivant, à savoir: de montrer aux catéchumènes la nécessité d’un Médecin, d’un Sauveur, après avoir mis à nu l’infirmité contractée par le genre humain tout entier. Il leur en fournira comme de juste des preuves convaincantes, puis imitera la conduite de Dieu. Le Seigneur n’eut pas plus tôt prononcé contre Adam et Eve la terrible sentence de mort que, les prenant en pitié, il daigna les consoler par l’espérance d’un Médiateur et Sauveur destiné à arracher aux peines éternelles ceux qui auraient recours à lui, et à transformer, pour ceux qui les supporteraient patiemment, les peines passagères de cette vie en instruments de salut: elles les retiennent dans les limites du devoir, leur inspirent la crainte du péché, leur fournissent matière à mérites. Le missionnaire se gardera donc de terminer cette instruction sans annoncer la venue du Sauveur tant attendu: il dissipera ainsi l’abattement des catéchumènes et leur rendra du courage. Enfin il leur permettra de traiter sans tarder des mérites acquis par le Sauveur, de ses bienfaits envers le genre humain et du caractère de ses actions.
Par ailleurs, en traitant de la création du monde, il ne donnera pas un résumé trop succinct de l’œuvre des six jours; il sera même fort utile qu’il la développe et qu’il expose en détail chaque chose, sa beauté, sa destination, sa nécessité, l’admirable harmonie qui enchaîne toutes choses, enfin les magnifiques avantages que l’homme en retire. Le soin qu’il mettra à leur montrer tout cela leur fera sentir et apprécier toujours davantage la toute-puissance de Dieu, sa sagesse infinie, son immense charité envers le genre humain, et les excitera à ne plus faire aucun cas des fables ridicules touchant leurs divinités, pour ne plus aimer et servir que le vrai Dieu.
Quand il aura à faire mention de la défection et de la condamnation des anges, il ne manquera pas de faire observer que ce sont ces anges que les païens eux-mêmes appellent démons. Ces ennemis jurés de Dieu et des hommes sont connus et redoutés au plus haut point par toute la terre; mais les fidèles n’ont rien à craindre d’eux: les démons, n’étant que des créatures, sont comme telles soumis, même malgré eux, à la toute-puissance de Dieu, et l’exécution de leurs plans dépend entièrement de sa permission. Dieu ne leur permet de toucher à ses élus que quand il veut en faire résulter un avantage pour eux: leur vertu est ainsi mise à l’épreuve et a l’occasion de s’exercer, de telle sorte que non seulement les fautes de leur vie passée en soient effacées, mais leurs mérites augmentés et leur récompense accrue; ainsi purifiés, ils sont unis d’un lien plus étroit de charité à Dieu qui est la source de tous les biens. C’est ce qui fait dire à S. Thomas: « Quand les démons s’attaquent aux hommes, c’est leur malice qui les y pousse; mais Dieu a son but en permettant ces attaques, il sait tirer le bien du mal et faire aboutir celui-ci à un bon résultat. » (P. I, q. II4, a. I.)


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