| Auteur: |
Pallu Lambert de la Motte |
| Chapitre: |
6 - Formation des catéchumènes |
| Article: |
2 |
Chapitre 6
Formation des catéchumènes
ARTICLE 2
Des dogmes à enseigner en premier lieu aux catéchumènes
Tous les dogmes que la religion chrétienne propose à notre croyance semblent pouvoir se ramener à trois classes principales. La première comprend tout ce que les seules lumières de la raison mettent à la portée de l’intelligence. La plupart de ces vérités cependant ont dû être enseignées aux hommes par révélation, absolument comme sont dûes à un maître érudit la certitude et l’évidence des connaissances acquises par des élèves peu doués. — L’expérience en a été faite surabondamment par les philosophes de l’antiquité: dans combien d’erreurs n’ont-ils pas versé? — A cette classe, il faut rapporter ce que nous avons dit (Supra, cap. 5, art. I) des fondements, de la nécessité et de l’existence de la religion.
La deuxième classe embrasse les vérités qui, de fait, ne sont nullement au-dessus des capacités de l’intelligence humaine. Seulement, résultant de la volonté divine et de la volonté des créatures — et ces effets ayant pu se produire de différentes manières — elles ne peuvent être connues que par la révélation que Dieu nous en fait en nous les proposant. Ainsi, l’économie de la création des anges et des hommes, la défection et la chute de quelques-uns d’entre eux, le péché d’Adam, etc.
A la troisième classe enfin, appartiennent les dogmes qui dépassent l’intelligence humaine la plus subtile, tout en ne renfermant rien qui soit opposé à la raison ou qui la contredise. Tels sont les sublimes mystères de La Trinité, de l’Incarnation, etc.
Tous ces dogmes s’enchaînent: les premiers préparent la voie aux suivants, et ceux-ci aux plus élevés. L’ordre que nous venons d’établir semble donc s’imposer dans l’instruction des catéchumènes. C’est l’avis du vénérable Bède: « Les commencements, dit-il, ne comportent pas la recherche de la perfection; ils ne sont que le moyen d’y parvenir. » (in Act. Ap., cap. XVII.)
Ainsi donc, le missionnaire, au début de l’instruction des catéchumènes, leur démontrera, avec le secours de la grâce, l’existence de Dieu. Parfois, s’il le juge à propos, il supposera la chose universellement admise et se contentera de prouver qu’il n’y en a qu’un et non plusieurs, qu’il est par lui-même et non par un autre, qu’il est indépendant, immatériel, éternel et doué d’immensité, que sa puissance, sa sagesse et sa bonté sont infinies, qu’il a tiré ce monde du néant et ne cesse de le gouverner par sa providence; qu’aux bons il donnera en récompense la possession du souverain bien, aux impies en châtiment les supplices éternels. Il exposera ensuite les dogmes mentionnés au chapitre précédent, en tenant compte des remarques que nous y avons faites: notre but en les y ajoutant n’était pas seulement de fournir à ceux qui attirent les infidèles un moyen de faire écouter la parole évangélique, mais encore d’indiquer les règles à observer soigneusement dans l’enseignement de ceux qui se montrent déjà dociles à cette parole.
D’autre part, rien ne tient de plus près au culte divin que la sainteté de la vie, laquelle est absolument indispensable au salut, à l’acquisition de la vie éternelle. Le missionnaire ne doit donc pas différer longtemps d’enseigner aux catéchumènes celles de leurs obligations qui sont accessibles à leur raison sans le secours d’aucune autre lumière.
En conséquence, il aura soin de les exhorter avec l’Apôtre à « renoncer à l’impiété et aux convoitises du monde, et à mener dans le siècle présent une vie sobre, juste et pieuse ». (Tit. II, 12.) Il les stimulera et les pressera par les motifs allégués par le même Apôtre, à savoir: le désir de la gloire future et la crainte du prochain jugement de Dieu. (Tit. II, 13.)
Il attaquera résolument les superstitions des gentils et leurs relations abominables avec les démons. Il invitera les catéchumènes qui voudraient se faire chrétiens à renoncer au plus tôt à toutes ces pratiques, à cesser de paraître dans leurs temples, à rejeter de leurs demeures les faux dieux, les idoles, à mettre en pièces et à fouler aux pieds les formules et les autres instruments diaboliques, reçus des prêtres des idoles.
Il montrera la turpitude de la luxure et son absolue incompatibilité avec la saine raison, le tort qu’elle fait aux hommes en s’insinuant dans leurs âmes; il leur fera observer comment cette passion, dès qu’elle les a pris dans ses filets, détourne leur attention des biens éternels et les ravale à l’amour de satisfactions aussi honteuses que périssables; il leur fera comprendre combien il est équitable et conforme à la raison, de ne prendre qu’une seule femme et de ne la répudier jamais. Si donc ils en ont pris plusieurs avant de songer à se faire chrétiens, il les engagera à garder la première après avoir renvoyé toutes les autres.
Il leur fera voir aussi tout le soin que la religion chrétienne prend du prochain; il leur dira qu’elle impose à chacun l’obligation d’aimer son prochain comme soi-même, défend de venger les injures, recommande d’exercer la miséricorde et d’aimer même ses ennemis. D’où l’obligation pour les catéchumènes qui veulent se rendre dignes de faire partie du corps du Christ, d’oublier les injures qu’ils ont reçues, comme aussi de réparer les torts qu’ils auraient causés soit à la réputation soit au bien d’autrui.
Il ajoutera que Dieu tient compte avant tout des dispositions intérieures: étant le scrutateur des cœurs, il est lui-même témoin en même temps que juge de tout ce qui s’y passe. Il fera donc remarquer qu’en plus des actions mauvaises, sont encore défendus les mauvais désirs et les mauvaises pensées; que donc, s’il faut s’abstenir de tels actes, il ne faut pas non plus s’arrêter à de mauvaises pensées volontaires: convoiter le bien d’autrui n’est pas plus licite que de se l’approprier.
Que si tout cela leur paraît difficile, que s’ils éprouvent de nombreuses difficultés à dompter leurs passions, il les engagera, pour éviter qu’ils ne perdent courage, à recourir à la prière qui rend facile et moins pénible ce qui sans elle semblerait trop ardu; il les persuadera que Dieu leur donnera certainement cette grâce s’ils prient comme il convient. Il leur apprendra à prier selon la méthode que Notre Seigneur enseigna à ses disciples; il leur recommandera d’apprendre par cœur le texte de cette Oraison Dominicale avec les dix Commandements, de s’en rappeler et d’en méditer souvent le contenu, de s’adonner à l’oraison, de garder fidèlement les préceptes divins et ainsi de faire à Dieu chaque jour l’offrande d’un triple sacrifice, à savoir: celui de leurs sentiments, de leurs paroles et de leurs actes.
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